Privilégier la dimension sensorielle dans l'alimentation de l'enfant

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Lors des XVIIIe Rencontres Scientifiques de Nutrition, organisées par l'Institut Danone en novembre dernier, Sandrine Monnery-Patris, chargée de recherche INRA au sein du Centre des Sciences du Goût et de l'Alimentation (CSGA) de Dijon, a présenté les premiers résultats de ses études sur les pratiques éducatives des parents, qu'elle mène en collaboration avec Natalie Rigal, de l'Université de Paris X-Nanterre, dans le cadre de l'Observatoire des Préférences Alimentaires de l'Enfant et du Nourrisson, OPALINE, un projet labellisé par le pôle de compétitivité VITAGORA et financé notamment par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) et la Région Bourgogne.

« Privilégier la dimension sensorielle dans l'alimentation de l'enfant » - Crédit photo : espaceparents.canoe.ca Ces deux chercheuses se sont fixées pour objectif d'apporter des éléments de réponse à deux questions importantes : un enfant très réactif au plan olfactif présente-t-il une typologie spécifique au plan alimentaire ? Existe-t-il un lien entre le degré de sélectivité alimentaire de l'enfant et les pratiques éducatives familiales ?

Des pratiques familiales qui expliquent 25% du degré de sélectivité de l'enfant

Pour tenter de répondre à la première question, les chercheurs ont procédé à des tests olfactifs sur des odeurs alimentaires auprès d'enfants de la cohorte OPALINE qui en compte aujourd'hui 314. Il s'agissait d'odeurs associées à des aliments, soit généralement appréciés des enfants comme la fraise ou la vanille, soit fréquemment rejetés comme le poisson ou le fromage. Des questionnaires relatifs au comportement alimentaire de chaque enfant et des carnets de suivi alimentaire remplis par les parents ont permis également de collecter de nombreuses données. Les résultats préliminaires obtenus à partir de l'analyse de l'ensemble de ces données provenant des tests olfactifs, des questionnaires et des carnets de suivi alimentaire permettent aujourd'hui aux chercheurs d'avancer une première conclusion. "Il apparaît que les enfants les plus difficiles au plan alimentaire sont aussi les plus réactifs au plan olfactif", déclare Sandrine Monnery-Patris.

Concernant la deuxième question, précisons que jusqu'à présent, peu d'études avaient cherché à savoir si les pratiques éducatives familiales - permissives, intermédiaires, ou autoritaires - influençaient le degré de sélectivité alimentaire d'un enfant. Or les premiers résultats obtenus dans le cadre d'OPALINE indiquent que "ces pratiques familiales expliquent 25% du degré de sélectivité de l'enfant", souligne la chercheuse dijonnaise. Parmi les cinq facteurs prédictifs d'une plus forte sélectivité de l'enfant, trois relèvent de la volonté de la mère de répondre aux désirs de celui-ci. D'où la préparation de menus limités aux seules préférences de l'enfant ce qui entraîne une réduction de l'exposition de ce dernier à une alimentation variée durant ses premières années. "Or c'est justement cette variété qui va faciliter l'acceptation de la nouveauté".

Quant aux deux autres facteurs prédictifs, témoins d'un comportement parental autoritaire, les résultats préliminaires de ces travaux confirment ce que les chercheurs avaient observé au cours de précédentes études, à savoir que les stratégies autoritaires, tout comme les stratégies permissives, sont associées à une sélectivité forte de l'enfant. "Reste à savoir si la sélectivité de l'enfant est la conséquence de l'attitude de ses parents ou, au contraire, si la réaction parentale est induite par la difficulté à nourrir l'enfant", s'interroge Sandrine Monnery-Patris qui ajoute : "ce sont autant de données qui corroborent l'hypothèse d'une origine environnementale et sensorielle des comportements alimentaires". Eveiller le plaisir de la dégustation chez le jeune enfant et favoriser l'ouverture de son répertoire alimentaire implique donc nécessairement une réflexion plus globale sur les pratiques éducatives.

De la nécessité d'une dimension sensorielle très forte

"Une des recommandations que nous pourrions faire aux industriels, suite aux résultats préliminaires de nos travaux serait de concevoir davantage d'aliments pour les enfants qui aient une dimension sensorielle très forte", estime Sandrine Monnery-Patris. Il est en effet capital que les très jeunes enfants puissent consommer une alimentation, certes équilibrée sur le plan nutritionnel, mais qui privilégie également l'aspect sensoriel. "Par exemple, une purée doit impérativement avoir le goût d'une vraie purée, le goût jouant un rôle important dans le développement des comportements alimentaires de l'enfant. C'est une solution simple à explorer qui peut s'avérer très efficace, même si elle entraîne des contraintes pour les industriels au niveau de la fabrication de leurs produits", explique-t-elle.

(Par Jean-François Desessard d'après CSGA - Sandrine Monnery-Patris - BE France numéro 238 (23/02/2010) - ADIT / ADIT)

SOURCE : ADIT

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