On ne mange pas seulement parce qu'on a faim

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La consommation alimentaire ne dépend pas uniquement de l'appétit ou de l'impression de satiété. D'autres éléments de notre environnement nous poussent à manger plus (à manger moins). Petit inventaire avec France Bellisle, chercheur en nutrition.

« On ne mange pas seulement parce qu’on a faim » - Crédit photo : henrard.branchez-vous.comLa taille des portions Plus les parts sont grandes, plus on consomme. Certains marchands exploitent leur succès sur ce constat, confirmé par des études menées tant chez des enfants que chez des adultes.

La variété des saveurs, des couleurs, des formes... C’est un élément essentiel pour aiguiser, entretenir ou réveiller l’appétit au cours d’un repas. Vous êtes rassasié, vous n’en pouvez plus d’un plat de légumes ou de viande, mais il vous reste soudain de la place pour le fromage ou le dessert !

L’heure de la journée Elle modifie la taille des repas, le choix des aliments, l’effet de satiété... Sauf en France, où l’on mange plus lors du déjeuner, l’importance des repas a tendance à croître au long de la journée dans beaucoup de pays occidentaux, pour culminer au moment du dîner. Mais la satiété semble plus durable si l’on prend un bon petit-déjeuner : ceux qui mangent bien le matin mangent moins que ceux qui mangent surtout le soir. Et on a constaté que beaucoup d’obèses mangeaient peu le matin...

Le nombre de convives Plus il y a de personnes qui partagent un repas, plus il risque d’être abondant ! Il y a comme un effet d’entraînement, qui stimule le coup de fourchette. Peut-être aussi, avec la conversation, fait-on moins attention à ce qu’on mange. Petite nuance toutefois : on a tendance à manger plus quand on connaît bien les personnes dont on partage le repas. Et tendance à manger moins quand on ne les connaît pas.

La télé, la radio, le journal... Lorsqu’une distraction extérieure nous mobilise pendant le repas, nous pouvons augmenter de 15 % notre consommation sans nous en rendre compte et sans voir augmenter pour autant notre sensation de satiété. Plusieurs études montrent que les adultes comme les enfants mangent plus et plus souvent lorsqu’ils prennent leur repas devant la télévision. Sans parler des spots publicitaires qui incitent à manger et à boire !

Et bien d’autres occasions encore de manger plus ! D’autres éléments de l’environnement interviennent encore, dont on n’a pas mesuré tous les effets. La musique. La couleur des murs de la salle à manger. Le stress... Les personnes qui limitent volontairement leur consommation alimentaire pour contrôler leur poids seraient aussi plus vulnérables à toutes les stimulations de l’environnement : notamment à ce qui les distrait pendant qu’elles mangent.

En somme, il n’y a pas que la faim qui pousse à manger. En être conscient permettrait de ne pas en être victime, suggère France Bellisle.

(Médecine & Nutrition, volume 44, n° 1, p. 9-15.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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