Pensons-nous encore agriculture quand nous mangeons ?

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Etablir un état des lieux des comportements alimentaires en France est un exercice périlleux. Agriculture, santé, prix, consommation, nourriture et plaisir s'emmêlent dans ce qui constitue aujourd'hui notre alimentation, ce patrimoine intime et culturel qui nous est par ailleurs si cher.

« Pensons-nous encore agriculture quand nous mangeons ? » - Crédit photo : www.parlonsagriculture.com L’image de l’agriculture reste ancrée dans notre imaginaire, avec ses paysages de campagne, les animaux dans les prés et les hommes aux champs. Parallèlement, les produits de notre industrie agroalimentaire, de plus en plus élaborés, côtoient ceux du commerce équitable sur les rayons des supermarchés. Rythme et modes de consommation ont changé. Moins de repas en famille, plats préparés, la transmission des anciennes générations s’émousse et avec elle la notion que, transformée ou non, notre alimentation reste issue de l’agriculture.

L’avis des spécialistes réunis autour d’une table ronde lors de la première rencontre - débat « Qu’est-ce qu’on mange » de l’opération « Parlons Agriculture » qui s’est déroulée le 23 avril à Paris.

« En devenant un consommateur, le citoyen a perdu le lien avec le produit agricole »

La transformation des produits et leur distribution ont fortement évolué depuis 40 ans, éloignant le citoyen, qui parallèlement a pris le nom de consommateur, du produit agricole. C’est cette série de « boîtes noires », interposées entre la fourche et la fourchette, qui crée les anxiétés et insatisfactions, menant à un constat : on ne sait plus ce qu’on mange. Or, on sait qu’il existe un lien intime entre l’homme et son alimentation. Il est donc nécessaire de redonner de la transparence à ces « boîtes noires » pour gommer les incertitudes latentes, en s’assurant de préserver le confort de notre alimentation.
Claude FISCHLER
Sociologue, directeur de recherche au CNRS

« Plus que jamais, il faut penser agriculture quand nous mangeons »

La consommation de produits alimentaires conventionnels a tendance à gommer les liens avec l’agriculture. Chez Alter éco, au contraire, l’agriculture est au cœur de nos préoccupations et notre communication est centrée sur la vie des producteurs, sur l’importance des conditions de production. Deux tiers de nos produits sont bio aujourd’hui et nous militons pour une agriculture respectueuse de l’environnement et des générations futures.
Tristan LECOMTE
Fondateur et dirigeant d’Alter éco

« L’image de l’agriculture reste forte »

Ingénieur agronome et docteur en mathématiques appliquées, Pascale Hebel scrute la consommation alimentaire des Français, analysant et anticipant leur comportement depuis 13 ans, en appliquant ses compétences à une vision prospective de la consommation.

Les études menées montrent un éloignement progressif des Français par rapport au produit agricole brut. Parallèlement, notre conscience a été réveillée par les débats mis à jour par la grippe aviaire, l’usage des pesticides, les nécessités écologiques ou le bien-être animal, des préoccupations toutefois étouffées par la priorité économique. Conscients de la filière agricole, les Français sont partagés entre tous leurs désirs de consommer et l’alimentation reste un budget malléable à la baisse.

Pascale HEBEL
Directrice du Département Consommation du CREDOC

« La sécurité des plats préparés nous éloigne du produit agricole »

Orienté vers la recherche scientifique, Xavier Leverve a gardé de sa formation initiale de médecin un angle de vue tourné vers l’humain. Si ses connaissances font de lui un consommateur averti, ses observations sont néanmoins ancrées dans la réalité.

Il constate notamment que notre alimentation est illustrée d’images agricoles diffusées par les médias même si la réalité d’un supermarché est toute autre, avec une offre importante de produits transformés. C’est probablement dans cette rupture avec le produit que se situe la part d’inquiétude qui nous habite. On réalise que manger peut être dangereux alors que c’est une vérité de toutes les époques. Pourtant, d’un point de vue scientifique, nous mangeons mieux que nos parents et nos grands-parents.

Xavier LEVERVE
Directeur scientifique du secteur Nutrition Humaine et Sécurité des Aliments à l’INRA

« Le critère « santé » anéantit tous les autres »

Médecin nutritionniste, Jean-Philippe Zermati a abandonné depuis plus de 10 ans les conseils nutritionnels sans effet et s’attache à décrypter nos comportements alimentaires. Le produit agricole est alors bien loin de l’esprit des patients qui n’entrevoient plus que le critère « santé ». Celui-là anéantit tout le reste. Le goût, le plaisir, le produit, sa provenance sont absents des préoccupations de ceux qui n’envisagent de s’alimenter qu’avec une inquiétude latente : est-ce bon pour ma santé ? Notre relation avec la nourriture est très complexe et on s’aperçoit que la stigmatisation des aliments n’empêche pas de les consommer. Nous perdons l’insouciance qui répondrait simplement à nos besoins de manger normalement.
Jean-Philippe ZERMATI
Médecin nutritionniste, co-fondateur du G.R.O.S.

« Le goût, comme l’histoire ou la chimie, ça s’apprend »

Hyperactif et passionné, Thierry Marx met en application ses convictions aussi bien à Cordeillan-Bages que lorsqu’il pratique la cuisine de rue. La malbouffe n’est pas seulement une question d’argent. Les produits agricoles de qualité existent mais ne sont pas toujours commercialisés équitablement.

Par ailleurs, le problème aujourd’hui réside aussi dans l’éducation. Le produit agricole en France est exceptionnel mais, sans une éducation au goût très précoce, les modes de consommation se détériorent. Entre les grands chefs et les fast food, il existe une cuisine ludique qui peut être équilibrée. Si la transmission du goût et du plaisir de cuisiner s’effrite il faut peut-être envisager de l’enseigner car par ailleurs, nous n’avons jamais été si proche du produit.

Thierry MARX
Directeur Général et Chef du Relais & Châteaux Cordeillan-Bages

« Nous avons des produits rares mais nos priorités ont changé »

A la tête d’une troisième étoile Michelin, Yannick Alléno reconnaît qu’il fait partie d’un cercle privilégié qui lui permet d’exprimer sa passion pour le terroir du bassin parisien. Son métier lui donne accès à des produits d’exception, derrière lesquels il rencontre des hommes, tout aussi passionnés que lui pour le produit. Ses clients eux aussi sont privilégiés, grands connaisseurs du produit agricole de haute qualité.

Les voyages permettent aujourd’hui des comparaisons plus fines qu’autrefois et on attend d’un chef qu’il vous offre de goûter une émotion. En dehors de cette sphère d’exception, il constate que les priorités ont changé et que pour la plupart des gens, le budget familial s’est déplacé de l’alimentation vers d’autres produits de consommation. Il lui semble important aujourd’hui de reconnecter nos enfants avec leur manière de se nourrir.

Yannick ALLENO
Chef des cuisines de l’Hôtel Le Meurice

« Agriculture et industrie alimentaire entretiennent un lien extrêmement étroit »

L’industrie alimentaire transforme plus de 70% de la production agricole française et est très souvent dépendante d’un approvisionnement local. L’industrie alimentaire, qui est constituée à 90% de PME, voire de TPE, a donc besoin d’un secteur agricole fort, performant et l’ANIA est très attachée à entretenir une relation étroite avec le monde agricole.
Jean-René BUISSON
Président de l’ANIA

Pour de plus amples informations, consultez www.parlonsagriculture.com

SOURCE : Ministère de l’Agriculture et de la Pêche

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