Prévention du cancer : quels facteurs alimentaires sont impliqués ?

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Si les relations entre l'alimentation et le cancer ne font plus de doute, les mécanismes par lesquels les fruits et légumes exercent un effet protecteur sont loin d'être totalement compris. Il y a tout juste un an, un symposium a réuni les plus grands spécialistes à la Mayo Clinique pour faire le point sur le sujet. Cet article reprend les principales conclusions concernant l'effet protecteur des fruits et des légumes sur le cancer.

Les crucifères en première ligne

Première constatation : une alimentation riche en fruits et en légumes, pauvre en graisses animales et associée à un contrôle du poids, réduit le risque de cancer et de diverses pathologies. Jusque là rien de très nouveau.

Entrons dans le détail et commençons par les crucifères. Ils jouent un rôle important dans la réduction du risque de cancer. Les brocolis, les choux, les choux- fleurs, les choux-frisés ou de Bruxelles, le chou-rave, le navet et, même, le rutabaga (et oui : c’est un chou !) sont des sources irremplaçables de glucosinolates dans notre alimentation. Ces composés représentent 1 % de leur poids sec et jouent un rôle important sur la santé… des crucifères. Ils empêchent la croissance des plantes qui les côtoient et les aident à lutter contre les prédateurs comme les vers, les bactéries, les champignons, les insectes… Pour être actifs, les glucosinolates doivent être hydrolysés par une enzyme constitutive de la plante, la myrosinase, libérée quand le végétal est sectionné ou mastiqué… Elle est inactivée par la cuisson mais, fort heureusement, il existe dans l’intestin une myrosinase d’origine bactérienne qui prend le relais.

Les secrets des glucosinolates

Plus d’une centaine de glucosinolates sont identifiés et sont plus ou moins spécifiques de certains crucifères : la glucobrassicine et la glucoraphanine dans les brocolis, la sinigrine dans les choux-de-Bruxelles et les choux-fleurs… Chacun de ces composés donne naissance, après hydrolyse par la myrosinase, à des dérivés spécifiques : la glucoraphanine devient du sulphoraphane, la sinigrine de l’allyl-isothiocyanate…

De nombreux travaux démontrent que les isothiocyanates agissent comme des agents anti-cancer. Ils modifient favorablement le métabolisme des carcinogènes via une inhibition sélective des enzymes impliquées dans l’activation des carcinogènes et en induisant les enzymes de phase II. Ils peuvent ainsi inhiber la prolifération de cellules cancéreuses en favorisant leur apoptose.

Autre fait intéressant : les crucifères peuvent moduler le métabolisme des oestrogènes et pourraient ainsi réduire les risques de cancer oestrogéno-dépendants comme le cancer du sein. Enfin, les crucifères contiennent d’autres agents protecteurs comme des flavonoïdes et du sélénium.

8000 flavonoïdes connus

Il existe plus de 8000 flavonoïdes dans la nature qu’on regroupe en quelques grandes classes : les flavones (apigénine, lutéoléine), les flavonols (quercétine, kaempférol), les flavanones, les flavanols, les anthocyanines et les isoflavones (comme la génistéine). Tous possèdent des propriétés anti-radicalaires et peuvent moduler la transcription d’une enzyme, la cyclooxygénase 2 (COX-2), impliquée dans les processus inflammatoires et cancéreux.

En outre, certains isoflavones sont dotés de propriétés œstrogéniques comme la génistéine et la daidzéine des pois de soja. La consommation de ces végétaux riches en phytœstrogènes, élevée dans les pays d’Asie, pourrait expliquer une incidence réduite de cancer du sein et de la prostate.

On pourrait citer d’autres composés protecteurs comme les terpènoïdes (comme le menthol, les limonènes, les rétinoïdes, les caroténoïdes…) présents dans les végétaux. Les caroténoïdes, en particulier, jouent vraisemblablement un grand rôle dans la réduction du risque de certains cancers, à condition d’être apportés sous forme d’aliments plutôt qu’en supplémentation.

Et du côté des fruits ?

Parmi les fruits, on trouve quelques évidences supplémentaires du bénéfice de leur consommation.

Différentes sortes de baies (mûres, framboises, fraises) peuvent inhiber la carcinogenèse induite chez l’animal. On invoque les rôles protecteurs de la vitamine C, E, de l’acide folique, du calcium, du sélénium, des polyphénols, des caroténoïdes, des anthocyanes… la liste est longue et non exhaustive ! Ces composés apportés par les baies, agiraient en modulant l’expression d’enzymes, comme la COX 2, et de certains gènes associés au développement tumoral…

Un autre composé, le resvératrol, présent dans le raisin, les baies et …les cacahuètes (!) semble doté de propriétés protectrices contre les maladies cardiovasculaires, le cancer et certaines maladies neurodégénératives. Ses propriétés pharmacologiques sont multiples et concernent les leucocytes, les plaquettes, le métabolisme lipidique, les enzymes de la carcinogenèse… Elles pourraient expliquer ses actions vasodilatatrices, anti-inflammatoires et anti-cancer… La peau de certains fruits est parfois riche en composés protecteurs. Celle des citrons est riche en perillyl alcool, un terpène doté de propriétés protectrices contre divers processus de la carcinogenèse.

La liste de ces composés montre que la prévention du cancer par les légumes et les fruits est un sujet riche d’intérêt sur le plan scientifique. A l’évidence, des ingrédients d’origine alimentaire sont capables de moduler les défenses de notre organisme et de le protéger contre des pathologies aussi graves que le cancer… Ces composés phyto-chimiques agissent de manière complexe et multiforme. Ils interagissent entre eux et avec d’autres composés selon des mécanismes que de futures études aideront peut être à mieux connaître…

En attendant : mangeons des choux, des baies et croquons du raisin !

Références :

  • Ray A. Cancer preventive role of selected dietary factors, Indian Journal of Cancer. 2005 ; 42(1): 15-24.

(Dr Thierry Gibault, Equation Nutrition n°51 - Novembre 2005)

SOURCE : APRIFEL

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