Pourquoi les régimes amaigrissants sont souvent inefficaces

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Pourquoi les régimes amaigrissants sont souvent inefficaces

On peut maigrir assez vite, et même très vite. Mais l’amaigrissement est rarement durable à moyen et à long terme. On reprend du poids, et pire, encore plus qu’avant ! Le contrôle du poids dépend de mécanismes complexes. Même si c’est dur à avaler, l’individu n’en est pas le maître absolu ! Avec patience, des résultats peuvent être obtenus, mais une chose est certaine : la restriction volontaire et la guerre aux aliments ne sont pas la bonne solution.

L’une après l’autre, les études scientifiques montrent sans ambiguïté que les stratégies de contrôle du poids sont inefficaces. Parmi les plus récentes, une étude britannique (1) a suivi pendant 9 ans 175000 adultes obèses. Seulement 1283 hommes et 2245 femmes sont arrivés à atteindre un poids normal. Soit une probabilité de réussite de 1/210 pour les hommes et 1/124 pour les femmes. En cas d’obésité très grave, la même probabilité tombe à 1/1290 pour les hommes et 1/677 pour les femmes. Quant aux patients qui ont réussi à perdre 5 % de poids par an (dans les meilleurs cas environ 1 sur 10), 50 % d’entre eux ont repris ce poids en 2 ans, et près de 80 % en 5 ans…

Une autre étude (2) encore, portant sur près de 9000 personnes, montre de son côté que les régimes peuvent entraîner un risque d’obésité et conduire à une augmentation de l’indice de masse corporelle (IMC).

Le corps est vu comme un objet à contrôler

Pourtant, en même temps que la boulimie consumériste, la mode des régimes amaigrissants se perpétue, observait le Dr Gérard Apfeldorfer lors des 13e Rencontres (3) du Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids (GROS). Les noms changent à l’occasion (« programme alimentaire », « plan d’équilibre alimentaire », etc.), les régimes demeurent. « Le corps n’est pas vu comme un système en équilibre, mais comme un objet à modeler et à contrôler ». En limitant les apports alimentaires, en mangeant selon des règles, et non selon des sensations. C’est ce que les médecins appellent la « restriction cognitive ». A vrai dire, ça ne marche pas très fort. Dans les cas peu nombreux où ça marche durablement, on dit que le régime a réussi. Dans les innombrables cas où il échoue, on dit que c’est la faute du patient. Pas assez volontaire.

Les régimes sont anti-physiologiques

Dans un livre (4) auquel Sciences & Avenir (5) a fait écho, une chercheuse en psychologie de l’université du Minnesota (USA) explique pourquoi les privations sont inefficaces. Résister à la nourriture va à l’encontre de notre impératif biologique de survie. Le cerveau sur-réagit à la nourriture, qui devient encore plus appétissante et réconfortante. Les hormones qui indiquent au cerveau la satiété et la faim ne jouent plus leur rôle. Le corps se met à utiliser les calories le plus efficacement possible, pour s’habituer à survivre avec un régime de famine. S’il y a des « restes », ils seront stockés sous forme de graisse. La perte de poids, qui porte à la fois sur la masse grasse et la masse musculaire, s’accompagne d’une diminution des besoins énergétiques. Lorsqu’on revient à une alimentation normale, même équilibrée, en l’absence d’exercice physique la reprise de poids porte sur la masse grasse. Bref, les modifications physiologiques liées au régime ne vont pas dans le bon sens et on peut dire sans hésiter que le régime est anti-physiologique.

Il faut faire la paix avec les aliments

C’est pourquoi, sauf exception médicale justifiée, l’heure n’est plus aux mesures coercitives. A plus forte raison, bien sûr, s’il s’agit seulement de traquer « quelques kilos en trop ». Psychologues et nutritionnistes sont aujourd’hui d’accord. Il faut ménager, et aborder en douceur, le système complexe qui vise à nous maintenir un poids stable. Manger en tenant compte de ses sensations, de ses émotions, des processus complexes et inconscients qui aboutissent à un poids stable, à un poids d’équilibre, explique le Dr Apfeldorfer.

Même si c’est une terrible « blessure narcissique », il faut s’habituer à l’idée qu’on n’a pas un pouvoir absolu sur son corps ! Il est possible de manger moins sans faire de régime et de diminuer ses apports caloriques sans s’imposer une restriction cognitive. Apprendre cette forme d’alimentation intuitive permet de se rapprocher de son poids physiologique et de faire enfin « la paix avec les aliments ».

  1. Fildes A, et coll. Am J Public Health 2015; 105: e54–e59. DOI:10.2105/AJPH.2015.302773.
  2. Siahpush M, et coll. Int J Behav Med 2015; 22(5):662-671. DOI: 10.1007/s12529-015-9463-5.
  3. 13e Rencontres du GROS. « La tentation des régimes ». Paris, 3, 4 et 5 décembre 2015.
  4. Mann T. « Secrets from the Eating Lab ».
  5. Loumé L. Sciences et Avenir, 18-06-2015.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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