Pourquoi l'enfant refuse certains aliments

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Dans un contexte inédit d’abondance de l’offre alimentaire, la question de l’émergence du goût chez l’enfant et de la formation du répertoire alimentaire est plus que jamais d’actualité. S’il est généralement admis que la consommation d’aliments variés est un facteur de promotion de la santé, il reste à ce jour à déterminer les conditions optimales favorables à sa mise en oeuvre. Or, plus que l’adulte, le jeune enfant se montre particulièrement sélectif et réticent à consommer un certain nombre d’aliments, notamment les légumes. Pourquoi l'enfant est-il parfois difficile à table ?

« Pourquoi l'enfant refuse certains aliments » - Crédit photo : © Anyka istockphoto.com Existe-t-il un lien entre le degré de sélectivité alimentaire de l’enfant et les pratiques éducatives familiales ? Certaines aversions alimentaires peuvent-elles être expliquées par une plus grande sensibilité sensorielle de l'enfant ? Deux questions auxquelles les recherches conduites dans le cadre de l’Observatoire Opaline (Observatoire des Préférences Alimentaires de l'Enfant et du Nourrisson), apportent des éléments de réponses, que le Dr Sandrine Monnery-Patris (Chargée de recherche INRA, UMR 1129, FLAVIC, Dijon) est venue rappeler à l'occasion des XVIIIe Rencontres Scientifiques de Nutrition organisées par l'Institut Danone.

Néophobie et sélectivité

Jusqu’à 18 mois environ, les enfants acceptent de goûter l’ensemble des aliments qui leur sont proposés. Dans la petite enfance, cette facilité à accepter un aliment nouveau peut être renforcée par l’exposition à une plus grande variété d’aliments. Vers 2 ans, la moitié des enfants deviennent difficiles et les comportements de néophobie (réticence à goûter les produits inconnus) et de sélectivité (acceptation d’un nombre restreint d’aliments parmi les aliments connus) apparaissent.

Ainsi, alors que les quantités d’aliments consommés augmentent au cours de l’enfance (pour couvrir des besoins croissants), le répertoire alimentaire semble se fixer après la deuxième année de vie : des refus alimentaires apparaissent, la variété des choix alimentaires réalisés librement diminue entre 2 et 3 ans, et la diversité de l’alimentation diminue entre 2 et 5 ans. "Cette phase de néophobie/sélectivité a des conséquences sur la consommation alimentaire : les enfants dits difficiles ont un régime moins varié ; entre 2 et 9 ans, les enfants néophobes mangent moins de fruits et surtout moins de légumes, en termes de variété et de quantité", met en garde le Dr Sandrine Monnery-Patris.

Au-delà de 5 ans, la néophobie se manifeste sous deux formes. La néophobie rigide, du type "je ne veux pas goûter, et même si je goûte, je dirai que c’est mauvais", typique des enfants les plus jeunes, diminue à partir de 5 ans pour devenir exceptionnelle au-delà de 9 ans. La forme souple, qui consiste à accepter de goûter l’aliment avant de décider de poursuivre ou non sa consommation, augmente progressivement. Une troisième forme de néophobie est observée de plus en plus souvent en consultation. Il s’agit du "syndrome d’hypersélectivité alimentaire", forme névrotique de refus alimentaire, qui consiste à consommer un nombre très restreint d’aliments, en général énergétiques, selon un rituel très stéréotypé (présence d’un adulte référent, produit identique d’un repas à l’autre) et rend impossible la diversification alimentaire. La prévalence de ce syndrome est mal connue. La prise en charge la plus courante est une thérapie comportementale.

"En général, le répertoire alimentaire s’élargit après la période de néophobie alimentaire ; cependant, les enfants qui mangeaient le moins varié dans la petite enfance sont aussi ceux qui mangent le moins varié ultérieurement, jusqu’au début de l’âge adulte, rappelle le Dr Sandrine Monnery-Patris. Ainsi, un aliment nouveau a davantage de chances d’être apprécié s’il est présenté avant la période de néophobie/sélectivité que pendant cette période. L’accès à une variété d’aliments devrait donc être encouragé dès le plus jeune âge, en dehors du soupçon d’allergies alimentaires."

Au-delà de 5 ans, la néophobie se manifeste sous deux formes. La néophobie rigide, du type "je ne veux pas goûter, et même si je goûte, je dirai que c’est mauvais", typique des enfants les plus jeunes, diminue à partir de 5 ans pour devenir exceptionnelle au-delà de 9 ans. La forme souple, qui consiste à accepter de goûter l’aliment avant de décider de poursuivre ou non sa consommation, augmente progressivement. Une troisième forme de néophobie est observée de plus en plus souvent en consultation. Il s’agit du "syndrome d’hypersélectivité alimentaire", forme névrotique de refus alimentaire, qui consiste à consommer un nombre très restreint d’aliments, en général énergétiques, selon un rituel très stéréotypé (présence d’un adulte référent, produit identique d’un repas à l’autre) et rend impossible la diversification alimentaire. La prévalence de ce syndrome est mal connue. La prise en charge la plus courante est une thérapie comportementale.

"En général, le répertoire alimentaire s’élargit après la période de néophobie alimentaire ; cependant, les enfants qui mangeaient le moins varié dans la petite enfance sont aussi ceux qui mangent le moins varié ultérieurement, jusqu’au début de l’âge adulte, rappelle le Dr Sandrine Monnery-Patris. Ainsi, un aliment nouveau a davantage de chances d’être apprécié s’il est présenté avant la période de néophobie/sélectivité que pendant cette période. L’accès à une variété d’aliments devrait donc être encouragé dès le plus jeune âge, en dehors du soupçon d’allergies alimentaires."

Les liens entre réactivité olfactive et sélectivité alimentaire

Première question à laquelle l'étude Opaline s'est attachée à répondre : un enfant particulièrement réactif au plan olfactif présente-t-il une typologie spécifique au plan alimentaire (enfant difficile, avec de nombreux rejets, néophobe, sélectif...) ? Par exemple, peut-on dégager des relations spécifiques entre la sensibilité à l'odeur de l'acide butyrique et un rejet caractérisé pour les fromages, aliments contenant cet odorant ? En d’autres termes, un enfant qui n’aime pas, par exemple, le poisson, n’est-il pas simplement plus sensible à l’un des composés olfactifs participant à son goût ?

Pour le savoir, des tests olfactifs ont été réalisés sur des odeurs alimentaires auprès d’enfants de la cohorte Opaline. Les odorants testés ciblaient des odeurs associées soit à des aliments généralement appréciés des enfants (fraise, vanille...), soit à des aliments rejetés (poisson, fromage...). L’analyse des comportements alimentaires s'est appuyée, d’une part, sur des questionnaires relatifs au comportement alimentaire de l’enfant et, d’autre part, sur des carnets de suivi alimentaire remplis par les parents. Ces derniers comportent un relevé exhaustif et précis des consommations, permettant de calculer des indices d’exposition et de variété du régime alimentaire. Ils comportent également des notes d’appréciation pour les premières introductions de chaque nouvel aliment, permettant ainsi de calculer des indices de rejet, de néophobie et de sélectivité alimentaire.

A l’appui de traitements statistiques, les chercheurs ont mis en relation les données des questionnaires et des carnets de suivi avec les résultats des tests olfactifs. Les analyses sont en cours, mais les résultats préliminaires laissent à penser que "les enfants les plus difficiles au plan alimentaire (sélectifs, néophobes, peu intéressés par la nourriture) se révèlent aussi être les plus réactifs au plan olfactif", explique le Dr Sandrine Monnery-Patris.

Une sélectivité à 25 % familiale

Seconde question que se sont posée les chercheurs impliqués dans le dispositif Opaline : existe-t-il un lien entre le degré de sélectivité alimentaire de l’enfant et les pratiques éducatives familiales ? Peu d'études avaient jusque-là tenté de savoir si une éducation alimentaire permissive (respect de l'appétit et des préférences de l'enfant au point de lui préparer son menu propre), intermédiaire (encouragement à manger des quantités adaptées à l'appétit de l'enfant) ou autoritaire (parents qui forcent l'enfant à finir son assiette sans tenir compte de la faim ou de l’état de fatigue de l’enfant par exemple) avait une telle influence.

Les résultats de l'étude Opaline indiquent que 25 % du degré de sélectivité de l’enfant est expliqué par les pratiques familiales. Ainsi, parmi les cinq facteurs prédictifs d'une plus forte sélectivité de l'enfant, trois relèvent de la volonté de la mère de répondre aux désirs de ce dernier : un style éducatif permissif, un comportement alimentaire guidé par les préférences (et non un souci de poids, de praticité, de santé, de naturel ou encore de prix) et une stratégie alimentaire basée sur les préférences de l'enfant (et non sur la coercition, l'explication ou la contingence). "Ces pratiques familiales impliquent la préparation de menus limités aux seules préférences de l'enfant, réduisant dès lors l'exposition de ce dernier à une alimentation variée durant ses premières années, alors que c'est justement cette variété qui facilitera l'acceptation de la nouveauté", poursuit le Dr Sandrine Monnery-Patris.

Les deux autres facteurs prédictifs de la sélectivité de l'enfant, à savoir l'utilisation de la coercition et de l'alternative, sont les témoins d'un comportement parental autoritaire visant à forcer l'enfant à goûter l'aliment rejeté. "Nos résultats vont dans la droite ligne des précédentes études soulignant que les stratégies autoritaires et permissives sont, l'une comme l'autre, associées à une néophobie de l'enfant, résume le Dr Sandrine Monnery-Patris. Reste néanmoins à savoir dans quel sens se fait la relation de cause à effet : la sélectivité de l'enfant est-elle la conséquence de l'attitude de ses parents ou la réaction parentale est-elle induite par la difficulté à nourrir l'enfant ?".

"Ainsi, dans la compréhension des déterminants des comportements alimentaires, ces données corroborent l’hypothèse d’une origine environnementale et sensorielle, et offrent de nouvelles pistes de réflexion quant aux pratiques éducatives à développer pour éveiller le plaisir de la dégustation et favoriser l’ouverture du répertoire alimentaire du jeune enfant", conclut le Dr Sandrine Monnery- Patris.

A propos du Dr Sandrine Monnery-Patris

Titulaire d’un doctorat de psychologie et actuellement chargée de recherche à l’Inra de Dijon, Sandrine Monnery-Patris travaille actuellement sur l’étude des déterminants environnementaux et sensoriels des comportements alimentaires de l’enfant. Parmi les déterminants environnementaux, une part importante de l’activité de recherche est dédiée à l’impact des styles et des stratégies éducatives en matière d’alimentation sur le tempérament de l’enfant (néophobie, sélectivité…) et dans l’émergence du surpoids, en collaboration avec Natalie Rigal. Parmi les déterminants sensoriels, la réactivité olfactive est explorée de la naissance à la préadolescence. Les recherches reposent sur des méthodes déclaratives (questionnaires), comportementales (observation de repas) et/ou expérimentales.

(D'après la conférence « "L’enfant difficile à table : impact des caractéristiques personnelles et des pratiques familiales. Résultats préliminaires de l'étude Opaline. » par le le Dr Sandrine Monnery-Patris, Chargée de recherche INRA, UMR 1129, FLAVIC, Dijon)

SOURCE : XVIIIèmes Rencontres scientifiques de nutrition de l'Institut Danone

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