Probiotiques et immunité : la mouche du coche ?

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On a déjà dit et écrit beaucoup de choses sur les probiotiques, à tel point qu'on ne s'y retrouve plus très fort. Et pourtant, littérature est extrêmement riche de données positives et plus qu'encourageantes.

Pour nous y retrouver dans les effets bénéfiques des probiotiques sur certaines fonctions, nous avons encore besoin d'études. Même si les essais menés jusqu'à présent restent très disparates, il apparaît d'ores et déjà que tous les probiotiques n'ont pas toutes les propriétés imaginables.

Chaque espèce de micro-organisme possède son faisceau spécifique d'effets et il faudra éviter d'attribuer n'importe quoi à n'importe quelle souche. Sans doute la synthèse viendra-t-elle un jour de la biologie moléculaire, qui pourra dire que si une souche bactérienne ou une levure exprime telle enzyme ou sécrète telle autre substance, elle est susceptible de produire tel effet bénéfique par interaction avec une composante biologique donnée de l'hôte. On y vient tout doucement, puisqu'on commence à démontrer des interactions de ce type, avec les médiateurs de l'inflammation par exemple.

Une certitude

Il est donc déjà acquis, même au niveau de la biologie moléculaire, que les probiotiques exercent une influence sur l'immunité, tout au moins dans son aspect de réponse inflammatoire. Dans plusieurs modèles animaux, ainsi qu'in vitro, différentes souches ont montré leurs capacités à modifier la production de certaines interleukines, le taux de globules blancs circulants et l'aspect histologique inflammatoire de fragments d'intestin.

Un autre aspect de cette interaction avec l'immunité est la modification à la hausse de la production des IgA sécrétoires au niveau de la muqueuse intestinale. De tels résultats ont été clairement montrés dans le cas de l'utilisation d'une levure probiotique.

Jusqu'à présent, la majorité des études qui été menées chez l'homme, si pas toutes, l'ont été chez l'individu immunocompétent. On ne peut pas encore prétendre que l'on en sait assez pour ce qui concerne la personne immunodéprimée.

Une place en thérapeutique

Quant à soupçonner que l'on pourrait utiliser les probiotiques dans les affections inflammatoires où l'immunité est trop active, comme dans des maladies inflammatoires de l'intestin, par exemple, on y est déjà. Des modèles murins ont permis depuis quelques années de montrer que dans ces affections, une rupture des équilibres de la microflore et que l'adjonction de certaines espèces bactériennes, à titre préventif et au cours de l'induction d'une colite, procurait à l'animal des bénéfices en termes d'atténuation de la sécrétion de TNF-alpha et de l'augmentation de la production d'IL-10.

Des résultats similaires ont pu être obtenus avec une levure déjà largement utilisée dans les troubles intestinaux chez l'homme. On est même plus loin puisque des travaux ont montré une atténuation de l'importance et de la fréquence des crises lorsqu'on ajoutait des probiotiques au traitement d'entretien de ces maladies. Bien sûr, ils n'auront jamais qu'une place d'adjuvant mais, pour le malade, tout ce qui peut aider à atténuer les manifestations de ces pénibles affections est bon à prendre. Alors, pourquoi l'en priverions-nous ?

Sources et références :

  • Buts JP et al. Stimulation. Dig Dis Sc. 1990; 35: 251-6.
  • Foligné B et al. International Yakult symposium, Gent, 2005. Poster 5.
  • Daniel CD et al.Yakult symposium, Gent, 2005. Poster 1
  • Guslandi M. et al. Eur J Gastroenterol Hepatol. 2003; 15: 697-8.
  • Guslandi M. et al. Dig Dis Sc. 2000; 45: 1462-4.
  • Hudcovic T. et al. International Yakult symposium, Heidelberg, 2003. Poster 6.

(Par le Dr Pol Sainjean - " HEALTH & FOOD " n°86, Janvier 2008)

SOURCE : Health and Food

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