Plaisir alimentaire et équilibres

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Dans nos sociétés d’abondance, les fonctions de plaisir et de gestion du stress liées à l’alimentation se sont développées et elles peuvent conduire à des comportements alimentaires déviants, voire à une « addiction alimentaire », un terme et un concept aujourd’hui remis en question par certains experts.

Un cerveau archaïque de prédateur

La prise alimentaire fait intervenir des systèmes complexes situés dans notre cerveau archaïque qui gère, intègre et mémorise les fonctions vitales de l’organisme. La Nature a prévu que l’Homme, comme tous les prédateurs, soit obligé de fournir des efforts importants pour obtenir de la nourriture, dans un contexte primitivement hostile. Le cerveau doit donner l’excitation et la confiance en soi nécessaires à la chasse et, paradoxalement, les neuromédiateurs mis en jeu pour aboutir à la prise alimentaire sont anorexigènes. Une fois la nourriture obtenue, des signaux émanant du système digestif réveillent la faim ; après la prise alimentaire, un apaisement survient et conduit à la somnolence post-prandiale.

Mais aujourd’hui, notre environnement a considérablement changé et ce système, qui fonctionne toujours pour les carnivores sauvages, est en évolution. La nourriture est facile d’accès et nous avons peu de moyens d’activer les neuromédiateurs qui vont nous permettre d’obtenir la récompense alimentaire : notre cerveau va donc utiliser des systèmes de dépendance pour conserver un certain plaisir alimentaire.

Le cycle infernal stress-compensation-culpabilité

Dans nos sociétés pléthoriques, les seules stimulations alimentaires sont l’habitude (les horaires des repas) et les émotions. Le cerveau a appris à mémoriser que la prise alimentaire participe à la gestion de nos émotions. Voilà pourquoi un certain nombre de sujets, face à des émotions négatives qu’ils ne maîtrisent pas, se mettent à manger pour s’apaiser. Ils utilisent l’activation du système de récompense alimentaire pour compenser leurs insatisfactions et retrouver un certain bien-être. Le cerveau code les objets alimentaires dans d’autres registres et les considèrent comme un tranquillisant ou un anti-dépresseur. La situation est encore compliquée dans nos sociétés judéo-chrétiennes avec la notion de culpabilité selon laquelle il n’est pas moral de se procurer du plaisir, a fortiori dans le contexte actuel où la minceur est devenue un idéal et le contrôle de soi très valorisé.

De nombreuses questions demeurent : Pourquoi les uns vont-ils détourner la fonction alimentaire alors que d’autres utiliseront l’hyperactivité pour gérer leur stress ? Peut-on parler d’addiction alimentaire ? Quelle est la part de l’hérédité dans la nature des troubles alimentaires ? Les animaux de laboratoire peuvent-ils nous aider à comprendre ?

Quels aliments sont à l’origine de compulsions alimentaires ?

De nombreux aliments sont consommés selon un registre émotionnel et le chocolat est un exemple très démonstratif. Il est souvent choisi car il est sucré et sa texture grasse permet de maintenir longtemps en bouche ce goût sucré. De plus il est très énergétique tout en ne prenant que peu de place dans l’estomac : l’évacuation gastrique se fera très lentement, à raison de 5 à 6 calories par minute, sans sensation de plénitude, alors que l’organisme est soumis à des stimulations sensorielles intenses, visuelles, olfactives voire auditives. Face à l’épidémie de surcharge pondérale qui menace les pays industrialisés, le monde médical s’interroge sur les relations entre plaisir alimentaire et équilibre nutritionnel mais aussi sur les méthodologies à adopter pour comprendre pourquoi certains sujets utilisent les aliments pour gérer leur stress.

Ces sujets seront longuement traités et débattus lors du lors du 6ème congrès Goût Nutrition Santé qui se déroule les 22 et 23 mars 2011 à Dijon, à travers différentes manifestations :

  • une conférence du Pr John Blundell (Université de Leeds) intitulée « Récompense et dépendance alimentaire »,
  • une communication de Serge Ahmed (CNRS) : « Sucre : plus addictif que la cocaïne ? »
  • une table ronde ouverte par une intervention de Marie-Pierre Moisan (INRA, Université de Bordeaux 2) : « Importance de l’alimentation dans la gestion des stress psychologique et métabolique »
  • un atelier pratique animé par le Dr Daniel Rigaud (Université de Bourgogne) : « Plaisir et comportements alimentaires pathologiques »

(6ème congrès Goût-Nutrition-Santé « Bien-Etre : Equilibre & Plaisir Alimentaire » - Dijon, les 22 et 23 mars 2011)

SOURCE : Vitagora® Goût-Nutrition-Santé

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