Pourquoi et comment diminuer la densité énergétique chez les enfants ?

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Pour prévenir le surpoids chez les enfants, les grandes organisations de santé publique recommandent de limiter la consommation d'aliments de forte densité énergétique [1] et de consommer des fruits et légumes selon les quantités recommandées [2]. Ces recommandations reposent sur les résultats d'études réalisées chez l'adulte qui ont montré qu'une alimentation de faible densité énergétique (DE kcal/g) peut réduire les apports caloriques [3] et améliorer la qualité de l'alimentation [4].

« Pourquoi et comment diminuer la densité énergétique chez les enfants ? » Cependant, il n’est pas certain que ces modifications aient le même effet chez les enfants. Nous allons donc passer en revue les études récentes qui ont testé l’impact d’une diminution de la DE des aliments sur l’apport calorique chez des enfants en âge préscolaire.

Une tendance à consommer un poids constant d’un aliment

Plusieurs de ces études montrent qu’une réduction de la DE des aliments représente un moyen efficace pour modérer l’apport calorique chez les enfants [5,6]. Tout comme les adultes, les enfants ont en général tendance à consommer un poids constant d’un aliment, même quand sa DE est réduite [5]. Dans ces études, la DE du plat principal était réduite par une diminution de la quantité de lipides dans la recette. Un autre moyen était d’augmenter la quantité d’aliments riches en eau, comme les légumes, puisque chez les adultes augmenter la proportion de légumes dans un plat diminue l’apport calorique [7].

L’objectif principal de notre étude [8] était de déterminer l’impact d’une diminution de la DE du plat principal (par réduction de la quantité de lipides et ajout de légumes) chez des enfants en âge préscolaire. Un autre objectif était d’évaluer si la consommation de légumes serait modifiée par la teneur en légumes du plat principal.

Moins de fromage et plus de légumes dans la sauce

30 garçons et 31 filles d’âge préscolaire ont reçu un petit déjeuner standard et un déjeuner expérimental, un jour par semaine pendant 4 semaines. Le menu du déjeuner se composait d’une compote de pommes, de carottes, de lait et des pâtes, avec une sauce tomate à base de légumes. Deux recettes de pâtes, dont la DE était différente, étaient préparées pour avoir un goût et un aspect similaires. Le plat à haute DE apportait 1,6 kcal/g contre 1,2 kcal/g pour celui dont la DE était réduite de 25%. Cela a été obtenu en réduisant la quantité de fromage et en lui substituant du fromage à faible teneur en matières grasses (diminuant ainsi la teneur lipidique) et en augmentant la quantité de brocolis et de choux fleurs en purée (augmentant ainsi la teneur en eau). Les enfants ont évalué le goût des deux plats à la fin de l’étude.

Une mesure bien acceptée

Les enfants ont consommé un poids constant d’aliments et de lait dans les deux conditions expérimentales. En outre, la DE des pâtes a eu un effet significatif sur l’apport calorique du plat et du repas : ainsi, diminuer la DE des pâtes de 25% a entraîné une réduction de 25% de l’apport calorique pour le plat et de 170/o pour le repas.

La préparation de pâtes à faible DE contenait plus de légumes (trois fois plus de brocolis et de choux-fleurs). En mangeant ce plat, les enfants ont consommé significativement plus de purée de brocoli et de choux-fleurs qu’en mangeant la version à haute DE. Résultat : une augmentation moyenne de plus d’une demi-portion de légumes (une portion adaptée à l’âge étant équivalente à 3 cuillerées à soupe) [9]. Le goût de la version à faible DE a été estimé similaire (voire meilleur) à celui de la version à haute DE par la majorité (79%) des enfants.

Une stratégie efficace pour augmenter la consommation de légumes

Cette étude contribue à une meilleure connaissance des effets de la DE des aliments chez les enfants. Elle montre que l’ajout de légumes aux plats, dans le but de diminuer la DE, pourrait être une stratégie efficace pour, à la fois, augmenter la consommation de légumes et réduire l’apport calorique. Ajouter des légumes en purée dans la sauce des pâtes n’a pas modifié l’acceptabilité du plat. Associée à une réduction modeste de la teneur en matières grasses, cette mesure diminue de façon significative l’apport calorique. Cet effet est similaire à ceux rapportés dans d’autres études, où seule une réduction de la teneur en matières grasses était utilisée pour réduire la DE du plat ou de la recette"’. Bien que les études citées se soient surtout focalisées sur l’effet de la DE au cours d’un simple repas, nous avons mis en évidence qu’une diminution de la DE pourrait avoir un effet prolongé sur l’apport calorique chez les enfants. Ainsi, dans une étude récente, diminuer la DE par différentes stratégies a entraîné une réduction de l’apport calorique pendant les deux jours de l’intervention [10].

Des augmentations plus importantes seraient possibles

Augmenter la teneur en légumes des plats offre non seulement un moyen pour réduire la DE de l’alimentation des enfants, mais contribue à accroître leur consommation de légumes, ce qui est important étant donné que de nombreux enfants ne consomment pas les quantités recommandées [11]. Certes, dans cette étude, la consommation de légumes a été augmentée d’une demi-portion seulement. Des augmentations plus importantes seraient possibles si on incorporait plus de légumes dans les plats ou si plusieurs recettes étaient modifiées de cette façon.

On sait qu’il est important de proposer les légumes aux enfants sous de nombreuses formes. Nous avons montré qu’incorporer les légumes dans les plats est une stratégie utile pour augmenter leur consommation de légumes et pour modérer leurs apports caloriques.

Références :

  1. World Health Organization. Diet, Nutrition and the Prevention of Chronic Diseases. Geneva, Switzerland: World Health Organization (WHO Technical Report Series, No. 916). 2003.
  2. Barlow S E. (2007). Expert committee recommendations regarding the prevention, assessment, and treatment of child and adolescent overweight and obesity: summary report. Pediatrics 2007; 120 Suppl 4: 5164-192.
  3. Ledikwe J H, et al. American Journal of Clinical Nutrition 2006; 83: 1362-1368.
  4. Ledikwe J H, et al. Journal of the American Dietetic Association 2006; 1006: 1172-1180. 5. Fisher J 0, et al. American Journal of Clinical Nutrition 2007; 86: 174-179.
  5. Leahy K E, et al. Journal of the American Dietetic Association 2008; 108: 41-48.
  6. Bell E A, et al. American Journal of Clinical Nutrition 1998; 67: 412-420.
  7. Leahy KE, et al. Reductions in entrée energy density increase children’s vegetable intake and reduce energy intake. Obesity 2008; 16: 1559-65.
  8. American Academy of Pediatrics. Guide to Your Child’s Nutrition. New York, NT: Villard Books, a division of Random House, Inc., 1999.
  9. Leahy K E, Birch L L, Rolls B J. American Journal of Clinical Nutrition. In press.
  10. Guenther P M, et al. Journal of the American Dietetic Association 2006; 106: 1371-1379.

(Par Kathleen E. Leahy, Leann L Birch, and Barbara J. Rolls — Département des Sciences de la Nutrition, Université de l’Etat de Pennsylvanie, University Park, Pennsylvanie, (KEL et BJR) - Département du développement de l’homme et des Etudes Familiales, Université de l’Etat de Pennsylvanie, University Park, Pennsylvanie, (LLB) - Centre de Recherche sur l’Obésité Infantile, Université de l’Etat de Pennsylvanie, University Park, Pennsylvanie (LLB) - Equation Nutrition n°81 - Octobre 2008)

SOURCE : APRIFEL

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