Peut-on prévenir le diabète de type 2 ?

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Le diabète de type 2 (DT2) résulte à la fois d'une insulino-résistance généralisée et d'un déficit d'insulino-sécrétion. Sa prévention nécessite d'agir sur les mécanismes de l'une ou l'autre ou même sur les deux anomalies afin d'éviter leur amplification ou leur apparition. Plusieurs types d'intervention tels que la perte de poids, l'exercice physique, des médicaments ou des modifications diététiques ont prouvé leur intérêt en prévention du DT2 [1].

« Peut-on prévenir le diabète de type 2 ? » - Crédit photo : www.eufic.org Selon le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH) du 18 Novembre 2008, la prévalence du diabète traité en France était de 3,95% en moyenne (dont 90% de diabétique de type 2 (DT2), avec une prévalence très forte dans certaines tranches d’âge : 13% en moyenne entre 60 et 85 ans. L’étude nationale nutrition santé ENNS 2006 montrait quant à elle une prévalence de l’hyperglycémie non traitée de 1,3%. On avoisine donc la prévalence du diabète actuel autour de 5% des adultes français.

La projection pour 2025 est une pré valence de 7,3% soit 3,3 millions de patients. La prévalence des sujets ayant une intolérance au glucose (pré-diabète) était de 5,6% en 2003 soit environ 2,4 millions de sujets et la projection pour 2025 est une prévalence de 6,3% soit 2,8 millions de sujets.

Prévalence du diabète traité selon l’âge et le sexe en 2007 (régime général d’assurance maladie, France).
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Parmi les divers types d’intervention exposés, l’exercice physique ne sera ici que survolé et sera repris dans le cadre d’un prochain article.

Changement du mode de vie

L’étude DaQuing [2] a porté sur 577 sujets d’origine chinoise ayant une intolérance au glucose. Ils ont été soumis à une changement de diététique (augmentation de la consommation de légumes, réduction de la consommation d’alcool et de glucides simples), ou à un programme d’exercice (20 min de marche rapide par jour) ou à une association des deux. Un groupe témoin était constitué par des sujets soumis à une prise en charge usuelle. Le suivi a été de 6 ans. L’incidence cumulée de DT2 sur 6 ans était élevée mais moins dans les 3 groupes intervention que dans le groupe témoin : 48%, 41%, 46% vs. 68% respectivement. Il n’y avait pas de lien entre la perte de poids et l’incidence de survenue du DT2.

L’étude Finlandaise DPS [3] a inclus 522 patients en surpoids d’âge moyen ayant une intolérance au glucose. Le changement de mode de vie a associé des modifications diététiques avec objectif de perte de poids (réduction des lipides, augmentation de la consommation de fibres, de légumes et de produits laitiers à faible teneur en lipides) à une activité physique de 30 min / jour au moins. Sur les 4 ans de suivi, une perte de poids de 4 kg a été obtenu la première année dans le groupe intervention avec une réduction de 58% de l’incidence du DT2 par comparaison au groupe témoin. Après l’arrêt de l’intervention, une réduction à 7 ans de 43% de l’incidence était observée dans le groupe intervention. Les sujets qui avaient poursuivi d’eux-mêmes les recommandations avaient à 7 ans une incidence moindre de DT2 que ceux qui avaient interrompu les conseils. L’étude multivariée mettait en évidence la seule perte de poids comme facteur explicatif.

L’étude américaine DPP (Diabètes Prévention Program) [4] a inclus 3234 sujets d’âge moyen ayant une intolérance au glucose. Les sujets ont été randomisés en 3 groupes : modification du mode de vie (régime restrictif ayant pour objectif une perte de poids de 7% sur 2 ans avec réduction de l’apport lipidique associé à 150 min/sem d’activité physique sous forme de marche rapide) , metformine ou placebo. Le suivi a été de 2,8 ans. La perte de poids a été de 7 kg (7%) l’année 1 et à la fin du suivi de 5,6 kg (5,6%). L’adhésion à l’activité physique a été obtenue chez 74% des participants. Le risque de DT2 a été réduit de 58% dans le groupe « mode de vie » vs. placebo avec une réduction de 16% par kg de poids perdu, la perte de poids étant le principal facteur explicatif du bénéfice.

D’autres études dans d’autres populations : japonaise et indienne ont confirmé ces résultats. Il est donc clair que les changements de mode de vie conduisant à une perte de poids et à une augmentation de l’activité physique sont très efficaces pour la prévention du DT2 chez les sujets intolérants au glucose. La perte de poids est l’élément déterminant du bénéfice obtenu.

Chirurgie bariatrique

MacDonald et coll [5] ont comparé prospectivement l’incidence du DT2 chez 109 patients obèses intolérants au glucose ayant bénéficié d’une chirurgie bariatrique vs. 27 n’ayant pas été opérés. L’incidence du DT2 était 30 fois moindre chez les opérés. L’étude SOS (Swedish Obèse Subjects) [6] qui a inclus plus de 2000 sujets a démontré que chez les patients opérés, l’odd ratio à 2 ans de la survenue de DT2 était de 0,14 et à 10 ans de 0,25 par comparaison aux non opérés suivis sur la même période. La réduction d’incidence était étroitement liée au degré de la perte de poids. Ceux qui avaient perdu plus de 12% de leur poids initial n’avaient pas développé de DT2.

Interventions pharmacologiques

Metformine

Dans l’étude DPP, les patients inclus dans le groupe metformine (1,7 g/j) avait une incidence réduite de 31% vs. le groupe placebo ; les patients qui ont le plus bénéficié étaient ceux avec un EVIC > 35 kg/m2 et d’âge < 60 ans. La perte de poids (- 1,7 kg sur 2,8 ans) contribuait pour 64% à l’effet bénéfique de la metformine.

Glitazones

La troglitazone (retirée du marché) a réduit de 50% (suivi : 2,5 ans) le risque de développer un DT2 chez des femmes ayant un antécédent de diabète gestationnel [7]. Dans l’étude DPP (5), elle a réduit l’incidence de 75% sur 0,9 ans (interruption due à des effets hépatotoxiques) [8]. La rosiglitazone réduit le risque de DT2 de 62% chez des intolérants au glucose traités 3 ans (DREAM [9]).

Orlistat

L’étude XENDOS [10] utilisant l’orlistat, un inhibiteur des lipases intestinales, réduit l’incidence de survenue du diabète de 40-52% chez des patients obèses intolérants au glucose. L’effet était attribuable à la perte de poids. A noter que 50% des patients ont été perdus de vue pendant l’étude.

Analogues du GLP-1 et inhibiteurs de la DPP-IV

Des données récentes suggèrent un effet protecteur vis-à-vis de la détérioration de l’insulino-sécrétion. L’effet préventif de la suruvenue du DT2 reste à confirmer.

Acides gras polyinsaturés à longue chaîne n-3 (AGPI-LC n-3)

Les AGPI-LC n-3 (EPA + DHA) ont été démontrés aussi bien dans les études expérimentales chez le rat que dans des études de physiologie et des études d’intervention leur capacité à prévenir le survenue du DT2 [11-15]. Le niveau de supplementation démontré efficace est autour de 1 à 1,5 g/j EPA + DHA. Naturellement leur intérêt en prévention s’entend en association avec les autres mesures de modification du mode de vie sus-citées.

Pour la pratique et conclusion

Les patients à risque de DT2 doivent être dépistés (prédisposition familiale, sujets âgés de > 45 ans ou < 45 ans s’ils ont un surpoids, femmes ayant un antécédent de diabète gestationnel). Une stratégie de modification du mode de vie ayant pour objectif une perte de poids de 5-10% associé à une activité physique soutenue équivalente à 30 min par jour associée à une consommation régulière d’aliments riches en AGPI-LC n-3 constitue une démarche anodine et extrêmement efficace. Actuellement, aucune molécule pharmacologique n’a d’AMM pour la prévention du DT2.

Références :

  1. Crandall JP, Knowler WC, Kahn SE, Marrero D, Florez JC, Bray GA, Haffher SM, Hoskin M, Nathan DM; Diabetes Prevention Program Research Group. The prevention of type 2 diabetes. Nat Clin Pract Endocrinol Metab. 2008 Jul;4(7):382-93.
  2. Pan XR, Li GW, Hu YH, Wang JX, Yang WY, An ZX, Hu ZX, Lin J, Xiao JZ, Cao HB, Liu PA, Jiang XG, Jiang YY, Wang JP, Zheng H, Zhang H, Bennett PH, Howard BV. Effects of diet and exercise in preventing NIDDM in people with impaired glucose tolerance. The Da Qing IGT and Diabetes Study. Diabetes Care. 1997 Apr;20(4):537-44.
  3. Diabetes Prevention Study) (Tuomilehto J, Lindström J, Eriksson JG, Valle TT, Hämäläinen H, Ilanne-Parikka P, Keinänen-Kiukaanniemi S, Laakso M, Louheranta A, Rastas M, Salminen V, Uusitupa M; Finnish Diabetes Prevention Study Group. Prevention of type 2 diabetes mellitus by changes in lifestyle among subjects with impaired glucose tolerance. N Engl J Med. 2001 May 3;344(18):1343-50.
  4. Knowler WC, Barrett-Connor E, Fowler SE, Hamman RF, Lachin JM, Walker EA, Nathan DM; Diabetes Prevention Program Research Group. Reduction in the incidence of type 2 diabetes with lifestyle intervention or metformin. N Engl J Med. 2002 Feb 7;346(6):393-403.)
  5. MacDonald KG Jr, Long SD, Swanson MS, Brown BM, Morris P, Dohm GL, Pories WJ. The gastric bypass operation reduces the progression and mortality of non-insulin-dependent diabetes mellitus. J Gastrointest Surg. 1997 May-Jun;l(3):213-20; discussion 220.
  6. Sjostrom L, Lindroos AK, Peltonen M, Torgerson J, Bouchard C, Carlsson B,Dahlgren S, Larson B, Narbro K, Sjostrom CD, Sullivan M, Wedel H; Swedish Obese Subjects Study Scientific Group. lifestyle, diabetes, and cardiovascular risk factors 10 years after bariatric surgery. N Engl J Med. 20G>4 Dec 23;351(26):2683-93.
  7. Buchanan TA, Xiang AH, Peters RK, Kjos SL, Marroquin A, Goico J, Ochoa C, Tan S, Berko^itz K, Hodis HN, Azen SP. Preservation of pancreatic beta-cell function and prevention of type 2 diabetes by pharmacological treatment of insulin resistance in high-risk hispanic women. Diabetes. 2002 Sep;51(9’):2796-803.
  8. Knowler WC, Hamman RF, Edelstein SL, Barrett-Connor E, Ehrmann DA, Walker EA, Fow’ler SE, Nathan DM, Kahn SE; Diabetes Prevention Program Research Group. Prevention of type 2 diabetes with troglitazone in the Diabetes Prevention Program. Diabetes. 2005 Apr;54(4): 1150-6.
  9. Diabetes REduction Assessment with ramipril and rosiglitazone Medication) Trial Investigators, Gerstein HC, Yusuf S, Bosch J, Pogue J, Sheridan P, Dinccag N, Hanefeld M, Hoogwerf B, Laakso M, Mohan V, Shaw J, Zinman B, Holman RR. Effect of rosiglitazone on the frequency of diabetes in patients with impaired glucose tolerance or impaired fasting glucose: a randomised controlled trial. Lancet. 200(6 Sep 23;368(9541):1096-105.
  10. Torgerson JS, Hauptman J, Boldrin MN, Sjostrom L. XENical in the prevention of diabetes in obese subjects (XENDOS) study: a randomized study of orlistat as an adjunct to lifestyle changes for the prevention of type 2 diabetes in obese patients. Diabetes Care. 2004 Jan;27(l): 155-61. Erratum in: Diabetes Care. 2004 Mar;27(3):856.
  11. Delarue J, LeFoll C, Corporeau C, Lucas D. N-3 long chain polyunsaturated fatty acids: a nutritional tool to prevent insulin resistance associated to type 2 diabetes and obesity? Reprod Nutr Dev. 2004 May-Jun;44(3):289-99.
  12. Delarue J, Li CH, Cohen R, Corporeau C, Simon B. Interaction of fish oil and a glucocorticoid on metabolic responses to an oral glucose load in healthy human subjects. Br J Nutr. 2006 Feb;95(2):267-72 PubMedPMID: 16469141.
  13. Lombardo YB, Chicco AG. Effects of dietary polyunsaturated n-3 fatty acids on dyslipidemia and insulin resistance in rodents and humans. A review. J Nutr Biochem. 2006 Jan;17(l):l-13.)
  14. Fedor D, Kelley DS. Prevention of insulin resistance by n-3 polyunsaturated fatty acids. Curr Opm Clin Nutr Metab Care. 2009 Mar; 12(2): 138-46.
  15. Robinson LE, Buchholz AC, Mazurak VC. Inflammation, obesity, and fatty acid metabolism: influence of n-3 polyunsaturated fatty acids on factors contributing to metabolic syndrome. Appl Physiol Nutr Metab. 2007 Dec;32(6): 1008-24.

(Pr. Jacques DELARUE, Laboratoire Régional de Nutrition Humaine CHU Cavale Blanche 29200, Brest - Université d’été de Nutrition 2009, Clermont-Ferrand, 16-18 septembre 2009)

SOURCE : Centre de Recherche en Nutrition Humaine Auvergne

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