Préservation de la santé et de l'environnement : un même objectif !

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Depuis qu'il a quitté son statut de chasseur cueilleur, l'homme a acquis une emprise considérable sur la nature à la suite du développement de l'agriculture et de la révolution industrielle. D'un côté les progrès scientifiques et technologiques ont permis une explosion démographique, un accroissement considérable de notre potentiel à produire des aliments, à prévenir ou combattre les maladies, d'un autre côté nous avons une très mauvaise maîtrise de notre influence sur l'environnement et réciproquement de l'impact de l'environnement sur notre santé.

« Préservation de la santé et de l’environnement : un même objectif ! » - Crédit photo : www.inma.fr Les conséquences des activités humaines sur le réchauffement climatique ou la diminution de la biodiversité font l’objet d’une préoccupation assez universelle sans que l’humanité ait réellement trouvé les solutions pour résoudre ces questions. Une préoccupation récurrente concerne aussi la capacité de la planète à nourrir ses 9 milliards d’hommes à l’échelon 2050, surtout si notre modèle d’alimentation occidentale se développe, si nous ne cessons de perdre des surfaces cultivables et pire si un partie de l’agriculture est réservée à l’avenir à la production d’agrocarburants. Qu’il s’agisse d’environnement, de ressources alimentaires, notre avenir est incertain. Il en est également de même pour la santé des populations, soit qu’elles souffrent d’un sous-développement économique, voire de faim, soit qu’elles soient mal adaptées à un nouveau paysage alimentaire trop aseptisé et trop riche en calories vides ou à un mode de vie devenu trop sédentaire.

Finalement deux questions essentielles se posent, quels types de mode de vie et d’environnement sont-ils les mieux adaptés à l’homme et réciproquement quelles seraient les manières de vivre et de s’alimenter les plus compatibles avec une préservation de l’environnement. Problématique bien vaste que nous voudrions juste essayer d’éclairer sur le sujet de l’alimentation et de la santé. Jusqu’à présent, on a largement ignoré que nos choix alimentaires, du champ jusqu’au traitement des déchets de nos repas étaient responsables de plus de 30% des émissions des gaz à effet de serre, sans parler des diverses pollutions. Notre manière de cultiver les champs, d’élever les animaux, de transporter, transformer, emballer, distribuer ou préparer les aliments n’est pas neutre pour la planète ni sans conséquences pour la santé.

Finalement, il est temps de décrire les contours d’une alimentation durable qui serait la plus adaptée possible à la préservation de l’environnement et de la santé. Il nous faut donc définir les modes alimentaires les plus sûrs sur le plan de la gestion de la santé ; les modes de production qu’il faudrait développer pour préserver la fertilité des sols, assurer la sécurité des approvisionnements alimentaires et diminuer l’impact de la chaîne alimentaire sur l’environnement ; la nature des transformations à privilégier pour ne pas dégrader la qualité nutritionnelle des aliments ; la diversification des circuits d’approvisionnement pour aboutir à une offre alimentaire plus équilibrée ; la gestion des ressources alimentaires de proximité pour réduire le coût des transports et améliorer l’offre en produits de terroir et de saison ; les moyens de permettre aux agriculteurs ou aux autres intermédiaires de percevoir une rémunération normale .A travers ces grandes questions, on comprend que notre vision de la question alimentaire est souvent trop partielle. C’est ainsi par exemple que beaucoup de recommandations alimentaires demeurent inefficaces face à un paysage alimentaire bien trop imparfait.

Le premier socle d’une alimentation durable serait d’organiser la production alimentaire en fonction de la nutrition préventive. Celle-ci définit la manière la plus universelle de bien s’alimenter pour assurer un bon fonctionnement de l’organisme et préserver la santé ; elle nous enseigne que la seule façon pour l’homme de bien se nourrir est d’utiliser une large gamme de produits végétaux naturels (produits céréaliers, légumes secs, féculents divers, fruits, légumes, graines et fruits oléagineux) complétée par des apports modérés de produits animaux et d’huiles végétales. En exploitant la diversité et la qualité nutritionnelle de ces aliments, on peut composer des milliers de recettes correspondant à une grande partie des cuisines du monde et surtout cela facilite l’adoption de régimes équilibrés protecteurs. Il est inutile de chercher une autre voie pour atteindre un bon état nutritionnel et améliorer la santé publique.

Il faut prendre également conscience que les aliments n’ont pas tous la même efficacité agronomique, qu’il faut par exemple 10 fois plus de surface pour produire un kilo de protéines animales qu’un kilo de protéines végétales. Inutile donc d’exporter notre modèle occidental de grands consommateurs de produits animaux et il serait indispensable d’apprendre à consommer beaucoup plus de légumes secs. Rappelons aussi l’efficacité agronomique et écologique du maraîchage de plein champ en légumes de saison. Doubler la consommation en fruits et légumes ne nécessiterait finalement que peu de surface. Compte tenu de l’efficacité de ces aliments en terme de gestion de santé publique, on serait à même d’attendre une politique agricole qui facilite l’accessibilité aux fruits et légumes. Réduire certes la consommation de produits animaux lorsqu’elle est trop élevée mais surtout veiller à ce que les produits transformés ne fassent pas une concurrence déloyale vis-à-vis des produits naturels. Pour résumer, travailler la terre comme un jardin nourricier que l’on préserve et dans lequel on puise une richesse extraordinaire de micronutriments protecteurs. A l’heure d’une prise de conscience écologique générale, il n’y a pas d’autre voie pour l’humanité que de développer une agro-écologie tournée vers la satisfaction des besoins nutritionnels de l’homme

Nous sommes donc loin de savoir bien faire les choses : nous alimenter sainement, produire proprement et durablement, transformer et distribuer sans dénaturer, bien gérer nos ressources de proximité. La sécurité à long terme de nos approvisionnements alimentaires comme leur qualité nutritionnelle ne pourront être conservées qu’en préservant nos espaces naturels et la complexité des aliments qui en sont issus. A l’homme le soin d’organiser la chaîne alimentaire en conséquence, d’adopter de bons comportements alimentaires, de développer une éducation nutritionnelle fondée sur une vision globale et durable de l’alimentation. Il est temps de se mobiliser dans notre vie quotidienne par exemple en privilégiant la consommation de produits naturels ou en réduisant celle de produits transformés sous emballage. Il est temps aussi d’interpeller nos politiques sur ce sujet dans cette période propice aux débats politique.

(Christian REMESY, Unité de Nutrition Humaine, INRA de Clermont-Theix - Université d’été de Nutrition 2008, Clermont-Ferrand, 17-19 septembre 2008)

SOURCE : Centre de Recherche en Nutrition Humaine Auvergne

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