Prévention de l'obésité infantile : quelles leçons tirer des études antérieures ?

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Dans les trois premiers articles de cette série, nous nous sommes intéressés à la prévention de l'obésité infantile. L'article d'aujourd'hui portera sur les enseignements généraux qu'il est possible de tirer des études antérieures pour éclairer et améliorer les futures interventions.

Plusieurs analyses approfondies ont été menées dans le but d'identifier les meilleures pratiques à mettre en œuvre pour prévenir l'obésité infantile [1,2]. Ces analyses expertes n'ont toutefois pas permis de définir un «cadre» spécifique aux futures interventions. Cela n'a rien de surprenant au vu de la très grande diversité de ces études en termes de portée et de méthodologie. Malgré tout, plusieurs éléments essentiels ont été mis en évidence qui permettront d'orienter les futurs programmes de prévention de l'obésité infantile.

Activité physique

Pour éviter que les enfants minces ne s'acharnent à perdre du poids et que les enfants en général n'adoptent des pratiques malsaines pour maigrir, et pour empêcher également que ceux en surpoids ne soient montrés du doigt, toute intervention s'adressant à l'ensemble de la population infantile doit privilégier une alimentation équilibrée, l'activité physique et l'estime de soi plutôt que d'insister sur la perte de poids ou l'atteinte d'un poids idéal [1]. Les analyses réalisées par des experts révèlent que l'activité physique est un élément essentiel à toute intervention axée sur la perte de poids. La lutte contre la sédentarité s'est également révélée prometteuse.

Doak et coll. [2] soulignent le succès des interventions visant à réduire le temps que les enfants consacrent à la télévision et recommandent d'inscrire la lutte contre la sédentarité dans les programmes, lorsque les enfants passent beaucoup de temps à regarder la télévision ou à jouer à des jeux vidéo.

Participation des principaux acteurs

La raison pour laquelle il n'existe pas d'intervention unique pour prévenir l'obésité tient à ce que chaque contexte nécessite le déploiement de stratégies différentes. Les initiatives les plus réussies sont celles qui adaptent les programmes d'intervention aux besoins spécifiques des enfants (en fonction de leur âge, de leur sexe et de leur origine ethnique), qui font preuve de créativité en tenant compte des infrastructures et expertises disponibles et surtout, qui cherchent à engager les principaux acteurs de la collectivité dans l'élaboration du programme, sa mise en oeuvre et son évaluation.

Ces acteurs sont les personnes directement concernées par le programme d'intervention, telles que les enfants, les enseignants, les parents et les responsables communautaires. Leur participation permet non seulement d'adapter le programme aux besoins spécifiques identifiés, mais elle renforce aussi le sentiment d'appartenance et la volonté de réussite. La participation des principaux acteurs est particulièrement importante pour les programmes qui ciblent les groupes minoritaires.

Portée et contexte

Il ressort des études menées que l'école constitue un terrain privilégié pour la promotion du poids équilibré, car elle a accès à la majorité de la population infantile [1,2]. Outre qu'il s'agit d'un lieu évident pour apprendre aux enfants à opter pour un mode de vie équilibré, l'école peut aussi les amener à apporter des changements positifs et pratiques à leur alimentation et à leur niveau d'activité physique en proposant des repas équilibrés à la cantine et en multipliant les activités physiques et sportives pendant les cours, les récréations et dans le cadre de clubs parascolaires.

Idéalement, l'école sert de plaque tournante, à partir de laquelle doit se déployer un programme élargi faisant appel à la participation des familles et de l'ensemble de la collectivité. L'influence des parents et de la famille ne saurait être sous-estimée et l'éducation, de même que la participation active des parents, devraient être prévues dans le programme. Dans un même ordre idée, la participation du public est au cœur d'une participation élargie de la collectivité et devrait être exploitée pour fédérer les compétences, les connaissances et les ressources afin d'agir sur les problèmes de santé identifiés.

Une question de méthode !

Flynn et coll. [1] soulignent que les qualités personnelles du responsable ou du coordonnateur du programme sont susceptibles d'avoir un effet très important sur son succès. Outre d'excellentes compétences en matière de communication et de motivation, ce responsable doit être culturellement acceptable et servir de modèle. Il est donc préférable que ses compétences soient prises en compte lors de l'élaboration de l'étude et du déploiement de l'intervention.

Vers un changement positif

La très grande majorité des études menées jusqu'à ce jour ont à court terme révélé un changement positif [1,2] et même si plusieurs voix se sont élevées et inquiétées de ce que la promotion du poids équilibré chez les enfants puisse avoir des effets négatifs sur leur image corporelle et favoriser l'exclusion de ceux qui sont déjà en surpoids et obèses, très peu de preuves corroborent ces inquiétudes. Flynn et coll. [1] proposent par ailleurs que les programmes de grande envergure axés sur l'obésité infantile optimisent les ressources disponibles en ciblant simultanément d'autres maladies chroniques, telles que les maladies cardiovasculaires et le cancer, car les stratégies de prévention de ces pathologies empruntent globalement les mêmes ressorts.

Références :

  1. Flynn M.A.T. et al (2006). Reducing obesity and related chronic disease risk in children and youth: a syntheses of evidence with best practice recommendations. Obesity Reviews 7 (suppl 1): 7-66
  2. Doak C.M. et al (2006). The prevention of overweight and obesity in children and adolescents: a review of interventions and programmes. Obesity Reviews 7: 111-136

Dans ce même dossier :

- L'heure est venue de lutter contre l'obésité infantile (1/4)
- Prévention de l'obésité infantile : des initiatives fructueuses (2/4)
- Prévention de l'obésité infantile : examen du milieu (3/4)

Source : « Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation (EUFIC) »

SOURCE : « Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation

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