Pomme et système digestif

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Digestion facilitée, hydratation et régulation du poids : grâce à sa richesse en fibres (3 g pour 100g en moyenne dans le fruit avec la peau), la pomme participe au bon fonctionnement intestinal, régule la flore intestinale. Elle procure une forte sensation de satiété, c'est un bon coupe-faim. Elle est également riche en eau et a des vertus diurétiques.

Un atout pour la digestion : sa richesse en fibres

« Pomme et système digestif » - Crédit photo : © Stockbyte | gettyimages.com La pomme apporte deux types de fibres d'action complémentaire (1) : des fibres solubles et des fibres insolubles.

Des fibres solubles

Ses fibres solubles - pectine, protopectine, acide pectinique - se trouvent surtout dans la pulpe du fruit.

La pectine est bénéfique pour le transit et le confort intestinal du fait de son action douce non irritative pour la muqueuse. Ces effets des fibres sur le transit sont complétés par la présence de sorbitol.

La pectine forme un gel épais qui, au cours de la digestion, enserre dans ses fibres le cholestérol et ralentit son assimilation, et participe également à la satiété.

Les fibres solubles augmentent le vo­lume des selles. Elles possèdent une action anti-diarrhéique grâce à leur capacité à se gorger d'eau et leur effet sur la flore intestinale. On conseille alors de les râ­per finement si elles sont crues ou de les cuire pour une meilleure digestibilité.

Des fibres insolubles

Les fibres insolubles de la pomme sont la cellulose et l'hémicellulose. Elles stimulent et accélèrent le transit. Elles sont efficaces pour la lutte contre la constipation. On conseille de consommer les pommes avec la peau, riche en cellulose.

Une action favorable sur la flore bactérienne

Une étude récente menée dans le cadre du vaste projet européen Isafruit vient de mettre la pomme au centre de l'intérêt nutri-tionnel des fruits sur la santé (2). Les auteurs ont montré, en nourrissant des rats pendant 14 semaines avec de la pec­tine issue de la pomme entière, qu'elle avait un effet favorable sur le profil de la flore caecale : disparition des bactéries anaérobies du phylum Bacteroidetes, et prédominance des anaérobies Gram + du phylum Firmicutes, dont l'effet est béné­fique sur le plan intestinal. Ces résultats ne sont pas retrouvés avec les jus, purées ou compotes de pommes. De plus, une supplémentation en pectine augmente de façon significative la synthèse bacté­rienne de butyrate, élément protecteur et nutritif des cellules intestinales.

Une étude japonaise chez 8 volontaires sains (3) montre que la prise de 2 pommes par jour pendant 2 semaines augmente de façon significative (p < 0,05 à J7 et p < 0,001 à J14) le nombre de bifidobactéries et de lactobacilles (tendance) dans les selles. On observe également une petite augmentation (tendance) des streptocoques (dont entéro-coques). De plus, l'étude montre une dimi­nution des clostridies, dont C. Perfringens, des entérobactéries et pseudomonas. La consommation de pommes permet aussi de réduire la concentration fécale d'ammoniac (tendance) et de sulfures (p < 0,05). Les au­teurs concluent que la consommation de pommes améliore l'environnement intesti­nal. Des tests in vitro ont permis d'attribuer cet effet à la pectine.

Une régulation de la glycémie

La pomme consommée avec la peau lors d'un repas module les variations de la gly­cémie post-prandiale. L'un de ses composés polyphénoliques, la phloridzine, diminue l'absorption du glu­cose (agit comme inhibiteur compétitif du D-glucose sur les transporteurs GLUT). Les fibres solubles de la pomme, en ralen­tissant la vidange gastrique et en diminuant l'absorption du glucose, diminuent la glycé­mie post-prandiale.

La pomme est un bon diurétique

Cette action est liée à sa richesse en eau (85 %) conjuguée à un bon apport en potas­sium et une faible teneur en sodium. La présence de sorbitol renforce cette ac­tion diurétique. Cette propriété, couplée à son effet cholagogue (vidange de la vésicule biliaire), en fait un fruit très drainant.

Elle aide à la régulation du poids

La pomme est un fruit peu calorique, en­viron 50 calories aux 100 g, soit environ 70 calories pour une pomme moyenne, avec une densité nutritionnelle haute. Elle est en effet pauvre en lipides et en glu­cides, riche en eau. Ses calories sont es­sentiellement représentées par les glucides (50 % de fructose).

La pectine, présente dans la pulpe, parti­cipe à la satiété et régularise le transit.

Croquer une pomme oblige aussi à une longue mastication ce qui stimule les centres hypothalamiques, en particulier de la satiété et de la faim (4, 5). A noter que la consom­mation de la pomme entière (pulpe et peau) augmente la satiété plus efficacement que le jus du fruit. Prise au début du repas, on observe qu'elle induit une réduction de l'ap­port énergétique au cours du repas, compa­rativement à la consommation de compote de pomme ou de jus de fruit (4, 5).

La phloridzine et les fibres solubles dimi­nuent l'absorption du glucose.

La consommation de fruits comme la pomme ou la poire permet une meilleure adhérence au régime car elle répond à un besoin de goût sucré (6, 7).

Une étude brésilienne (7,8) a été menée pendant 10 semaines chez 49 femmes âgées de 30 à 50 ans en surpoids (IMC > 25) : l'impact de la consomma­tion de 3 pommes ou 3 poires/jour sur la perte de poids était comparé à celui de la consommation de 3 biscuits d'avoine (re­présentant un même apport en fibres). Les consommatrices de pommes et poires ont diminué leur apport énergétique (légère augmentation avec les biscuits d'avoine) avec une réduction significative du poids (p < 0,01) alors qu'il est inchangé avec les biscuits. Ces résultats indiquent que la faible densité calorique des fruits, indépen­damment de leur teneur en fibres, peut ré­duire la consommation d'énergie et la prise de poids au fil du temps.

A retenir

La pomme, notamment grâce à sa richesse en fibres solubles (pectine) et insolubles, a de nombreuses vertus sur la digestion :
  • elle facilite le transit intestinal,
  • elle a un effet à la fois anti-diarrhéique et anti-constipant,
  • elle améliore la qualité de la flore intestinale,
  • elle régule la glycémie post-prandiale.

Elle est utile dans la régulation du poids, grâce à :

  • son faible apport calorique,
  • son effet diurétique,
  • son effet sur la satiété,
  • une diminution de l'absorption du glucose et du cholestérol (rôle hypolipémiant de certains polyphénols).

La pomme peut se substituer facilement à un aliment plus calorique, tout en augmentant la sensation de satiété, et faciliter ainsi la perte de poids.

Références :

  1. Leontowicz H et al. Apple peels and pulp as a source of bioactive compounds and their influence on digestibility and lipid profile in normal and atherogenic rats. Medycyna Wet 2007 ; 63 (suppl.) : 1434-6.
  2. Licht TR et al. Effects of apples and specific apple components on the cecal environment of conventional rats: role of apple pectin. BMC Microbiol 2010 ;10 : 13.
  3. Shinohara K et al. Effect of apple intake on fecal microbiota and metabolites in humans. Anaerobe 2010 Mar 19 ; epud ahead of print.
  4. Mattes RD et al. Effects of food form and timing of ingestion on appetite and energy intake in lean and obese young adults. J Am Diet Assoc 2009 ; 1 OS : 430-7.
  5. Flood-Obbagy JE et al.The effect of fruit in different forms on energy intake and satiety at a meal. Appetite 2009 ; 52 : 41 6-22.
  6. Yao M et al. Dietary energy density and weight regulation. Nutr Rev 2001 ; 59 : 247-58.
  7. de Oliveira MC et al. Weight loss associated with a daily intake of three apples or three pears among overweight women. Nutrition 2003 ; 19 : 253-6.
  8. de Oliveira MC et al. A low-energy-dense diet adding fruit reduces weight and energy intake in women. Appetite 2008 ; 51 : 291-5.

(Par le Dr Paule Nathan, Endocrinplogue, nutritionniste, Paris - Expressions Santé 2010)

Source : Expressions Santé

SOURCE : Expressions Santé

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