Prévenir l'obésité maternelle pour protéger la santé du nouveau-né

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Prévenir l'obésité maternelle pour protéger la santé du nouveau-né

Une grande étude européenne récente sur l'obésité maternelle conclut qu'en raison de ses conséquences néfastes à long terme sur les mères et leurs enfants, des stratégies préventives ciblées devaient être développées en urgence chez les filles et les femmes en âge de procréer afin de prévenir la survenue de cette obésité.

The Developmental ORIgins of healthy and unhealthy AgeiNg: (DORIAN), consortium financé par le 7ème programme-cadre de la Commission européenne (PC7), chargé d'examiner le rôle de l'obésité maternelle, publie aujourd'hui les résultats contrôlés, d'un programme de recherche de trois ans qui a débuté en Janvier 2012.

Le surpoids et l'obésité sont de gros problèmes de santé pour l'Union européenne. Plus de la moitié (53%) des adultes sont aujourd'hui en surpoids ou obèses. L'obésité, qui présente encore plus de risques pour la santé que le simple surpoids, touche actuellement un adulte sur six (17%) dans l'Union Européenne, en nette augmentation par rapport à la décennie précédente, où l'obésité ne concernait qu'un adulte sur dix, (en notant des variations considérables entre les différents pays de l'UE) *.

L'étude avait pour but de mieux comprendre les mécanismes de base influençant le développement des individus depuis l'enfance jusqu'à l'âge adulte, afin d'améliorer leur santé et leur qualité de vie. Le Consortium de DORIAN a précisément analysé les impacts de l'obésité maternelle sur le processus de vieillissement et ses effets sur les enfants au long terme. DORIAN, dirigé par le Dr Patricia Iozzo (Institut de physiologie clinique, Conseil national de recherches (CNR), Pise, Italie) regroupe plusieurs études destinées à répondre aux questions spécifiques liées à ce problème.

Ces résultats précis proviennent d'une étude portant sur 13000 sujets suivis depuis leur naissance (dans les années 1930-1940) jusqu'à leur âge actuel de 60-70 ans. Dirigée par le professeur Johan Eriksson à Helsinki (Université de Helsinki et Centre de recherche Folkhälsan, Helsinki), cette importante collecte de données a montré que la probabilité de développer des maladies cardio-vasculaires et neuro-vasculaires, voire un diabète de type 2 à l'âge adulte, était supérieure chez les personnes nées de mères qui avaient conservé un surpoids à la fin de leur grossesse

« Nous cherchions a vérifier » dit le Dr Iozzo, « si des signes de développement de la maladie peuvent être captés durant les premières phases de la vie. Les résultats, portant sur 90 mères et leurs enfants, montrent que le profil métabolique, le poids corporel et le développement cardiaque chez les enfants sont influencés par un surpoids avant la grossesse, combiné à une prise de poids pendant la grossesse, et par le poids maternel et le contrôle glycémique à la fin de la grossesse. Le prise de poids entre les grossesses successives (communément observé chez les femmes) affecte également ces données".

"La période de la grossesse, même la toute dernière période, est fondamentale," explique le Dr Iozzo. "De gros efforts devraient être consacrés à contrôler le mode de vie pendant la grossesse et à améliorer le profil métabolique de la mère jusqu'au moment de l'accouchement".

Une équipe dirigée par les professeurs Rebecca Reynolds et Megan Holmes de l'Université d'Edimbourg, Royaume-Uni, a constaté que les femmes souffrant d'obésité ont un régime alimentaire plus riche en graisses saturées et plus pauvre en micronutriments (vitamines, minéraux) pendant leur grossesse que les femmes minces. En outre, en utilisant un modèle préclinique, les chercheurs ont constaté que le placenta des mères ayant une alimentation riche en graisses protégeait moins bien le fœtus contre les variations du taux de cortisol qui est l'hormone du stress ; en conséquence, la croissance du fœtus est ralentie et ces enfants sont plus susceptibles de souffrir de troubles de l'humeur à l'âge adulte. Les professeurs Holmes et Reynolds concluent: " Pour les femmes enceintes, les deux messages les plus importants à tirer de ces résultats, sont :1-qu'il faut absolument avoir une alimentation et un mode de vie sains pendant la grossesse, 2-et que si la mère souffre d'un syndrome anxio-dépressif , elle doit suivre un traitement pour améliorer ces symptômes. ». Le Dr Iozzo ajoute: « Les dirigeants politiques doivent instituer des lignes directrices concernant l'alimentation pendant la grossesse, ainsi que le soutien psychologique des femmes enceintes ».

Il est important de souligner que tout ce qui entoure le contenu utérin en cours de grossesse, et spécialement l'alimentation de la mère peut interagir au niveau de l'ADN de l'enfant pendant son développement, et peut entrainer des modifications génétiques, pouvant altérer le fonctionnement des gènes. Tout le monde a des modifications génétiques qui influencent leur santé au cours de leur existence. L'équipe du Dr Paulino Gómez-Puertas de Biomol-informatique à Madrid, en Espagne, qui collabore avec Dr Iozzo, met aussi clairement en évidence un certain nombre de différences entre les enfants nés de mères obèses et les enfants nés de mères minces.

D'autres résultats capitaux de cette étude sont liés aux «télomères», sorte de capuchons protecteurs situés à l'extrémité de nos chromosomes. «Avoir des télomères longs», explique la jeune chercheuse Maria Angela Guzzardi de l'équipe du Dr Iozzo, "protège notre ADN afin qu'il soit plus en mesure de fonctionner et de se réparer, alors que des télomères plus courts sont évocateurs de maladie et d'une durée de vie raccourcie." L'équipe de DORIAN a constaté que le surpoids et l'obésité maternelle, combinés à une prise de poids élevée durant la grossesse, sont associés à un raccourcissement de la longueur des télomères chez les descendants même quand ils vieillissent. Toutefois, pour le Dr Iozzo, même si une femme enceinte est née avec des télomères courts et un IMC élevé, elle peut encore renverser la situation et engendrer une descendance saine. "Si vous vous trouvez dans cette situation, vous devez essayer d'éviter de prendre du poids, mais aussi avoir une activité physique, parce que cela peut améliorer le métabolisme du glucose et rallonger les télomères",

La collaboration entre Dr Guzzardi, le professeur Johan Eriksson (Université d'Helsinki et Centre de recherche Folkhälsan, Helsinki) et le professeur Pirjo Nuutila de l'Université de Turku en Finlande met également en évidence que la pratique de l'exercice physique peut avoir un effet positif sur la longueur des télomères, le métabolisme du glucose et la sensibilité à l'insuline, en particulier chez les femmes adultes nées de mères obèses.

Les autres conclusions de cette étude montrent :

  • Les résultats obtenus par le groupe du Dr Mathias Schmidt de l'Institut Max Planck à Munich, en Allemagne, qui démontre que FKBP51, gène impliqué dans l'obésité maternelle, peut être une cible possible pour de nouveaux médicaments utilisés dans les troubles liés à l'obésité.
  • Une étude préclinique menée par l'équipe du Dr Francesca Cirulli à l'Istituto Superiore di Sanità à Rome qui montre que l'administration d'antioxydants pourrait être une moyen potentiel de prévenir et d'atténuer les effets nocifs de l'obésité maternelle sur la santé de la descendance.
Le Dr Iozzo conclut: "L'étude de DORIAN a souligné l'importance de la prévention de l'obésité pendant la grossesse, de la prévention de l'excès de prise de poids durant la grossesse, et aussi l'importance du maintien d'une alimentation saine, sans trop de matières grasses qui pourrait avoir des effets nocifs à court et long terme sur la santé de la mère et de son enfant ".

"Dans le contexte de la relation mère-enfant, une attention particulière devrait être accordée à la prévention du surpoids et de l'obésité chez les jeunes filles, appelées à être de « futures mères ». De plus, des mesures de prévention ciblées sont indispensables pour assurer que les femmes enceintes ne prennent trop de poids pendant la grossesse et protègent leur santé physique et mentale et celle de leurs enfants".

L'Association Européenne pour l'Etude de l'Obésité (EASO) est satisfaite des résultats de cette étude et soutient ses conclusions:

« DORIAN souligne la nécessité absolue de lutter contre l'obésité maternelle, de développer des solutions pour les décideurs politiques et de fournir des outils pour les citoyens de l'union européenne. EASO invite toutes les acteurs concernés à travailler ensemble pour atteindre ces objectifs », explique Euan Woodward, directeur exécutif de l'EASO.

* Cette information provient d'une déclaration conjointe par Vytenis Andriukaitis, Commissaire Européen chargé de la santé et de la sécurité alimentaire, et Angel Gurría, Secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économique: europa.eu

SOURCE : Expression & CMC

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