Phytostérols : utiles, efficaces ou dangereux ?

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On les vante pour nous les vendre, cependant ne nous emballons pas ! Les phytostérols, qui « enrichissent » certains produits alimentaires, font un peu baisser le cholestérol. Pourtant, il n'y a aucune preuve de leur efficacité contre les maladies cardiovasculaires. Ni même tout simplement de leur innocuité... L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) appelle aujourd'hui les consommateurs à la prudence (*). Et déconseille en tout cas l'utilisation des phytostérols chez les enfants, ainsi que chez les femmes enceintes ou qui allaitent.

On peut les trouver dans les margarines, les produits laitiers frais et assimilés, les sauces aux condiments. Pour chaque catégorie de ces produits, ils représentent environ 4% des parts de marché aujourd’hui. Ils font parler d'eux, car leurs bénéfices sont mis en avant par la réglementation communautaire européenne : elle autorise la mention d'une double allégation santé sur les produits enrichis en phytostérols. D'une part, diminution du cholestérol sanguin.

D'autre part, grâce à cette diminution, possibilité d’une réduction du risque cardiovasculaire. Le lièvre a été soulevé par l'association de consommateurs UFC-Que choisir, qui a interrogé l'ANSES sur la véracité de ces mentions. Sur le premier point, oui, le cholestérol baisse un peu. Mais sur le deuxième point, aucune preuve : pour l'ANSES, rien ne prouve que la consommation de phytostérols diminue le risque cardiovasculaire.

Des effets cardiovasculaires encore inconnus

Présents notamment dans les graines des oléagineux, ces composés naturels présents dans les plantes ont une structure proche de celle du cholestérol. Ils entrent en compétition avec lui dans l'intestin et, de ce fait, diminuent son absorption par l'organisme. Le cholestérol total peut ainsi diminuer d'environ 10%, de même que le cholestérol LDL (le "mauvais" cholestérol). Mais les réponses sont cependant très variables d'une personne à l'autre : chez environ 30% des consommateurs, le LDL ne diminue pas !

Par ailleurs, les phytostérols ressemblent au cholestérol et, quand on en consomme, leurs taux sanguins augmentent. Or on ne connaît absolument pas aujourd'hui les conséquences cardiovasculaires de cette augmentation. On a observé aussi que la consommation de phytostérols entraîne une baisse des taux sanguins de bêta-carotène : ce qui est susceptible d'augmenter le risque cardiovasculaire. Enfin il n'existe aucune étude sur les effets directs des phytostérols sur les événements cardiovasculaires. Autrement dit, beaucoup d'incertitudes scientifiques...

La prévention ne repose pas sur un seul facteur de risque

Pour l'ANSES, et n'en déplaise aux autorités européennes, on ne peut donc pas considérer aujourd'hui que les phytostérols sont un moyen de prévenir les maladies cardiovasculaires. Ces maladies ont de nombreux facteurs de risque et aussi de nombreux facteurs de protection. Le cholestérol LDL n'est en tout cas pas seul en cause. Et on ne peut pas penser que sa seule diminution entraîne nécessairement une diminution du risque de maladie.

D'autre part, la prévention des maladies cardiovasculaires repose sur de nombreuses autres mesures protectrices. L’arrêt du tabac. La lutte contre la sédentarité, l'augmentation de l'activité physique. L'amélioration de l'équilibre alimentaire : avec notamment une consommation adéquate de fruits et légumes, des apports équilibrés de toutes les sources d'acides gras, une consommation modérée de sucre et de sel...

La prudence s’impose

En cas d'excès de cholestérol, rien de mieux qu'un suivi médical personnalisé, susceptible de hiérarchiser tous les moyens d'action. Consulter un professionnel de santé, c'est le premier conseil de l'ANSES à tous ceux qui sont aux prises avec l'hypercholestérolémie. L'Agence invite aussi les consommateurs de phytostérols à manger au moins autant de fruits et légumes que le recommande le Programme national nutrition santé (PNNS), de manière à compenser la baisse des taux de bêta-carotène sanguin. Enfin, elle rappelle que l'utilisationdes phytostérols est nettement déconseillée aux femmes enceintes ou qui allaitent, ainsi qu'aux enfants.

D'après l'étude INCA 2 (étude individuelle nationale des consommations alimentaires), 3% des adultes étaient consommateurs de produits enrichis en phytostérols dans les années 2006-2007. Chez les adultes, la tranche d'âge des 46-79 ans était la plus représentée. Pas vraiment étonnant, puisque c’est la plus concernée a priori par le cholestérol. Mais parmi les consommateurs de produits aux phytostérols, les enfants étaient tout de même 12,5%... La prudence s'impose ! (Nutrinews hebdo)

(*) Evaluation du risque et du bénéfice liés à la consommation de produits alimentaires enrichis en phytostérols ou en phytostanols. Avis et Rapport d’expertise collective de l’ANSES, juin 2014.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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