Pourquoi consommons-nous un aliment plutot qu'un autre : les determinants socioeconomiques des choix alimentaires

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Un précédent article de cette mini-série sur les déterminants des choix alimentaires examinait les facteurs biologiques intervenant dans le choix des aliments et soulignait la nécessité de tenir compte de nos sens dès lors qu'il s'agit d'encourager une modification du régime alimentaire.

Cet article étudie les facteurs socioéconomiques qui influencent les choix alimentaires et attire notre attention sur les difficultés auxquelles doivent faire face les personnes appartenant aux groupes à faibles revenus pour parvenir à s’alimenter de manière saine.

L’influence des facteurs sociaux sur les choix alimentaires individuels

Par influence des facteurs sociaux sur la consommation alimentaire, ont entend l’influence directe ou indirecte, consciente ou non, que peuvent avoir une ou plusieurs personnes sur le comportement alimentaire d’autrui. Même lorsque l’on mange seul, les choix alimentaires sont influencés par des facteurs sociaux, car les attitudes et les habitudes se constituent grâce aux interactions avec autrui.

Des travaux de recherche ont montré que nous mangeons davantage lorsque nous sommes en famille ou entre amis que lorsque nous prenons nos repas seuls et que la quantité de nourriture consommée augmente en fonction du nombre des convives.

L’aspect économique des choix alimentaires

La relation entre un statut socioéconomique inférieur et une mauvaise santé est une relation complexe influencée par le sexe, l’âge, la culture, l’environnement, les réseaux sociaux et communautaires, le mode de vie individuel et les comportements vis-à-vis de la santé.

Des études menées auprès des populations montrent qu’en matière de consommation d’aliments et de nutriments, il existe des différences très nettes entre les classes sociales. On remarque, notamment parmi les groupes à faibles revenus, une tendance plus importante à adopter un régime alimentaire déséquilibré et à consommer peu de fruits et de légumes.

Cette situation peut provoquer à la fois une dénutrition (un déficit en micro-nutriments) et une suralimentation (une consommation énergétique excessive entraînant excès de poids et obésité) parmi les membres d’une communauté, en fonction de la tranche d’âge, du sexe et du niveau de pauvreté. Les personnes défavorisées développent également des maladies chroniques à un âge plus précoce que celles appartenant aux groupes socioéconomiques supérieurs, généralement identifiés par leur niveau de formation et leur statut professionnel.

Les groupes à faibles revenus

On parle souvent de pauvreté alimentaire et d’insécurité alimentaire à propos des groupes à faibles revenus éprouvant des difficultés à s’alimenter de manière saine et équilibrée. La pauvreté alimentaire comporte de nombreux aspects, mais trois des principaux obstacles à l’adoption d’un régime alimentaire sain et équilibré sont le coût, l’accessibilité et la connaissance. Ces facteurs ont conduit à la formation de zones connues sous le nom de « déserts alimentaires ». Le recours à des aliments riches en énergie mais pauvres en nutriments est la conséquence d’un manque de moyens financiers pour acheter des produits de bonne qualité. Le supplément de prix affiché par les aliments sains s’avère également plus élevé dans les zones où les revenus sont faibles. En outre, le manque de matériel de cuisson adapté à l’intérieur du logement accroît la nécessité de consommer des aliments prêts à servir ou des plats à emporter, dont la densité énergétique est souvent plus élevée.

Des obstacles de nature logistique dus à de faibles revenus, comme l’absence de moyens de transport, peuvent également s’opposer à une bonne alimentation. Pour de nombreuses personnes, notamment celles qui ont de jeunes enfants ou qui éprouvent des difficultés à se déplacer, les transports publics ne représentent pas une solution viable. Enfin, le manque d’informations ou une abondance d’informations contradictoires concernant l’alimentation et la santé, le manque de motivation et la perte des savoir-faire culinaires sont susceptibles de freiner l’achat de produits de base et la préparation des repas. Les expériences nouvelles en matière culinaire représentent un luxe que les groupes disposant de faibles revenus peuvent difficilement se permettre.

Le niveau d’éducation et les revenus déterminent des choix alimentaires et des comportements susceptibles de provoquer des maladies liées à l’alimentation. L’origine de nombreux problèmes rencontrés par les personnes à faibles revenus souligne la nécessité d’une approche multidisciplinaire destinée à mieux répondre aux besoins sociaux et à réduire les inégalités en matière de santé.

Les facteurs influençant les choix alimentaires ne reposent pas uniquement sur les préférences individuelles, mais dépendent des situations sociales, culturelles et économiques. Les personnes appartenant aux groupes à faibles revenus rencontrent des difficultés spécifiques lorsqu’elles cherchent à modifier leur régime alimentaire. Des solutions doivent donc être spécialement conçues pour ces groupes. La population dans son ensemble est également confrontée à de nombreux obstacles au changement en matière d’alimentation, contre lesquels il est possible de lutter à l’aide d’outils empruntés à la psychologie sociale. Ces deux thèmes seront étudiés dans de prochains articles de FoodToday.

SOURCE : EUFIC

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