Probiotiques et allergie : où en est-on ?

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Les recherches visant à évaluer la possibilité de prévenir les affections allergiques ou d'influencer leur cours grâce aux probiotiques vont bon train. Rien de définitif n'est encore acquis mais des résultats encourageants sont régulièrement obtenus. La difficulté est que les effets sont spécifiques à chaque souche microbienne et qu'il faut reprendre les études pour chacune d'entre elles. Quant à savoir quelle serait l'association optimale, on n'y est pas encore, loin de là.

Les amis de nos amis seraient-ils vraiment nos amis ? On connaît le lien entre asthme et dermatite atopique : tous deux, du moins dans certains cas pour ce qui concerne l'asthme, reposent sur un terrain atopique, une capacité à développer des manifestations allergiques. Plusieurs constatations bien établies viennent à l'appui de cette notion. L'asthme se développe fréquemment chez de jeunes enfants qui ont des antécédents atopiques. A l'âge scolaire, la dermatite atopique est associée à une augmentation du risque d'asthme. Certaines hypothèses envisagent même une « évolution » naturelle des manifestations de l'atopie vers l'asthme.

Le grand retour

Mais il y a aussi l'hypothèse hygiénique, qui fait son grand retour. Selon cette hypothèse, une des causes invoquées pour expliquer l'augmentation de fréquence des allergies est le manque d'exposition en bas âge aux agents microbiens, en raison notamment d'une hygiène développée de manière parfois intempestive. Nos prédécesseurs avaient l'habitude de parler de « microbes domestiques », à propos de ceux que les individus, dès le plus jeune âge, rencontraient dans leur milieu de vie quotidienne et qui leur permettaient de développer leur immunité. D'où l'idée de « reprendre contact » avec de « bons » microbes, qui pourraient exercer un effet positif sur notre immunité. On voit immédiatement la place envisagée pour les probiotiques.

On connaît aussi le rôle précoce de l'immunité digestive dans la mise en place de l'immunité comme de la tolérance. D'où l'hypothèse que les enfants allergiques pourraient avoir une flore digestive aberrante. On a en effet mis en évidence une plus grande présence de Clostridium et une moindre proportion de bifidobactéries chez les enfants allergiques, que chez les enfants qui ne souffrent pas d'allergies. Par ailleurs, les probiotiques peuvent jouer un rôle prépondérant dans la restauration d'une perméabilité normale de la barrière digestive et ils favorisent le retour d'un écosystème bactérien favorable. Ainsi, l'ajout de certaines souches de lactobacilles à des laits hydrolysés pour enfants a permis d'obtenir des effets plus marqués avec le traitement habituel de l'atopie chez des enfants atteints, qu'en l'absence de ces souches microbiennes. Enfin, on a pu montrer que les probiotioques exercent des effets favorables sur la barrière immunitaire digestive et qu'ils diminuent la production dans l'intestin des cytokines pro-inflammatoires caractéristiques de l'inflammation de type allergique.

Chercher l'optimum

Tous les probiotiques ne sont toutefois pas logés à la même enseigne et des études spécifiques doivent être menées pour chaque type de germe. Les propriétés immuno-modulatrices des bactéries sont spécifiques de chaque espèce. Il faut donc des études à propos de chaque bactérie potentiellement utilisable et chercher la dose optimale. Et lorsqu'on souhaite envisager le recours à des associations, il faut trouver le mélange optimal Prenons l'exemple des bactéries lactiques présentes dans les laits fermentés : elles figurent parmi les plus étudiées. Un des usages les mieux acceptés consiste à tenter de prévenir l'eczéma atopique chez les enfants de familles concernées. Il est même proposé aux futures mamans de prendre des suppléments de laits fermentés pendant leur grossesse et d'en apporter ensuite par voie orale à leur enfant après sa naissance.

Dans une étude en double aveugle, randomisée et contrôlée contre placebo, des mères appartenant à des familles aux antécédents allergiques ont reçu du Lactobacillus reurteri (souche ATCC 55730) à dose quotidienne standardisée à partir de la 36e semaine de grossesse jusqu'à l'accouchement. Leurs enfants ont continué à recevoir la même souche jusqu'à l'âge de douze mois. Au bout de deux ans, il n'y eut pas de différence clinique dans l'incidence cumulative de l'eczéma entre le groupe qui a reçu la bactérie et celui qui a reçu un placebo. Mais au cours de la deuxième année qui a suivi le traitement, les enfants du groupe « lactobacilles » avaient significativement moins d'épisodes d'eczéma à IgE que l'autre groupe. Les réponses positives au prick-test étaient moins fréquentes dans le groupe traité que dans le groupe placebo. Il en allait de même pour les mamans allergiques.

Un apport mais pas une panacée

Chez le jeune et chez l'adulte, des recherches ont également été développées ou sont en cours pour évaluer les capacités immuno-modulatrices des lactobacilles dans des situations aussi diverses que le stress, les infections urinaires et l'allergie. Toutefois, si des résultats intéressants ont été enregistrés, on ne peut pas encore considérer que c'est chose acquise. Enfin, chez la personne âgée, de nombreuses études visent à évaluer la possibilité de recourir aux lactobacilles pour freiner le vieillissement du système immunitaire. Là encore, les travaux n'en sont qu'à leur début mais il semble possible de renforcer l'activité phagocytaire et celle des cellules NK (natural killer), qui jouent un rôle clé dans les défenses immunitaires contre les agents infectieux.

En pratique clinique, les probiotiques se sont avérés potentiellement utiles au travers de pas mal d'études dans différentes situations de type allergique, comme les allergies alimentaires, la dermatite atopique, la rhinite atopique... Il devrait donc théoriquement être possible d'utiliser les probiotiques dans la prévention primaire de l'asthme et de l'atopie elle-même. Mais en attendant, on se trouve devant une très grande hétérogénéité des résultats. Sans doute l'explication de cette hétérogénéité réside-t-elle dans plusieurs problèmes, outre la spécificité des espèces testées. Il ne faut pas oublier, en effet, que l'asthme et les autres affections allergiques reposent souvent sur un terrain génétiquement favorable. Ensuite, pour ce qui concerne plus particulièrement l'asthme, il faut se souvenir que certains facteurs d'environnement comme la pollution atmosphérique ou des infections respiratoires encourues en bas âge (virus respiratoire syncytial) augmentent la susceptibilité à la maladie. Autrement dit, s'il s'avère de plus en plus évident que les probiotiques peuvent améliorer la santé, ils ne peuvent pas tout faire.

Référence :

  • Abrahamsson TR, Jakobsson T, Böttcher MF et al. Probiotics in prevention of IgE-associated eczema : a double-blind, randomized, placebo-controlled trial. Allergy Clin Immunol 200è; 119: 11740-80.
  • Del Giudice MM, Rocco A, Capristo E. Probiotics in the atopic march : highlights and new insights. Dig Liver Dis. 2006; 38(suppl 2): S288-90.
  • Nova E, Wärnberg J, Gomez-martinez S et al. Immunomodulatory effects of probiotics in different stages of life. Br J Nutr 2007; 98 Suppl 1: S90-5. Ouwhand AC. Antiallergic effects of probiotics. J Nutr 2007; 173(3 Suppl 2): 794S-7S

(Docteur Jean Andris - " HEALTH & FOOD " n°85, Novembre - Décembre 2007)

SOURCE : Health and Food

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