Parents : pas trop de directives et de pression sur l'alimentation de vos enfants !

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Pour tenter de comprendre l'augmentation de l'obésité infantile, les scientifiques se sont intéressés à l'environnement familial. A juste titre, ils ont souligné l'importance des parents dans l'alimentation des enfants. Certaines études se sont centrées sur le contrôle parental et l'efficacité de différentes approches pour contrôler l'alimentation des enfants.

« Parents : pas trop de directives et de pression sur l’alimentation de vos enfants ! » - Crédit photo : © Jacek Chabraszewski - Fotolia.com La question est capitale quand on connait la facilité d’accès à la restauration rapide et aux aliments à faible valeur nutritionnelle ! Cependant, les résultats des études évaluant l’impact du contrôle parental sont parfois contradictoires.

Des résultats contradictoires

Par exemple, Birch et ses collègues ont mené une série d’études sur le sujet. Ils ont développé le CFQ (Children Feeding Questionnaire [1]) (Questionnaire d’Alimentation de l’Enfant) qui définit le contrôle en termes : de suivi, de restriction et de pression. Birch [2] a examiné l’impact du contrôle parental imposé.

Sa conclusion est claire : "les stratégies d’alimentation qui limitent l’accès des enfants ô certains snacks, les rendent en fait plus attirants".

A l’inverse, d’autres études suggèrent le contraire : le contrôle parental réduirait le poids et améliorerait le comportement alimentaire. Par exemple, Wardle et ses collègues ont développé le PFSQ (Parental Feeding Style Questionnaire [3], qui définit le contrôle en termes de restriction avec des items du style "je limite le nombre de snacks de mes enfants". D’après cette mesure, les auteurs suggèrent que "l’absence de contrôle de l’alimentation - mais pas un contrôle élevé - peut contribuer à l’émergence de différences de poids".

De même, Brown et Ogden [4] ont rapporté qu’un plus grand contrôle parental était associé à une plus grande consommation d’aliments sains.

Contrôle direct ou indirect ?

Ogden et al [5] pensent que ces résultats contradictoires reflètent les contradictions du mode de contrôle parental, certains ayant un effet bénéfique, d’autres un effet négatif. Ces auteurs ont examiné les effets du contrôle "direct", qui peut être perçue par l’enfant (par exemple, le contrôle des quantités que l’enfant peut manger) par rapport au contrôle "indirect", qui ne peut pas être décelé par l’enfant, (par exemple : ne pas acheter d’aliments malsains ou ne pas en rapporter à la maison).

Cette étude a développé une nouvelle mesure des contrôles "perçus" et "non perçus" par les enfants et a montré que ces différentes formes de contrôle pouvaient prédire l’alimentation en dehors des repas : le contrôle indirect diminue la consommation d’aliments malsains alors que le contrôle direct prédit l’augmentation de la consommation d’aliments sains.

Quel impact sur les habitude alimentaires ?

Suite à ces données, une étude récente (Brown, Ogden, Vogele et Gibson [6]) a exploré plus en détail l’impact du style de contrôle parental sur l’alimentation et l’IMC des enfants. Les auteurs ont analysé les effets du contrôle direct, indirect et de la pression alimentaire sur les habitudes des enfants. Cette étude a surtout exploré l’impact de ces pratiques sur des comportements comme la consommation de snacks, de fruits et légumes et la "néophobie" (qui représente un frein potentiel à l’alimentation saine et un accélérateur de l’IMC). Cette enquête transversale a porté sur 518 parents d’enfants âgés de 4 à 7 ans, scolarisés dans 18 écoles primaires du sud de l’Angleterre.

Des résultats opposés à ceux recherchés !

Les résultats montrent que les pratiques les plus répandues sont le contrôle direct (perçu par l’enfant) pour les repas et les collations et le contrôle indirect (non perçu) pour les repas.

S’il n’y a aucune relation entre le type de contrôle et l’IMC de l’enfant, des associations entre les pratiques de contrôle parental et certains aspects de l’alimentation des enfants ont cependant été notées, en particulier :

  • La consommation de collations malsaines est associée à un moindre contrôle indirect et une plus forte pression pour manger.

  • La consommation de fruits et légumes est liée à des niveaux élevés de contrôle direct et indirect sur les repas et une moindre pression pour manger.

  • La néophobie est liée à un moindre contrôle indirect sur les repas et une plus forte pression pour s’alimenter.

Ogden et al [5] ont suggéré que les résultats contradictoires précédents pourraient refléter la complexité du contrôle parental, certaines stratégies étant plus efficaces que d’autres.

Les résultats de Brown et al (2007) étayent cette analyse. En particulier, "la pression pour manger" implique un contrôle très direct, par exemple, encourager un enfant à manger, même s’il dit qu’il n’a pas faim. Cette approche serait associée à des comportements malsains et aurait même un impact néfaste sur les choix alimentaires !

Au contraire, le contrôle indirect est beaucoup plus subtil et moins directif pour la gestion de l’alimentation. Il implique l’évitement des restaurants de mauvaise qualité et le boycott des aliments malsains à la maison. Cette approche est associée à une alimentation plus saine.

Les paradoxes du contrôle

Des études sur d’autres formes de contrôle ont bien montré que le fait d’essayer de ne pas faire quelque chose ou de ne pas y penser peut, paradoxalement, renforcer le comportement ou la pensée [7]. Les résultats de Brown et al [6] suggèrent ainsi que les formes de contrôle direct comme la "pression pour manger" peuvent avoir un effet paradoxal. D’autres types de contrôles plus subtils, indirects, n’auraient pas cet effet.

Pour conclure, ces résultats révèlent l’éventail des pratiques parentales de contrôle et montrent que le contrôle indirect est associé à une alimentation plus saine, et "la pression pour manger" à un comportement moins sain. Les parents pourraient croire qu’il faut contrôler l’alimentation de leurs enfants, vu la profusion des fast food et des collations à faible valeur nutritionnelle. Ces résultats montrent que certaines pratiques de contrôle auraient plus d’effets bénéfiques que d’autres.

A méditer papa, à méditer maman...

Références :

  1. Birch, L. L, Fisher, J. 0, Grimm-Thomas, K., Markey, C. N., Sawyer, R., Johnson, S. L. (2001). Confirmatory factor analysis of the Child Feeding questionnaire: A measure of parental attitudes, beliefs and practices about child feeding and obesity proneness. Appetite, 36, 201-210.
  2. Birch L. L. (1999). Development of food preferences. Annual Review of Nutrition, 19, 41-62.
  3. Wardle, J., Sanderson, S., Guthrie, C. A., Rapoport, L., Plomin, R. (2002). Parental feeding style and the intergenerational transmission of obesity risk. Obesity Research, 10, 453-462.
  4. Brown, J., Ogden,1. (2004). Children’s eating attitudes and behaviour: a study of the modelling and control theories of parental influence, Health Education Research: Theory and Practice, 19, 261-71.
  5. Ogden, J., Reynolds, R., Smith, A. (2006). Expanding the concept of parental control: A role for overt and covert control in children’s snacking behaviour? Appetite, 47, 100-106.
  6. Brown, K., Ogden, J., Gibson, L., Vogele, C. (2008) The role of parental control practices in explaining children’s diet and BMI. Appetite, 50, 252-259.
  7. Wegner, D. M. (1994). lronic processes of mental control. Psychological Review, 101, 34-52

(Jane Ogden, Département de Psychologie, Université de Surrey, G - Equation Nutrition n°80 - Septembre 2008)

SOURCE : APRIFEL

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