Prévention du cancer : Le rôle de l’alimentation

lu 3333 fois

Chef de service de cancérologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris et professeur à l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC) David Khayat est un cancérologue de renom. Dans son dernier ouvrage [1], somme de trente années de recherches en cancérologie au cours desquelles il a essayé d’amener ses patients à la guérison, il constate que malgré les progrès réalisés, le bilan reste tragique.

« A cette étape de ma vie, je me dois de constater que quelque chose aurait dû être fait depuis longtemps, ou en tout cas développé davantage : je veux parler de la prévention ». Une prévention qui passe en particulier par notre alimentation et nos comportements alimentaires puisque l’on estime que s’alimenter, autrement dit manger et boire, pourrait être responsable de plus de 20 % des cancers. Explications. Propos recueillis par Jean-François Desessard, journaliste scientifique.

En quoi le fait de manger tel ou tel aliment peut produire un effet cancérigène ?

Le lien entre alimentation et cancer n’est pas forcément évident en effet. Pourtant, lorsqu’une cellule respire elle entraîne l’apparition de ce que nous appelons des radicaux libres, des radicaux oxygénés qui présentent la particularité d’être extrêmement caustiques et de pouvoir altérer la qualité du patrimoine génétique en provoquant des réactions chimiques qui vont alors modifier plus ou moins profondément celui-ci sous la forme de mutations. Aussi, face à ce stress dit « oxydatif », est-il important pour un organisme vivant de pouvoir disposer d’anti-oxydants, anti-oxydants que l’on trouve essentiellement dans l’alimentation ?

C’est pourquoi il est très important de travailler sur l’alimentation pour essayer de prévenir le cancer. Cela dit, nous ne sommes pas tous égaux par rapport à ce que nous mangeons, comme nous ne le sommes pas non plus face au cancer. Dans ce contexte, il serait illusoire de penser qu’il existe un régime universel qui permettrait à tous les individus de réduire leur risque de cancer. En revanche, nous avons tous des comportements alimentaires qu’il nous est possible de modifier, d’adapter, voire parfois de changer radicalement si notre santé en dépend.

Quand vous parlez d’alimentation, vous pensez évidemment à l’aliment lui-même mais aussi à son parcours jusqu’au consommateur et à la façon de le préparer ?

Quel qu’il soit, un aliment a une origine et traverse différentes étapes de développement, de fabrication, avant d’arriver en effet jusqu’au consommateur. Par exemple, on constate que 100 grammes de beefsteak français représentent 145 calories et 4 grammes de lipides, alors que 100 grammes de beefsteak américain c’est en moyenne 295 calories et 24 grammes de lipides. Aussi l’origine du produit, mais aussi les procédés utilisés pour sa préparation et sa fabrication vont donc également jouer sur sa valeur en matière de prévention ou au contraire d’augmentation du risque de cancer. Un autre facteur important est le mode de préparation d’un aliment.

Là encore, nous savons par exemple que la préparation des aliments dans un wok permet de monter à des températures considérables de l’ordre de 300° C, alors qu’une poêle atteint une température d’environ 120° C. Ainsi la cuisson au wok de certains aliments va provoquer l’apparition notamment d’amines aromatiques et d’hydrocarbures polycycliques qui sont des produits hautement cancérigènes. Autrement dit, de nombreux facteurs interviennent au cours de l’acte alimentaire, qui nous sommes, notre patrimoine génétique, la façon dont nous digérons tel ou tel aliment, mais aussi l’origine de ce dernier, sa nature, la manière dont il a été cultivé, préparé, fabriqué, enfin le mode de préparation utilisé pour le consommer.

Vous dites qu’il n’existe pas de régime miracle pour prévenir le cancer. Pour autant, dans votre dernier ouvrage, vous indiquez un certain nombre de règles à suivre en matière de choix et de comportements alimentaires. Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?

Pour beaucoup d’entre nous, le poisson a la réputation d’être un aliment miracle. Or si vous consultez le site de l’Agence nationale de sécurité sanitaire vous découvrirez qu’en France, certains poissons que nous mangeons, par exemple le flétan, l’espadon, le thon rouge ou le saumon, qu’il soit d’élevage ou sauvage, contiennent des métaux lourds parfois dans des concentrations élevées. Les saumons sont responsables en France de 70 % de la contamination des consommateurs par ce que l’on appelle les Polluants Organiques Persistants, les POP, des substances hautement cancérigènes qui, lorsqu’elles pénètrent dans le corps, peuvent y rester 15 à 20 ans. Par conséquent, il est conseillé d’éviter de manger trop souvent ce type de poissons. Autre exemple, la viande dont on a diabolisé la consommation. Or à ce jour, aucune étude n’a jamais démontré de façon claire et évidente que la consommation raisonnable de viande rouge, y compris lorsqu’elle est mangée peu cuite, entraîne une augmentation du risque de cancer, notamment du côlon. Même constatation concernant le vin qui, consommé de manière modérée, à savoir trois verres de vin par jour pour les hommes et deux pour les femmes, n’entraîne aucune augmentation de risque de cancers, en particulier de la cavité buccale. La solution n’est donc pas d’éliminer définitivement certains aliments de notre alimentation, sauf dans des cas particuliers, mais de toujours les consommer avec modération. C’est aussi cela le vrai régime anti-cancer.

[1] David Khayat - Le Vrai Régime anti-Cancer – Editions Odile Jacob, 2010

(6ème congrès Goût-Nutrition-Santé « Bien-Etre : Equilibre & Plaisir Alimentaire » - Dijon, les 22 et 23 mars 2011)

SOURCE : Vitagora® Goût-Nutrition-Santé

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s