Place des compléments nutritionnels chez l’enfant

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La finalité des compléments alimentaires est clairement exprimée par la définition qu’en donne le décret du 15 avril 1996 : « produits destinés à compléter l’alimentation courante afin de pallier l’insuffisance éventuelle des apports journaliers ». Leur intérêt n’est ni thérapeutique ni fonctionnel mais uniquement nutritionnel. Ils ont pour but de prévenir ou compenser une déficience ou une carence en certains nutriments dont les besoins ne seraient pas couverts par une alimentation normale.

« Place des compléments nutritionnels chez l’enfant » - Crédit photo : © Fotonio | Dreamstime.com Chez l’enfant en bonne santé, dans les pays développés, les risques de déficiences nutritionnelles sont rares et bien identifiés. Ils concernent essentiellement la vitamine D, le calcium et le fer. La supplémentation en ces 3 micronutriments possède des indications et des niveaux de posologie qui doivent être adaptés à chaque âge et à chaque situation et qui relèvent par conséquent d’une prescription médicamenteuse.

La supplémentation en vitamine D doit être systématique pour tous les enfants jusqu’à l’âge d’au moins deux ans y compris pour les nourrissons allaités. Le niveau de la supplémentation dépend du mode d’allaitement car les laits infantiles deuxième âge et les laits de croissance sont enrichis en vitamine D. Entre 2 et 10 ans, il est souvent conseillé de supplémenter pendant l’hiver les enfants qui présentent des facteurs de risque : non exposition au soleil estival, pigmentation cutanée, faible consommation d’aliments riches en vitamine D (poissons gras ou aliments enrichis). Chez l’adolescent, l’augmentation rapide de la masse osseuse justifie également de proposer une supplémentation hivernale en vitamine D, surtout chez les filles.

Sauf situation particulière telle que l’allergie aux protéines du lait de vache, les apports conseillés en calcium sont globalement respectés chez les nourrissons ainsi que dans la tranche d’âge de 3 à 10 ans. Cependant, la récente enquête INCA 2 confirme que la consommation spontanée moyenne des adolescentes françaises reste très inférieure aux apports conseillés de 1200 mg/jour, ce qui à cet âge a des conséquences délétères sur le gain de masse osseuse. Il reste toutefois préférable d’encourager ces adolescentes à consommer des produits laitiers et/ou des eaux minérales riches en calcium plutôt que de leur prescrire une supplémentation calcique.

La prévalence de la carence martiale chez le nourrisson et le jeune enfant reste élevée dans les pays industrialisés, notamment en cas de prématurité, de gémellité, de multiparité maternelle ou de grossesses rapprochées. Le risque de carence martiale est atténué par la consommation de laits infantiles enrichis en fer (laits 1er et 2ème âge, laits de croissance) qui doivent être proposés jusqu’à l’age de 3 ans. A cet âge, comme chez les adolescentes qui constituent l’autre catégorie à risque de la population, une supplémentation médicamenteuse n’est indiquée qu’en cas d’anémie ferriprive et pendant une durée limitée. En effet la supplémentation martiale n’est pas elle même totalement dénuée d’effets indésirables, et peut souvent être évitée par une alimentation diversifiée, conforme aux recommandations du PNNS, ou par la consommation d’aliments enrichis.

A l’exception de pathologies spécifiques, de régimes alimentaires inadaptés (végétalisme) ou de troubles du comportement alimentaire, il n’existe pas chez les enfants en bonne santé d’autre situation à risque de déficience en minéraux (magnésium, zinc, cuivre, molybdène, sélénium...) ou vitamines (notamment en vitamine C ou en vitamines du groupe B) qui justifie une supplémentation nutritionnelle. L’efficacité anticariogène de la supplémentation des nourrissons en fluor par voie générale est actuellement remise en cause au profit de son application topique. Les indications des compléments alimentaires chez l’enfant sont donc rares, bien codifiées, « mono-nutritionnelles » et d’ordre médical, donc médicamenteuses. Pourtant, l’enquête INCA 2 a révélé que 12% des enfants de 3 à 17 ans avaient consommé dans l’année des compléments alimentaires dont 37% seulement étaient des médicaments et 79% des mélanges de vitamines et de minéraux.

La définition plus récente, de juin 2002, par la directive européenne des compléments alimentaires comme «... des nutriments ou autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique, seuls ou combinés... » contribue à l’accroissement de la consommation de ces produits en particulier chez les enfants, mais participe aussi à leur ambiguïté et à leur risques potentiels. Elle élargit en effet la dénomination de compléments alimentaires à des produits qui pourraient entraîner des bénéfices fonctionnels, qu’il s’agisse de nutriments consommés à des doses supra nutritionnelles (p.ex. les oméga-3), ou qu’il s’agisse de substances non nutritionnelles comme par exemple des probiotiques ou des extraits de plantes. Outre que pour nombre de ces compléments les bénéfices allégués nécessitent d’être prouvés, leur consommation sans contrôle médical risque d’induire des effets indésirables liés au mésusage ou à des apports excessifs en certaines substances telles que vitamines A, phyto-oestrogènes ou autres extraits de plantes.

(D'après le Jean-Philippe Girardet, Gastroentérologie et Nutrition Pédiatriques, Hôpital Armand-Trousseau, Paris - Session d’actualité médicale en nutrition - MEDEC 2010, mars 2010)

SOURCE : MEDEC 2010

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