Prébiotiques : dans l'ombre du big « C »

lu 3645 fois

Le cancer est l'un des domaines de recherche les plus actifs de la prévention nutritionnelle. Et dans ce domaine, les résultats préliminaires et les études en cours avec des prébiotiques ouvrent des perspectives qui s'avèrent de plus en plus prometteuses.

Le lien prébiotique - cancer est étudié depuis plusieurs années. En laboratoire, plusieurs travaux ont signifié, par exemple, que la structure chimique des fructanes semble interagir avec leur aptitude à prévenir le développement de foyers de cryptes aberrantes et de tumeurs dans des modèles animaux de cancérogenèse (induction chimique ou modèles génétiques). Mais, ces dernières années, c'est le projet européen SYNCAN (Synbiotics and Cancer Prevention in Humans) qui a marqué les esprits de la recherche prébiotique dans la prévention du cancer chez l'homme.

Pour rappel, des chercheurs de sept pays d'Europe ont étudié l'effet d'un cocktail de prébiotiques et probiotiques sur l'évolution de tumeurs cancéreuses de l'intestin. Les résultats de leurs analyses ont révélé en 2006 qu'un tel cocktail peut ralentir le développement des tumeurs en modulant des paramètres immunitaires et d'autres biomarqueurs du cancer, non pas seulement chez les animaux, mais aussi chez l'être humain. Certes, l'effet est modeste chez l'homme, mais l'enthousiasme ne faiblit pas. SYNCAN a désormais cédé sa place à une étude de plus grande envergure. Menée au sein du Mayo Clinic Cancer Center, à Rochester, Minnesota, elle implique 100 patients présentant des adénomes depuis au moins 6 mois. Ses résultats ne sont attendus que d'ici à 2010, mais d'autres études témoignent que la piste du cancer, autrefois fort fragile, est désormais sérieuse.

La préhistoire des prébiotiques...

Pour l'anecdote, en marge du cancer, d'autres travaux récents s'intéressent à l'évolution de la consommation humaine de prébiotiques, en particulier celle des fructanes. D'après des sources archéologiques, nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, outre des gros consommateurs d'oméga-3, étaient de très gros mangeurs d'inuline et de fibres, en général. Il y a quelques années, leur consommation a même été estimée à partir de traces fossiles dans les savanes de l'Afrique subtropicale ou en Amérique du Sud. A cette période de l'espèce humaine, «homo erectus» était au demeurant un grand consommateur de tubercules, de bulbes divers comme l'oignon ou encore d'agave, des plantes riches en inuline. Près de 60 % de ses apports énergétiques quotidiens provenaient de ce type d'aliments, surtout quand la viande venait à manquer. Il s'avère que ce mode alimentaire menait à une ingestion quotidienne de... 250 à 400 g de fibres alimentaires, dont 50 à 100 g rien que pour l'inuline ! De quoi exercer un bel effet prébiotique... Quant au cancer, difficile de se prononcer vu l'espérance de vie de notre aïeul ! Dans tous les cas, on est très loin des recommandations modernes à l'égard des fibres alimentaires et cette découverte est la porte ouverte à bien des appréciations.

Question de flore

Le type de flore est-il un facteur limitant ? Une étude récente réalisée par Yoram Bouhnik de l'hôpital Lariboisière à Paris et publiée dans le journal « Nutrition Research », suggère ainsi que l'apport quotidien d'une dose modeste de prébio-tiques aiderait à réduire le risque de cancer du côlon chez l'homme en bonne santé. Ces conclusions s'appuient sur le suivi de 39 volontaires d'une moyenne d'âge de 33,9 ans. Parmi ces 39 personnes, 19 ont reçu un placebo et les 20 autres ont reçu une double dose de 2,5g d'inuline pendant 4 semaines. Après 4 semaines, les chercheurs ont montré que le taux de Bifidobactéries chez les personnes ayant reçu le prébiotique était 10 fois supérieur à ce qu'il était au départ de l'étude et en comparaison du placebo. De plus, cette augmentation s'est poursuivie pendant les 2 semaines suivant l'arrêt de la prise quotidienne d'inuline, ce qui montre que l'effet prébiotique se maintient un peu dans le temps. Mais là n'est pas la nouveauté...

L'étude belgo-française met également en lumière une réduction de la concentration d'une enzyme, la bêta-glucuronidase, suite à la supplémentation en inuline. L'activité de cette enzyme augmente en présence d'une alimentation riche en viande et est reconnue comme catalyseur de l'activation métabolique de certaines substances procarcinogènes et des processus de déconjugaison dans la lumière colique. Ces résultats corroborent ceux d'études menées avec des probiotiques (Bifidobactéries): l'équilibre de la flore intestinale est directement associé à l'activité des enzymes de réduction et peut être modulé positivement par des pré/probiotiques. Cependant, cette étude demande confirmation, au vu du nombre assez faible de participants et de sa durée relativement courte.

D'un prébiotique et d'un cancer à l'autre

L'impact des prébiotiques n'est probablement pas uniquement enzymatique ou immunomodulateur. La grande famille des prébiotiques s'agrandit régulièrement et chaque candidat exerce aussi des effets spécifiques. Cette vérité se confirme avec la pectine, un prébiotique abondant dans les fruits (agrumes, pommes,...) et certains légumes. Or, selon des chercheurs de l'Université de Géorgie, des cellules de cancer prostatique réagissent très mal à la présence de pectine. Leurs travaux conduits en laboratoire révèlent que des éléments structurels spécifiques de la pectine sont à même d'induire une activité apoptotique au sein de ce type de cellules tumorales. A l'opposé, la pectine ne provoque pas de programmation de la mort cellulaire en présence de cellules saines. L'effet mènerait à une réduction de près de 40 % du nombre de cellules cancéreuses et est généré par le chauffage de la pectine.

Pour les auteurs de cette étude, qui suscite encore des questions, cette découverte est peut-être la base de nouvelles approches diététiques ou pharmacologiques à l'égard de la maladie. Elle augmente également l'intérêt diététique pour un composé comme la pectine, déjà très étudié pour son action modeste sur le cholestérol sanguin, la glycémie ou encore le contrôle du poids corporel. Elle ajoute enfin une autre pierre à l'édifice des recommandations en faveur d'une consommation suffisante de fruits et légumes pour prévenir le cancer.

Référence

  • Roller M et al. Br J Nutr. 2007 Apr;97(4): 676-84 Bouhnik Y et al. Nutrition Research 2007; vol 27(4): 187-193
  • 5th Orafti Research Conference, Boston, octobre 2006

(Par Nicolas Rousseau, Diététicien Nutritionniste, " HEALTH & FOOD " numéro 84, Septembre - Octobre 2007)

SOURCE : Health and Food

Cela pourrait vous intéresser

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s