Petits mangeurs et gros problèmes !

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Les enfants capricieux devant leur assiette devraient faire l’objet d’une attention particulière des parents, car ils pourraient avoir des comportements restrictifs avant même leur puberté. Voilà ce qui ressort d’une étude publiée récemment dans la revue scientifique Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence par des chercheurs de l’Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine. La chercheuse Dominique Meilleur trace le portrait d’enfants qui ont des troubles alimentaires...

Petits mangeurs et gros problèmes ! Les résultats de cette étude soulèvent de nouveaux questionnements sur l’étiologie du trouble de l’alimentation et son éventuelle évolution. « Plusieurs chercheurs croient par exemple que les comportements boulimiques commenceraient seulement à l’adolescence, indique Dominique Meilleur, professeure au Département de psychologie de l’UdeM. Selon nos travaux, le problème survient beaucoup plus tôt et il est possiblement sous-diagnostiqué, car peu soupçonné et examiné. »

Il s’agit d’une des rares recherches rétrospectives réalisées au Québec qui trace le portrait d’un nombre important d’enfants aux prises avec un trouble alimentaire. Les résultats de cette recherche seront présentés le 7 octobre à Vancouver, à la conférence de l’Eating Disorders Association of Canada.

Le trouble de l’alimentation chez les enfants peut être déclenché par des remarques désobligeantes à l’égard de l’apparence physique

En 20 ans de métier au CHU Sainte-Justine, la psychologue a acquis une vaste expertise clinique sur le trouble des conduites alimentaires (TCA). Chaque jour, des enfants et adolescents venaient confier à Dominique Meilleur leur anxiété et leurs craintes quant à leur poids, leur image corporelle, l’alimentation ainsi que leurs difficultés personnelles sur différents plans. « Plusieurs facteurs entrent en jeu dans le développement et le maintien du TCA », soutient la chercheuse.

Mais l’élément déclencheur principal mis au jour chez les enfants est la présence de moqueries ou de remarques désobligeantes à l’égard de leur apparence physique. « Pour certains enfants, cela peut faire naître ou renforcer une préoccupation relative à leur image corporelle et possiblement engendrer une modification des comportements alimentaires. » À éviter à tout prix. Moqueurs s’abstenir...

« Plus de 15,5 % des jeunes de notre échantillon se faisaient vomir à l’occasion et 13,3 % présentaient des comportements boulimiques. Ces résultats sont très préoccupants, mais ils pourront peut-être aider les cliniciens à faire un dépistage précoce », dit la chercheuse, soulignant du même souffle qu’il est recommandé d’amorcer un traitement le plus rapidement possible lorsqu’il y a des comportements déviants.

La professeure Meilleur, en collaboration avec Olivier Jamoulle, Danielle Taddeo et Jean-Yves Frappier, du centre hospitalier universitaire mère-enfant, a étudié les caractéristiques psychologiques, sociodémographiques et somatiques de 215 enfants âgés de 8 à 12 ans souffrant d’un trouble de l’alimentation. Tous ceux qui avaient une maladie pouvant être responsable d’un problème alimentaire comme le diabète ou la fibrose kystique ont été exclus de l’échantillon. En se basant sur l’analyse des dossiers médicaux des jeunes admis au cours des 15 dernières années dans une unité de soins pédiatriques de la région de Montréal, l’équipe de chercheurs confirme l’existence fréquente de troubles comorbides (notamment des troubles anxieux et de l’humeur et des déficits de l’attention) rapportés chez les adolescents par certaines enquêtes cliniques.

Un problème de taille

Sur l’ensemble des jeunes de l’échantillon, « 52 % avaient été hospitalisés au moins une fois pour leur trouble alimentaire et 48 % avaient été soignés en service ambulatoire ». La majorité des enfants avaient été hospitalisés à leur entrée dans des services laissant deviner un état de santé physique précaire, selon Dominique Meilleur, qui signale la présence d’antécédents psychiatriques dans la famille chez 36,3 % des sujets.

Les résultats des travaux de Mme Meilleur et ses collègues révèlent en outre que 95 % des enfants âgés de 8 à 12 ans ont des comportements alimentaires restrictifs alors que 69,4 % ont peur de prendre du poids et que 46,6 % disent se «trouver gros». « Ces comportements s’apparentent étroitement aux présentations cliniques observées chez les adolescents et appuient les résultats d’études qui font état des préoccupations à l’égard de l’image corporelle chez certains jeunes dès le primaire », mentionne Mme Meilleur.

L’étude démontre par ailleurs que le TCA n’est pas l’apanage des filles. En fait, les garçons de cet âge ressembleraient aux filles quant à la grande majorité des variables. La seule différence a trait à l’isolement social, davantage marqué, et ce, depuis plus longtemps, chez les garçons. « Cette grande similarité entre garçons et filles étaye, à notre avis, l’hypothèse voulant que des facteurs psychiques et physiques communs, liés entre autres à la période développementale, soient en jeu dans la manifestation du trouble de l’alimentation », affirme Mme Meilleur, qui note des différences significatives entre les enfants plus jeunes et les plus âgés.

« Nous avons constaté un taux de troubles comorbides plus élevé chez les 8 à 10 ans, des antécédents de problèmes alimentaires dans l’enfance plus fréquents, ainsi qu’une plus grande proportion qui prend des médicaments », résume- t-elle.

(Par Dominique Nancy - Journal forum du 06 octobre 2014)

Source : Université de Montréal (@UdeM)

SOURCE : Université de Montréal

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