Où en est le bio en France ?

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Où en est le bio en France ?

Le Conseil national de l’alimentation livre aujourd’hui le fruit de ses réflexions sur les produits issus de l’agriculture biologique. Un rapport empreint de bienveillance, qui souligne les aspects positifs et prometteurs du bio, sans masquer toutefois la difficulté de lui attribuer une nette supériorité sur les produits conventionnels, tant sur le plan nutritionnel que sur celui des bénéfices santé.

Le marché français des produits bio est en forte croissance depuis les années 2000. La production, qui s’est significativement accrue, reste toutefois en-deçà des potentialités, au regard des situations observées dans les pays voisins. Les pouvoirs publics fixaient au bio l’objectif d’occuper 6% de la surface agricole utile en 2012 et 20% en 2020. Les chiffres réels ont été de 2% en 2007 et 4% en 2013. En 2007, l’agriculture biologique représentait 2% des exploitations agricoles françaises, et un peu plus de 5% en 2013. Devenant peu à peu incontournable dans le paysage agricole, elle est une source d’inspiration pour l’agriculture conventionnelle.

Entre l’une et l’autre, une certaine convergence tend à s’opérer, en particulier sous la forme de l’agriculture raisonnée. Régie par une réglementation harmonisée au sein de l’Union européenne, l’agriculture biologique mise fortement sur les bénéfices environnementaux qu’elle est susceptible d’apporter. Dans l’espoir de devenir « la pointe la plus avancée de l’agriculture durable ».

Bio, nutrition et santé : des liens encore minces

On cherche aussi à savoir si le bio pourrait faire advenir d’éventuels bénéfices santé. Les recherches sont difficiles à conduire et les résultats encore très parcellaires. Un des arguments majeurs qui plaident pour le bio est celui d’une moindre exposition aux pesticides. Encore faut-il y regarder de près. Certes, 95% des produits bio ne contiennent pas de résidus détectables, alors que 40% des produits conventionnels en contiennent ; mais ces résidus n’atteignent pas les seuils réglementaires et au total 95% des produits conventionnels sont conformes à la réglementation. La présence de moins de contaminants dans les produits bio est surtout jugée intéressante si l’on prend en compte un possible « effet cocktail », lié au cumul de composés potentiellement néfastes.

Mais concernant la santé, il faut sans doute ne pas oublier de prendre en compte un environnement plus large, où l’on est exposé à des substances dont les effets néfastes, eux sont bien établis : tabac, phtalates, bisphénol A, etc. Au total, le rôle des produits agricoles dans l’augmentation de l’incidence des cancers est loin d’être démontré. Car cette augmentation a bien d’autres causes manifestes : la démographie en hausse, l’espérance de vie plus longue, les progrès du dépistage et du diagnostic, et l’exposition aux nombreux facteurs de risque dûment reconnus !

Pareillement, les avantages nutritionnels du bio restent difficiles à établir. On évoque une plus grande richesse en certains micronutriments et antioxydants, ou encore une teneur en lipides plus favorable. Mais on ne saurait oublier que les teneurs en nutriments varient beaucoup d’une espèce végétale et d’une race animale à l’autre. Et que la qualité finale d’un produit est liée à ce qui se construit où se détruit aux différents stades de sa transformation, conservation, et préparation culinaire.

Au total, le lien entre le bio et la santé, s’il mérite de continuer à être étudié de près, reste encore aujourd’hui scientifiquement très mince. L’impact de l’alimentation sur notre santé est à étudier en fonction de notre régime global, et non aliment par aliment. Il serait inexact de laisser entendre que 95% de ce que nous mangeons pose problème pour la santé et l’environnement. Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que ne pas manger bio est nuisible !

Vers le bio de grande consommation ?

Reste que, d’après diverses enquêtes, le nombre des nouveaux consommateurs a augmenté de 28% en deux ans. Un Français sur deux déclare consommer régulièrement des produits bio. Les raisons invoquées sont la santé (91%), la qualité des produits (91%), puis la préservation de l’environnement (86%). Les produits bio consommés sont surtout des fruits et légumes (83%), des produits laitiers (63%) et des oeufs (58%). Pour ce qu’on sait d’eux , les acheteurs ont généralement un bon niveau d’éducation et font plus d’activité physique.

Le principal frein est le prix, mais les intentions de consommation semblent en hausse. Si un consommateur sur trois fréquente les magasins spécialisés, le bio s’achète surtout de plus en plus dans les grandes et moyennes surfaces. La restauration collective publique est aussi investie, et il est projeté d’y inclure 20% de produits bio. Et de doubler la part de la production bio d’ici fin 2017. On serait ainsi en train de passer tranquillement du bio de niche au bio de grande consommation. Peut-être cette évolution rejaillira-t-elle sur les comportements de tous les consommateurs, en les incitant à privilégier les produits frais, de saison et autant que possible loco-régionaux…

(D’après l’Avis n° 74 du Conseil national de l’alimentation (CNA). « Le bio en France : situation actuelle et perspectives de développement ».)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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