P'tit dej et goûter sont dans le même bateau

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De temps en temps, il faut commencer par de bonnes nouvelles : les rythmes alimentaires de nos enfants ne sont pas aussi déstructurés qu'on le dit parfois. Une grande majorité d'entre eux prend régulièrement ses repas à table, en famille. Parmi ces repas, le fameux « p'tit dej » et le mythique goûter ont quand même un statut particulier... Et, pardon, il n'y a pas que des bonnes nouvelles.

« P’tit dej et goûter sont dans le même bateau » - Crédit photo : www.biensur-sante.com Petits déjeuners et goûters ont beaucoup changé, de style et de composition, en quelques années. Le matin, les horaires de travail de chaque membre de la famille imposent un rythme particulier à un repas qu’on apprécie pourtant toujours de partager. A quatre heures, le goûter reste le symbole de la sortie de l’école pour beaucoup d’enfants... mais les adultes devraient en l’occurrence retrouver une âme d’enfant ! La rentrée n’est pas encore trop lointaine : alors, si on révisait un peu nos tables ?

P’tit dej : de plus en plus anglo-saxon

Une enquête récente, rendue publique par le CREDOC, montre que l’influence de l’âge est très nette dans la composition des petits déjeuners. La version « continentale », de style café/thé et tartines, est même quasiment en voie d’extinction chez les moins de 13 ans (15% d’adeptes seulement) qui lui préfèrent de plus en plus souvent une formule composée de céréales et d’un produit laitier (25% des petits déjeuners aujourd’hui).

Mais, la diversité des petits déjeuners est désormais remarquable puisque l’enquête du CREDOC n’en recense pas moins de dix types différents. Cette diversité signifie-t-elle pour autant que les préceptes du très officiel Plan National Nutrition Santé commenceraient à être appliqués ? Point du tout hélas puisque seuls 16% des petits déjeuners des enfants rassemblent les trois composantes recommandées par le PNNS : au moins un produit céréalier, un produit laitier et un fruit ou jus de fruit.

La présence de fruits ou de jus de fruits sur la table est même dangereusement rare puisque, globalement, 3% des petits déjeuners des enfants contiennent des fruits et 26% des jus de fruits. C’est pourtant chez les plus jeunes (les 7-9 ans) que le petit déjeuner complet est le plus souvent consommé, avec 19% de convertis. Avouons qu’il reste quelques progrès à réaliser alors même que l’on pense désun repas essentiel pour l’équilibre nutritionnel. Ne serait-ce que pour éviter le coup de pompe de 11 heures et conserver son énergie jusqu’au déjeuner !

80% des enfants prennent leur petit déjeuner en famille

Moment de convivialité par excellence, le petit déjeuner se prend le plus souvent en famille mais 20% des enfants déclarent cependant le prendre seuls toute la semaine. Les solitaires du p’tit dej se recrutent surtout chez les ados entre 13 et 19 ans (51%) qui sont également plus nombreux à petit déjeuner à l’extérieur (surtout les filles : 7% le font hors du domicile).

Un goûter ou des goûters ?

Le goûter conserve heureusement son image symbolique de libération. Ouf, l’école est finie, prenons du bon temps... Depuis Jules Ferry, le goûter est le seul repas qui fête quotidiennement la fin de la classe ! Mais depuis Jules Ferry, l’Education Nationale, nos modes de vie ont changé. Le goûter aussi et, malheureusement, pas toujours en bien. D’abord parce qu’il n’est pas systématique : seuls 70% des enfants prennent au moins cinq goûters par semaine (vs 82% un petit déjeuner) et ce pourcentage diminue avec l’âge : 48% des 3-5ans goûtent tous les jours alors qu’ils ne sont plus que 19% entre 12 et 14 ans.

Le goûter, synonyme de liberté après la classe est également synonyme de n’importe quoi en matière nutritionnelle. On se lâche et ça se sait : plus de la moitié de la consommation totale de biscuits et de chocolat, le tiers de celle des viennoiseries (pains au chocolat, croissants...) et le quart de celle des boissons sucrées sont prises au goûter. Joli pied de nez, pour ne pas dire plus, aux nutritionnistes ! Ceux-ci, avec philosophie, rappellent qu’un goûter, c’est d’abord un goûter et pas deux ou trois successifs et qu’il s’agit d’abord, tout en faisant plaisir à son enfant, d’assurer avec efficacité le « relais énergétique » entre le déjeuner et le dîner.

Un goûter bien pensé doit permettre d’éviter le grignotage, pas de l’institutionnaliser et ne doit pas devenir la fête des bonbons ou la ronde des sucreries. Le goûter, dans l’idéal, apportera les mêmes catégories d’aliment que le petit déjeuner : un produit céréalier, un produit laitier, un fruit et une boisson. Les parents n’ont pas toujours tous les torts... et beaucoup d’entre eux se sont rendu compte que le goûter devait d’abord tenir compte des conditions dans lesquelles leur enfant pouvait le déguster.

A la maison, il est facile de préparer un goûter relativement élaboré, mais un goûter pris à l’école ou sur le chemin en rentrant devra impérativement être pratique et simple. Oubliées les tartines à la confiture et le verre de lait, bonjour les clémentines, les biscuits secs et la petite bouteille d’eau !

Et, sans être obsessionnel, doucement sur la télé et l’ordinateur qui transforment facilement une réserve d’énergie en piège à calories !

Obésité : la faute au goûter ?

Pauvre goûter... non seulement il serait injuste de lui faire avaler une quelconque culpabilité dans le développement de l’obésité enfantine, mais il est probable que, bien intégré à un rythme nutritionnel normal, il joue au contraire un rôle de régulation important. Bien sûr, si l’on entend par « goûter » : barres chocolatées, boissons sucrées et fauteuil jusqu’au dîner, mieux vaut s’en passer et réviser ses... tables ! L’Agence Française de Sécurité Sanitaire et Alimentaire des Aliments (AFSSA) suggère également de « regrouper mensuellement les goûters d’anniversaire ».

Collation du matin, chagrin

C’est Pierre-Mendès France, Président du Conseil, qui avait institué le verre de lait servi aux enfants en 1954 pour lutter contre le déficit en calcium... Depuis, l’AFSSA a rendu un avis déconseillant la collation du matin à l’école. Donnée souvent tardivement dans la matinée, la collation aboutit à un déséquilibre des rythmes alimentaires. A midi, les enfants qui ont mangé vers 10h n’ont plus faim ; ils se rattrapent sur le goûter et le dîner.

(Par Caroline Edavid, BIENSÛR Santé Magazine n°4 - Septembre 2007)

SOURCE : BIENSÛR Santé

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