Prévenir la surcharge pondérale chez l'enfant : une nécessité !

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La prévalence du surpoids et de l'obésité infantiles en France a plus que doublé au cours des 20 dernières années pour atteindre selon les dernières enquêtes 15 à 20% des enfants d'âge scolaire. Une fois constituée, la prise en charge de la surcharge pondérale est extrêmement décevante puisque environ les 2/3 de ces enfants conserveront un excès de poids à l'âge adulte...

Ces chiffres soulignent la nécessité de mettre en place des programmes de prévention dont l'efficacité suppose de cibler les facteurs sociétaux et comportementaux favorisants ainsi que les groupes d'individus à risque. La prévention doit en effet s'exercer à deux niveaux complémentaires : au niveau de la population générale et à l'échelon individuel.

Au niveau de la population générale

Des recommandations pour la prévention de l'obésité au niveau de la population générale ont été publiées par un groupe de cent quinze experts. Ces propositions ont pour objectif de réduire les facteurs qui favorisent la prise de poids en agissant notamment sur la réduction de la sédentarité, le respect des rythmes alimentaires, et la diminution de la densité calorique de l'alimentation par le biais de l'information du consommateur et de l'éducation nutritionnelle à l'école. Ces messages de prévention, que chaque médecin peut transmettre individuellement, doivent surtout être relayés par les organismes publics chargés de l'éducation pour la santé, les professionnels de l'enfance (enseignants, éducateurs, puéricultrices…), les media ou encore les industriels de l'agro-alimentaire.

A l'échelon individuel : dépister les enfants "à risque"

A ce niveau, la prévention de l'obésité passe d'abord par le dépistage des enfants à risque. Deux principaux facteurs de risque ont été identifiés et doivent être recherchés :

- Le premier est l'existence d'une obésité parentale qui constitue un facteur de risque démontré aisément décelable. Environ 60% des enfants obèses ont au moins un de leurs deux parents souffrant de surpoids

- Le second est la précocité de l'âge du rebond de l'indice de masse corporelle (IMC) qui est probablement un des meilleurs facteurs prédictifs d'obésité. En effet, dans la population générale l'âge moyen du rebond de l'IMC c'est-à-dire l'âge où l'IMC est le plus bas avant son ascension jusqu'à l'âge adulte, est de 6 ans, alors que chez l'enfant obèse il est en moyenne égal à 3 ans, et presque toujours inférieur à 6 ans.

En pratique, chez tous les enfants, et en particulier chez ceux ayant des antécédents familiaux d'obésité, la courbe d'IMC, présente dans tous les carnets de santé, doit être régulièrement surveillée. Cette surveillance constitue un élément majeur de prévention car la précocité du rebond est généralement apparente avant que les enfants ne soient déjà obèses ce qui permet de débuter rapidement des mesures préventives portant à la fois sur l'alimentation et l'activité physique.

Mesures préventives diététiques : pour l'ensemble de la famille

Les enfants à risque doivent avant tout bénéficier d'une alimentation équilibrée, normocalorique pour l'âge, harmonieusement répartie dans la journée, privilégiant le petit-déjeuner et le déjeuner, supprimant le grignotage et comportant une répartition optimale des nutriments au profit des glucides complexes et des fibres aux dépens des lipides et des glucides simples. Il est important de souligner que ces mesures pour être appliquées doivent concerner l'ensemble de la famille : ce sont en effet les comportements et les habitudes alimentaires familiales qui nécessitent d'être corrigée car ils sont souvent reproduits et acquis par l'enfant.

Par ailleurs, des mesures préventives précoces sont applicables dès les premières semaines de vie aux nourrissons ayant des antécédents familiaux d'obésité. C'est le cas notamment de l'allaitement maternel car des données épidémiologiques récentes montrent que la prévalence de l'obésité est plus faible chez les enfants qui ont été nourris au sein. L'éducation du goût est également importante dès l'âge de la diversification afin de favoriser l'habitude de consommer les aliments à faible densité énergétique tels que les fruits et les légumes.

Accroître l'activité physique et réduire la sédentarité

Ces mesures visent à accroître les activités physiques proprement dites (activités sportives, mais aussi marche à pied, vélo, jeux de plein air) mais sans doute plus encore à réduire les activités sédentaires (télévision, ordinateurs, jeux vidéo). Leur efficacité spécifique dans la prévention de l'obésité de l'enfant, indépendamment des mesures diététiques associées, a été mise en exergue par des études d'intervention prospectives. Elles sont d'autant plus efficaces qu'elles sont appliquées par l'ensemble de la famille, le comportement parental ayant une forte valeur d'exemplarité et d'incitation.

En conclusion, même s'il existe indiscutablement des facteurs génétiques individuels de prédisposition, la progression actuelle de la prévalence de l'obésité infantile est un phénomène de société lié aux modifications profondes de notre mode de vie au cours des dernières décennies. L'arrêt de cette progression constitue à l'heure actuelle en enjeu majeur de santé publique, reconnu comme tel par le Programme National Nutrition-Santé qui en a fait un de ses objectifs prioritaires. La prévention de cette maladie "sociétale" ne passe pas uniquement par les médecins ou les professionnels de santé : son succès nécessite l'implication de l'ensemble des acteurs concernés dans la Société: enseignants, media, industriels ainsi que les pouvoirs publics.

SOURCE : Aprifel

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