Paradoxes de l'alimentation, faut-il avoir peur pour demain ?

lu 2102 fois

Quand l'hémisphère nord perd le contact avec son agriculture, s'insère l'incertitude quant à la sécurité sanitaire et aux apports nutritionnels de l'alimentation. Dans le même temps, plus de 850 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde. Quelle est la part de responsabilité de l'occident ? Les progrès technologiques sont-ils une des solutions pour le sud ? Sommes-nous en mesure de relancer l'agriculture locale dans les pays qui ne sont plus auto-suffisants ? Et nous, que mangerons-nous demain ? La hausse des produits agricoles bruts aura-t-elle un impact sur notre assiette ?

« Paradoxes de l’alimentation, faut-il avoir peur pour demain ? » - Crédit photo : www.parlonsagriculture.com Aujourd’hui se dessine un scénario catastrophe dans les pays du sud auquel nous devons collectivement faire face. Parallèlement à la malnutrition, on observe des phénomènes d’obésité dans les pays émergents. L’exportation de nos modes d’alimentation est-elle en cause ? Si les systèmes s’auto-équilibrent à terme, la situation actuelle démontre néanmoins la fragilité de cet équilibre qui nécessite une intervention au niveau mondial.

L’avis des spécialistes réunis autour d’une table ronde lors de la première rencontre - débat « Qu’est-ce qu’on mange » de l’opération « Parlons Agriculture » qui s’est déroulée le 23 avril à Paris.

« 854 millions de personnes souffrent encore de la faim »

A la tête de l’ONG depuis février 2007, François Danel appelle à des mesures immédiates en même temps que des mesures de prévention de la malnutrition, en agissant localement pour relancer l’agriculture des pays pauvres. Le phénomène de la hausse des prix alimentaires constaté à travers le monde est responsable d’une situation devenue critique qui touche de plein fouet les populations les plus vulnérables. Cette situation d’urgence démontre la nécessité de créer un fonds mondial contre la faim qui dépasse les frontières des politiques des Etats donateurs.
François DANEL
Action Contre la Faim

« La sécurité alimentaire n’a pas le même sens au nord ou au sud »

Nous voyons aujourd’hui un paradoxe à l’échelle de la planète. Au nord, on recherche la qualité, au sud, la quantité. Une grande partie du monde se développe par ailleurs, avec un changement parallèle sensible de la diète. En s’enrichissant, ces pays consomment plus de viande, de légumes, de sucre, de laitages et nous sommes confrontés à un problème en terme d’offre sur ces produits agricoles.

Dans le même temps en Afrique et en Asie, la malnutrition subsiste et ne peut être ignorée. Ces pays ne sont pas auto-suffisants sur le plan alimentaire et la hausse conjointe des prix de l’énergie et des produits agricoles a des conséquences dramatiques.

Hafez GHANEM
Sous-Directeur Général du Département du Développement Economique et Social de la FAO

« Les systèmes tendront vers un auto-équilibre »

Ingénieur agronome, directeur de recherche émérite à l’INRA, Pierre Feillet s’est penché sur a question de notre alimentation depuis la nuit des temps. Progrès scientifique et technique, pouvoir du consommateur, intervention de l’État, lobbies de l’agro-industrie et protection de l’environnement sont les 5 forces majeures qui, en fonction de leur dynamique, orientent notre système d’alimentation.

Tous nos paradoxes sont là : une technique toute puissante nous rassure mais la moindre faille dans la sécurité alimentaire nous scandalise, nous voulons du progrès mais les OGM nous font peur, nous recherchons des produits plus sûrs, plus variés, plus faciles à cuisiner, à transporter, mais nous consacrons une part de plus en plus faible de notre budget à l’alimentation. Pierre Feillet reste pourtant convaincu que nous tendrons vers un auto-équilibre de ces systèmes.

Pierre FEILLET
Membre de l’Académie des Technologies
Auteur de « La Nourriture des Français, de la maîtrise du feu... aux années 2030 »

« II faut créer un dialogue entre les consommateurs et les agriculteurs »

Selon Olivier Andrault, il n’y a pas de raison d’avoir peur si les pouvoirs publics et les professionnels discutent avec les consommateurs et entendent leurs demandes. Nous avons en Europe une alimentation très élaborée, de plus en plus transformée et contrôlée, et paradoxalement de moins en moins équilibrée. Dans nos pays, plus on est riche, plus on est mince, moins on a d’argent, plus on tend vers l’obésité.

Et l’obésité progresse partout, y compris dans les pays du sud. Pourquoi ? Nous vivons aujourd’hui dans un nouveau paradoxe de prix. Autrefois, les légumes et les fruits étaient beaucoup moins chers, aujourd’hui ce sont le gras et le sucre qui ont une valeur négligeable, qui sont aussi les plus riches en calories. Les transports, la mécanisation du travail, le chauffage nous poussent à plus de sédentarité et nos modes de vie ne laissent plus de temps pour cuisiner les produits bruts. Sans intervention des pouvoirs publics, nous nous dirigerons de plus en plus vers une alimentation nomade, pratique et déjà préparée mais de mauvaise qualité sur le plan nutritionnel.

Olivier ANDRAULT
Chargé de mission alimentation et agriculture de UFC-Que Choisir

« Nous évaluons les risques en amont pour sécuriser la décision politique »

Veille, évaluation des risques sanitaires, alerte, l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments garantit la sécurité dans ses domaines d’expertise. Elle fournit par ailleurs la base scientifique pour la décision politique.
Pascale BRIAND
Directrice Générale de l’AFSSA

« Le scénario le plus probable n’est pas forcément le plus souhaitable »

Dans nos pays riches, le développement du marché alimentaire est fortement dépendant du pouvoir d’achat des groupes à faible revenu, ce qui peut sembler paradoxal. Ce constat peut-il être extrapolé à l’échelle de la planète ? Que mangerons-nous en 2020 ? C’est le titre de l’étude prospective menée par la Chambre Régionale d’Agriculture de Normandie, une étude qui se place du point de vue de l’agriculteur pour imaginer ce qu’il devra produire demain à l’échelle européenne.

Quatre hypothèses de scénario possible sont dégagées, en fonction de 4 éléments moteurs - croissance et répartition des revenus, évolution des modes de vie, politique nutrition santé et exigences des consommateurs - scénario tendanciel, nordique, transition vers les USA, ou crise. Selon l’orientation politique, les effets peuvent être diamétralement opposés mais globalement les tendances sont très lentes et si le service au consommateur s’accroît, le contenu de notre assiette ne sera pas très différent de ce qu’il est aujourd’hui.

Michel LAFONT
Agro-économiste à la Chambre Régionale d’Agriculture de Normandie

Pour de plus amples informations, consultez www.parlonsagriculture.com

SOURCE : Ministère de l’Agriculture et de la Pêche

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s