Principales conclusions et recommandations du rapport WCRF/AICR 2007 « Alimentation, nutrition, activité physique et prévention du cancer : une perspective mondiale »

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Le second rapport diffusé par le World Cancer Research Fund (WCRF) et l'American Institute for Cancer Research (AICR) « Alimentation, nutrition, activité physique et prévention du cancer : une perspective mondiale » a été publié en novembre 2007 [1]. C'est un rapport très complet qui fait le point des connaissances dans le domaine des relations entre nutrition et cancer, réalisé par des scientifiques internationaux selon une méthodologie d'expertise collective rigoureuse. C'est actuellement un document de référence, dans différents pays du monde, pour les acteurs de la prévention nutritionnelle des cancers (chercheurs, enseignants, professionnels de la santé, professionnels de l'agroalimentaire et de la restauration, décideurs, médias...).

Comment ce rapport a-t-il été élaboré ?

Principales conclusions et recommandations du rapport WCRF/AICR 2007 « Alimentation, nutrition, activité physique et prévention du cancer : une perspective mondiale » - Crédits photo : www.fmrc.fr Le premier rapport WCRF/AICR date de 1997 [2]. Entre 1997 et 2002, le résumé du rapport a été traduit en plusieurs langues. Ainsi, pour le public francophone, grâce à un partenariat avec le réseau NACRe, le résumé a été non seulement traduit mais aussi actualisé et présenté dans le contexte français [3]. A partir de 2002 a été entreprise l’actualisation complète du premier rapport, qui a duré cinq ans et mobilisé près de 250 scientifiques. Le rapport 2007 repose sur les revues systématiques et les centaines de méta-analyses réalisées par 9 centres internationaux à partir de 7000 articles scientifiques originaux publiés jusqu’en 2006 identifiés comme pertinents.

Ce travail scientifique considérable fait l’objet d’un CD-Rom de 27000 pages. Toutes ces revues et méta-analyses ont ensuite été soumises à discussion et à une évaluation indépendante par un panel de 21 experts internationaux. La qualification du niveau de preuve prend en compte différents types d’études (études cas-témoins, cohortes, essais contrôlés randomisés, études mécanistiques), la quantité, la qualité et la nature des données, l’absence d’hétérogénéité et la plausibilité biologique.

L’évaluation est d’ailleurs plus approfondie que pour le rapport de 1997, puisque des critères supplémentaires ont été définis: une relation est jugée « convaincante » si l’on dispose d’au moins deux types d’études et deux études de cohorte indépendantes ; elle est jugée « probable » si l’on dispose d’au moins deux études de cohorte indépendantes ou d’au moins cinq études cas-témoins. Les relations convaincantes et probables donnent lieu à des recommandations.

Quelles sont les principales conclusions et recommandations pour la population générale ?

Dix recommandations pour les individus, auxquelles sont associés des objectifs de santé publique définis pour des populations, sont énoncées dans le rapport. Elles concernent la corpulence, l’activité physique, les aliments favorisant la prise de poids, les aliments d’origine végétale, les aliments d’origine animale, les boissons alcoolisées, la conservation-transformation-préparation des aliments, les compléments alimentaires, l’allaitement et l’alimentation des personnes ayant eu un cancer.

Voici un focus sur les principales conclusions et recommandations destinées à la population générale :

  • La relation entre obésité et augmentation de risque de cancer est jugée convaincante pour les cancers de l’½sophage, du pancréas, du côlon, du rectum, de l’endomètre, du rein et du sein (en post-ménopause). Il est recommandé de maintenir un poids «normal » : indice de masse corporelle (IMC) compris entre 18,5 et 25 kg/m2. Rappelons qu’en France, la prévalence actuelle du surpoids et de l’obésité chez l’adulte est estimée à 44,5 % selon l’étude OBEPI [4] et 49,3 % selon l’étude ENNSV.

  • La relation directe entre consommation de légumes et de fruits et la diminution de risque de cancer est jugée probable pour les cancers de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’½sophage, de l’estomac et du poumon (pour les fruits seulement). De plus, du fait de leur faible densité énergétique, les fruits et légumes participent au maintien d’un poids corporel normal et à la prévention du surpoids et de l’obésité. Ils contribuent donc aussi de manière indirecte à la réduction du risque de nombreux cancers. La recommandation pour les individus est d’en consommer au moins cinq portions par jour (au moins 400g par jour). En France, la proportion de faibles consommateurs de fruits et légumes (< 3,5 portions par jour) est de 35 % [5].

  • Parmi les aliments d’origine animale, la relation entre consommation de viande rouge et de viande transformée (charcuterie) et augmentation de risque de cancer est jugée convaincante pour le cancer du côlon et du rectum. La recommandation est de limiter la consommation de viande rouge et de charcuterie (moins de 500 g de viande rouge par semaine, part minime ou nulle de charcuterie). Il serait intéressant de déterminer la prévalence des forts consommateurs de viande rouge et de charcuterie en France.

  • La relation entre consommation de boissons alcoolisées et risque de cancer est jugée convaincante pour les cancers de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’½sophage, côlon-rectum (chez l’homme) et du cancer du sein (en pré et post-ménopause). Elle est jugée probable pour les cancers du foie et du côlon rectum (chez la femme). La recommandation est de limiter la consommation de boissons alcoolisées. Cette recommandation est cohérente avec celle du rapport récent élaboré conjointement par le réseau NACRe et l’Institut National du Cancer [6]. Ce dernier rapport souligne l’importance de l’enjeu de santé publique en France, sachant que 6 millions d’adultes déclarent consommer quotidiennement des boissons alcoolisées et que 2 millions en consomment au moins 3 verres par jour.

Il est également recommandé de satisfaire les besoins nutritionnels uniquement par l’alimentation sans chercher à recourir aux compléments alimentaires, car leur utilisation peut présenter plus de risques que de bénéfices. Les compléments alimentaires ne sont donc pas recommandés pour la prévention nutritionnelle des cancers.

  1. World cancer research fund/American institute for cancer research. Food, nutrition and the prévention of cancer: a global perspective. Washington DC: AICR, 1997, 670 p.
  2. World cancer research fund/American institute for cancer research. Food, nutrition, physical activity, and the prévention of cancer: a global perspective. Washington DC: AICR, 2007, 517 p.
  3. World cancer research fund International/Réseau National alimentation Cancer Recherche (NACRe). Alimentation, nutrition et prévention des cancers, une perspective mondiale : application au contexte français, 2002, 35 p.
  4. Etude ObEPI Roche. Enquête épidémiologique nationale sur le surpoids et l’obésité. 2006, 52 p.
  5. Etude nationale nutrition santé ENNS. Situation nutritionnelle en France en 2006 selon les indicateurs d’objectif et les repères du programme national nutrition santé (PNNS). 2006, 74 p.
  6. Alcool et risque de cancers. Etat des lieux des données scientifiques et recommandations de santé publique. Réseau National alimentation Cancer Recherche (NACRe)/Institut national du cancer (INCa),2007, 58 p.

Pour de plus amples informations, consultez le site Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer (FMRC)

(Dr Paule LATINO-MARTEL, Directrice de recherche INRA, Coordinatrice du réseau National Alimentation Cancer Recherche (NACRe), Unité de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, UMR U557 INSERM, Ul 125 INRA, EA3200 CNAM, Université Paris 13 - Conférence inaugurale NUTRIA 2008)

SOURCE : MEDEC 2008

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