Petit déjeuner contre l'excès de poids ?

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Le petit déjeuner, même s'il n'est pas systématiquement consommé, est reconnu comme un pourvoyeur privilégié d'énergie de la matinée. Il apparaît aussi de plus en plus, en fonction de sa composition, comme une pièce maîtresse du profil nutritionnel et... de la corpulence.

L'importance du petit déjeuner pour soutenir les efforts physiques et/ou intellectuels au cours de la matinée est déjà bien documentée. Ce repas semble ainsi contribuer à placer l’enfant dans des conditions favorables à l’apprentissage. Chez l’adulte, il débouche sur de meilleurs scores dans le travail à la chaîne que lorsqu’il est omis. Mais pour l’heure, tous les regards se tournent vers le poids, et la question de savoir si le premier repas de la journée peut faire partie intégrante des stratégies pour lutter contre le développement fulgurant de l’obésité est posée.

Éviter la compensation

Plusieurs travaux ont déjà rapporté une association favorable entre le petit-déjeuner et la corpulence. Ainsi, des femmes modérément obèses qui passent de deux repas quotidiens à trois repas, sans changer l’apport calorique global, perdent du poids. D’autres ont montré que le fait de déplacer une partie de l’apport calorique du repas du soir vers le petit-déjeuner pouvait provoquer une perte de poids. De nombreuses études - mais pas toutes – ont rapporté l’existence d’une association entre le fait de sauter le petit-déjeuner et un indice de masse corporelle (BMI) plus élevé, avec pour hypothèse que les calories qui ne sont pas prises lors du repas matinal sont largement récupérées, au cours des autres repas, sous la forme de denrées de densité énergétique élevée, riches en graisses.

Un lien avec la corpulence ?

La relation entre petit-déjeuner et BMI n’est cependant pas aussi limpide que cela, pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’au-delà du repas pris dans son ensemble, qui fait intervenir la fréquence de consommation, la nature de ce qui est ingéré importe aussi. Or, celle-ci peut être éminemment variable, en fonction des cultures, des modes de vie, des goûts, des habitudes… Ensuite, parce qu’il existe plusieurs facteurs confondants dans la relation petit-déjeuner et BMI. Ainsi, lorsque l’on tient compte du niveau d’activité physique, de l’apport énergétique total et du niveau d’éducation des parents, l’effet du petit-déjeuner sur le BMI passe souvent sous le seuil de signification. On peut donc se demander dans quelle mesure le petit-déjeuner influence réellement la corpulence, ou s’il est simplement un marqueur d’un style de vie et/ou de facteurs socio-économiques liés à la corpulence.

Question de profil

Pour tenter d’y voir plus clair sur les rapports entre petit-déjeuner et BMI, des chercheurs ont examiné les données de la quatrième enquête nationale de nutrition et santé américaine (1999-2000). Cette étude, publiée dans l’édition de septembre du Journal of the American Dietetic Association, porte sur un échantillon de 4218 femmes et hommes âgés de 19 ans et plus, à l’exclusion des femmes enceintes ou allaitantes.

Les résultats permettent d’ériger un profil des adeptes du petit-déjeuner : il s’agit plus souvent de femmes, de race blanche, qui ne fument pas, qui pratiquent de l’exercice de façon régulière et qui tentent de contrôler leur poids. Chez les femmes, la prise régulière d’un petit déjeuner est associée à un apport énergétique quotidien plus élevé. Chez les femmes comme les hommes, l’utilisation de céréales pour petit-déjeuner est associée à une répartition énergétique plus favorable, avec une proportion de lipides totaux significativement plus faible, au bénéfice d’un apport en glucides significativement plus élevé. La probabilité de présenter un excès de poids (BMI > 25) est significativement plus faible chez les adeptes du petit-déjeuner (odds ratio = 0,76) ainsi que chez les consommateurs de céréales prêtes à consommer (OR = 0,70).

Le repas ou son contenu ?

Qui, du petit-déjeuner ou des céréales prêtes à consommer, exerce le plus d’influence sur la corpulence ? C’est précisément la question que se sont posés les chercheurs, qui ont procédé à une analyse plus poussée. Ainsi, en ajoutant les céréales prêtes à consommer comme covariante, aux côtés de l’âge, de l’ethnie, du tabagisme, de l’apport calorique, de l’exercice physique et du contrôle du poids corporel, l’association entre le fait de prendre régulièrement un petit-déjeuner et le risque plus faible de présenter un excès de poids passe sous le seuil de signification. Cela suggère que la consommation de céréales prêtes à consommer a plus d’impact sur le BMI que le simple fait de prendre un petit-déjeuner.

Le repas le plus important, vraiment ?

L’allégation selon laquelle le petit déjeuner est le repas le plus important de la journée est-elle fondée ? C’est la question ce s’est posée une équipe de l’Institut of Food and Agricultural Sciences de l’Université de Floride, qui a compulsé les résultats de 47 études sur le petit-déjeuner et les enfants ou les adolescents. Vingt-deux d’entre elles concernaient les performances, 16 portaient sur le poids et 9 sur l’équilibre nutritionnel. Les auteurs relèvent d’abord que le saut du petit déjeuner est loin d’être marginal, aux États-Unis comme en Europe, puisqu’il concerne 10 à 30 % des jeunes. Ensuite, les enfants qui prennent un petit-déjeuner de façon régulière ont un profil nutritionnel supérieur à ceux qui le délaissent.

De plus, les « petit-déjeuneurs » ingèrent plus de calories au cours de la journée, mais la probabilité d’être en excès de poids est plus faible que pour ceux qui font l’impasse sur ce repas, même si toutes les études n’associent pas le fait de sauter le petit-déjeuner à l’excès de poids. La prise du petit-déjeuner est associée à de meilleures fonctions cognitives relatives à la mémoire, à des scores plus élevés pour certains exercices et à un taux d’absentéisme plus faible. Les auteurs recommandent la prise régulière d’un petit déjeuner varié, comprenant surtout des produits à base de céréales complètes riches en fibres et en nutriments, des fruits et des produits laitiers.

Valeur prédictive

Une seconde étude, soutenue par le National Heart, Lung, and Blood Institute et publiée dans la même édition (2), s’est intéressée au petit-déjeuner dans une population plus jeune, constituée de filles âgées de 9 à 19 ans. Il s’agit d’une étude longitudinale portant sur 2379 filles de race blanche (n =1166) et noire (n = 1213), suivies pendant une dizaine d’années.

Les résultats vont dans le même sens que d’autres observations chez les jeunes, à savoir que la fréquence du petit-déjeuner diminue au fur et à mesure de l’avancée en âge, surtout à l’adolescence. La prise d’un petit-déjeuner est associée à un apport plus élevé en calcium et en fibres. En corrigeant pour l’apport énergétique total, la consommation de céréales s’avère associée à un apport accru en fibres, calcium, fer, acide folique, vitamine C et zinc, et à un apport plus faible en lipides et en cholestérol. Et surtout, la consommation de céréales prêtes à manger a une valeur prédictive d’une corpulence plus faible, même après correction pour l’activité physique…

Les auteurs concluent que la consommation de céréales prêtes à manger pourrait, dans un contexte de style de vie sain, contribuer à jouer un rôle dans le maintien d’un poids de santé. Bref, le petit déjeuner en général, et les céréales en particulier, apparaissent comme des pièces sur l’échiquier de la lutte contre l’obésité. Des pièces qui ne peuvent cependant pas donner l’illusion de faire le travail à elle seules.

Références :

  • Rampersaud GC et al. J Am Diet Assoc 2005 ;105(5) :743-60.
  • Song W O et al. J Am Assoc septembre 2005
  • Barton Ba et al. J Am Diet Assoc septembre 2005

(Par Nicolas Guggenbühl, Diététicien Nutritionniste, " HEALTH & FOOD " numéro 73, Octobre/Novembre 2005)

SOURCE : Health and Food

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