Peut-on équilibrer l'alimentation des Français ?

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Comment faire pour que les Français mangent mieux, c'est-à-dire de manière plus favorable à leur santé ? Des nutritionnistes et des économistes ont exploré quelques réponses possibles dans le cadre du Programme national de recherche en alimentation et nutrition humaines de l'Agence nationale de la recherche (ANR).

« Peut-on équilibrer l’alimentation des Français ? » : Crédit photo : www.nestle.fr Bien plus que la « sécurité » des aliments – qui sont devenus de plus en plus sains -, le comportement des consommateurs se révèle souvent être le principal obstacle à la qualité de l’alimentation. Surconsommation énergétique, déséquilibre entre les apports de nutriments, fascination pour les produits gras sucrés et gras salés : autant d’explications à l’épidémie d’obésité, de diabète, de maladies cardiovasculaires et autres, qui affecte prioritairement les pays riches.

Premier constat : les choix alimentaires sont liés aux caractéristiques socio-économiques des ménages. Les recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS) sont moins suivies par les moins de 50 ans n’ayant pas fait d’études supérieures. La variété des fruits et légumes consommés, par exemple, s’accroît à mesure que s’élèvent le niveau d’études et le statut social.

Deuxième constat : les aliments de grande qualité nutritionnelle sont souvent chers. Ainsi pour la viande, le poisson, les fruits et légumes... A l’inverse, les matières grasses ajoutées, les produits gras sucrés et gras salés sont des sources d’énergie bon marché dont la qualité nutritionnelle est médiocre. Entre les deux, les produits laitiers et les féculents sont en bonne position: légumes secs, laitages, pommes de terre, abats, oeufs ont un très bon rapport prix/qualité nutritionnelle.

Pour les chercheurs, le prix des aliments et les caractéristiques socio-économiques des ménages ont un rôle primordial dans la répartition des consommations alimentaires. Or, il est possible de définir une alimentation optimale à faible coût. L’idéal serait d’augmenter la consommation de féculents, de produits laitiers, de fruits et légumes. Et de diminuer fortement celle de plats préparés, de produits gras sucrés et gras salés. Toutefois, ce changement d’habitudes alimentaires sera plus facile pour quelqu’un qui achète cher ses aliments : car, d’après les chercheurs, il est déjà plus près des recommandations nutritionnelles.

Faudrait-il alors « manipuler » les prix ? Augmenter le prix des produits gras/sucrés/salés ? Et diminuer en parallèle, par exemple, celui des fruits et légumes ? Certains calculs savants laissent espérer que ces mesures feraient diminuer l’obésité. Mais elles n’auraient pas, là encore, les mêmes effets bénéfiques dans toutes les catégories sociales : l’amélioration serait sans doute beaucoup plus incertaine dans les classes défavorisées...

Dans un éditorial des Cahiers de nutrition et de diététique, les Prs Guy-Grand et Lecerf estiment que la taxation des aliments est une « vraie mauvaise idée ». Mieux vaut selon eux faciliter la qualité de l’offre et rendre plus accessibles les aliments dont on souhaite favoriser l’usage. Reste aussi à continuer à informer patiemment sur l’équilibre alimentaire et sur les aliments qui permettent de bien manger à prix raisonnables...

(INRA Sciences sociales n° 2. - Cahiers de nutrition et de diététique, volume 44, p.1-2.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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