Plus on est riche, plus on boit...

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C'est ce que révèle l'étude « La consommation de boissons alcoolisées » réalisée par le Centre de recherche et d'information des organisations de consommateurs (CRIOC) qui vient d'être publiée. L'étude montre tout d'abord que l'on boit plus durant les fêtes maintenant qu'en 2009 et 2010. On trouve une part plus importante de consommateurs buvant de l'alcool parmi les consommateurs appartenant aux revenus supérieurs et ceux qui ont suivi une formation scolaire de haut niveau.

En d'autres mots: plus le statut social est élevé, plus les personnes consomment de boissons alcoolisées. Ce sont les deux principaux constats d'une nouvelle étude du CRIOC, dans laquelle on analyse la consommation d'alcool de la population belge et la compare avec les études antérieures de 2009 et 2010. L'étude permet aussi d'observer certains comportements en matière de consommation de boissons alcoolisées chez les consommateurs de tous âges mais aussi chez les mineurs d'âge. Pour conclure, le CRIOC recommande également aux autorités publiques de mettre en place un meilleur contrôle sur la publicité éthique et responsable pour les boissons alcoolisées.

Fêter, c'est boire

Sans grande surprise, l'étude montre qu'au moment des fêtes de fin d'année il y a plus de consommateurs qui boivent de l'alcool. Pas moins de la moitié des consommateurs déclarent qu'ils ont bu de l'alcool lors des fêtes de fin d'année, contre seulement un sur quatre au cours du reste de l'année, tant en semaine que pendant le week-end. Cette différence résulte surtout d'une consommation plus élevée de vin, de champagne et d'apéritifs pour les fêtes. Dans la période de fin d'année, le nombre de personnes buvant de la bière reste égal au nombre de consommateurs qui en consomment régulièrement.

En semaine et à l'occasion des fêtes de fin d'année, le pourcentage de consommateurs qui boit de l'alcool est plus élevé en Wallonie qu'en Flandre. Comme nous l'avons déjà indiqué dans l'introduction, la différence sociodémographique la plus remarquable est celle groupes sociaux. On voit clairement que plus de consommateurs boivent de l'alcool dans les groupes sociaux supérieurs que dans les groupes sociaux moyens, et que ces derniers consomment toujours plus d'alcool que les groupes sociaux modestes. Nous ne constatons cependant pas de différences significatives entre les groupes sociaux pour ce qui est de la quantité d'alcool consommée par buveur.

Plus de verres pendant les fêtes

Pendant les fêtes de fin d'année, non seulement plus de personnes boivent de l'alcool, mais celles qui boivent consomment aussi des quantités plus importantes que le restant de l'année.

Nombre moyen de verres qui sont bus

  • Fêtes de fin d'année : 6,8
  • Week-end: 4,6
  • Semaine: 2,4

En outre, l'étude montre, ces dernières années, une augmentation de la quantité d'alcool consommée pendant les fêtes. C'est surtout le cas pour le vin (2009 : 2,7 verres - 2010: 3,3 verres - 2011: 3,6 verres), mais également pour le champagne (respectivement 2,1 - 2,3 - 2,7) et les spiritueux (respectivement 1,1 - 1,3 - 3,1). Il s'agit peut-être d'un effet secondaire de la campagne Bob : quand un Bob est désigné, ceux qui peuvent boire ressentent peut-être moins la nécessité de modérer leur consommation d'alcool.

Surconsommation d'alcool

On remarque que 16% des consommateurs interviewés déclarent qu'ils ont au moins une fois, au cours des six derniers mois, bu six verres d'alcool ou plus à une même occasion. Le nombre moyen de fois ou cela s'est produit durant les six derniers mois étant de 6, il en résulte que ces consommateurs boivent plus de six verres d'affilé un fois par mois. Boire plus de six verres à la même occasion correspond à la définition du binge drinking, ou biture expresse. Ce phénomène est surtout présent chez les jeunes de 18 à 29 ans ainsi chez les personnes qui appartiennent aux groupes sociaux supérieurs, ce phénomène est courant. En outre, 6% des répondants disent qu'ils ont eu une perte de mémoire temporaire au cours des six derniers mois et qu'ils ne se souvenaient plus de certains événements dus à la consommation d'alcool en grande quantité le lendemain. Dans les statistiques de ces excès, on ne remarque pas de tendances claires au niveau de la consommation d'alcool, de ses fréquences ou de son évolution dans le temps, sauf le fait que les personnes qui ont consommé six verres ou plus d'alcool à une même occasion au cours des six derniers mois, le font plus souvent qu'il y a deux ans. Notons qu'en 2009, cette surconsommation se produisait en moyenne 2,2 fois au cours des six mois précédant l'enquête; aujourd'hui, cette fréquence a augmenté à 6 fois.

Conclusions

La consommation d'alcool est toujours fortement liée à des moments festifs et plus particulièrement, pendant les fêtes de fin d'année. A cette période, ce sont le vin et le champagne que l'on boit le plus. Les données les plus récentes indiquent que la boisson alcoolisées la plus consommée est la bière. Le consommateur moyen de boissons alcoolisées est un homme, appartenant souvent au groupe social supérieur et ayant une profession libérale ou une fonction de cadre. D'autre part, les 18 à 29 ans consomment le plus de boissons alcoolisées.

Recommandations du CRIOC

Le CRIOC demande que la publicité pour l'alcool soit mieux réglementée. Le CRIOC souligne depuis longtemps déjà le fossé voir l'opposition entre la pratique commerciale et les plans de campagnes de prévention, menées par les autorités publiques ou des organismes éducatifs. Non seulement il y a une nette incompatibilité entre ces deux discours, mais l'impact des campagnes de sensibilisation est fortement limité par les budgets disponibles, ceux-ci sont nettement inférieurs à ceux dont disposent les campagnes de marketing destinées aux boissons alcoolisées. Dans un contexte, où la politique des autorités publiques est endommagée par des messages publicitaires contradictoires et où les stratégies et techniques des publicitaires deviennent de plus en plus agressives et insidieuses, le il est grand temps que la politique encadre la publicité.

Encore récemment, le parlement de la Communauté française a unanimement approuvé une résolution demandant au gouvernement de lancer une interdiction de la diffusion gratuite ou vente à des prix forfaitaires de boissons alcoolisées. Le CRIOC espère que ces belles intentions seront concrétisées dans les plus brefs délais.

Le CRIOC demande que le contrôle des autorités publiques sur la publicité soit également assuré. Si la loi sur les pratiques du marché protège les consommateurs contre la publicité malhonnête ou qui mène en erreur par une stricte réglementation économique, il n'en est pas moins qu'il n'existe toujours pas, en 2011, un contrôle public sur l'éthique publicitaire. Compte tenu du poids considérable de la publicité dans notre société et de son influence, surtout sur les jeunes, c'est pourtant une question fondamentale. Le secteur privé ne pourra jamais remplacer les autorités publiques dans leur fonction de défendeur de l'intérêt général. Seul un contrôle par les autorités permet de garantir un niveau élevé et efficace de protection pour le consommateur, ce qui revient ici à une publicité éthique et responsable.

Pour de plus amples informations, consulter l'étude complète : "La consommation de boissons alcoolisées".

SOURCE : OIVO-CRIOC

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