Plus les hommes sont riches, plus ils sont gros !

lu 3521 fois

Au Canada, plus les revenus familiaux des hommes sont élevés, plus ces derniers sont susceptibles d'être en surpoids ou obèses. C'est ce qu'a constaté Nathalie Dumas, étudiante à la maitrise au Département de sociologie de l'Université de Montréal, au terme de plusieurs mois de recherche.

« Plus les hommes sont riches, plus ils sont gros ! » - Crédit photo : www.sante-decouverte.com On considère généralement que le risque de surpoids ou d’obésité diminue avec l’accroissement du revenu familial parce que le profil socioéconomique de ces personnes les avantage. Cette vision des choses ne résiste pas à l’analyse de Nathalie Dumas.

« Les femmes ne sont pas épargnées par cette corrélation, mais les résultats sont ambigus. Aucun lien significatif ne ressort dans le cas des femmes incluses dans la catégorie "embonpoint". Au contraire. Les femmes qui vivent dans les ménages à revenus élevés sont moins susceptibles d'être obèses que celles dont le revenu familial est moyen ou inférieur », souligne la chercheuse.

À partir des données anthropométriques de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de 2004, Mme Dumas a analysé, sous la direction de la professeure Andrée Demers, les liens entre le statut socioéconomique et la surcharge pondérale chez les hommes et les femmes. Les données relatives à près de 7000 adultes âgés de 25 à 65 ans ont ainsi été examinées à la lumière de leur revenu familial et stratifiées selon les genres.

« Plusieurs études épidémiologiques ont mis en évidence que le risque de surpoids ou d'obésité diminue avec l'accroissement du revenu familial, affirme la chercheuse. Mais on ne sait pas pourquoi au Canada ce gradient est inversé pour les hommes. Selon l'ESCC, plus ils sont riches et plus ils sont gros. Inversement, plus le revenu familial des femmes est élevé et plus elles sont minces. »

L'originalité de la recherche de Nathalie Dumas ne tient pas simplement au fait qu'elle prend en considération le sexe des sujets. Elle intègre aussi dans son analyse des données sur l'indice de masse corporelle (IMC) de manière à différencier les individus avec un embonpoint de ceux qui sont obèses.

L'obésité n'est pas que le lot des pauvres

Comment expliquer qu'au Canada ce sont les hommes riches et les femmes pauvres qui risquent le plus d'être obèses? « En sociologie, trois grandes hypothèses ont été émises pour expliquer les inégalités sociales en matière de surcharge pondérale qui touchent les hommes et les femmes, répond Nathalie Dumas. Ce sont les hypothèses biocomportementale, psychosociale et sociodémographique. »

Selon ces approches théoriques, la surcharge pondérale résulte le plus souvent de l'interaction entre le génotype et divers facteurs environnementaux, comme la prise alimentaire, le réseau social ou encore la sédentarité. Tout ceci est lié aux contraintes et au stress de la vie quotidienne: rythme des repas déstructuré, grignotage, petit déjeuner sauté, manque de temps pour faire de l'exercice...

Ces arguments avancés pour tirer au clair le phénomène paraissaient insatisfaisants à Nathalie Dumas et l'avaient étonnée dans les années 2000, alors qu'elle agissait à titre de conférencière auprès de l'organisme Minçavi. « Ça ne correspondait pas tout à fait à ce que je voyais dans la réalité. J'ai voulu en avoir le cœur net », dit-elle.

Attention aux restaurants

Au cours de sa recherche, la chercheuse a confronté ses données à la littérature en prenant soin de normaliser les divers éléments selon l'âge et le niveau de scolarité. Conclusion? Seule l'hypothèse socioéconomique permet d'élucider le lien entre l'obésité et le revenu familial des femmes. Aucune hypothèse ne permet d'expliquer le phénomène observé chez les hommes.

« Depuis le début des années 80, l'augmentation la plus forte de l'obésité a été rapportée chez les hommes des groupes de revenu élevé, et ce, seulement chez les Canadiens et les Coréens, rappelle Nathalie Dumas. On ne comprend toujours pas pourquoi. »

Une des pistes d'explication: la consommation de repas à l'extérieur aux dépens des plats équilibrés préparés soi-même. « Les Canadiens nantis aiment beaucoup manger au restaurant. Or, les personnes qui y vont souvent n'ont pas de contrôle sur le contenu de leur assiette. Elles ont aussi tendance à consommer plus de calories et à prendre davantage d'alcool », note la chercheuse

À cela s'ajoute la diminution des dépenses énergétiques associées aux activités quotidiennes et professionnelles, qui semble aussi responsable que les facteurs alimentaires et comportementaux. Aujourd'hui, à moins d'une démarche volontaire, l'activité physique est très réduite: on prend l'ascenseur, on se déplace en voiture, on travaille dans un bureau... « Il y a de toute évidence une multitude de facteurs sociaux en jeu. Mais lesquels ? On n'a pas encore démontré empiriquement leur influence. »

(Dominique Nancy, d'après la conférence de Nathalie Dumas au 78e Congrès de l'Acfas - Journal FORUM du 10 mai 2010)

Source : Université de Montréal (@UdeM)

SOURCE : Université de Montréal

Cela pourrait vous intéresser

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s