Oméga 6, prise de poids et obésité : mise au point

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La controverse concernant les oméga 6 est déjà ancienne et a longtemps été alimentée par les prétendus effets inflammatoires des oméga 6. C'est maintenant l'obésité qui est au cœur du débat. Il est nécessaire de repositionner les éléments scientifiques car les oméga 6 sont très importants en santé publique. En effet, ils sont essentiels, leur déficience entraînant des maladies. Le point clé du débat est la balance entre les oméga 3 et 6.

Halte aux idées reçues

« Oméga 6, prise de poids et obésité : mise au point » - Crédit photo : www.fda.gov Depuis environ 25 ans, on encourage la consommation d’oméga 3 mais les apports en EPA et DHA n’ont pas beaucoup évolués, la consommation d’acide alpha-linolénique a elle diminué aux USA, principalement à cause de d’hydrogénation partielle dans les process industriels (cette pratique ayant aujourd’hui cessé, on peut s’attendre à observer une remontée de cette consommation).

L’obésité a par ailleurs dramatiquement évolué aux USA depuis environ 30 ans. On est passée de 10-15 % de la population générale touchée, à 35 % aujourd’hui.

Les causes principales sont, rappelons le :

  • Le nombre de calories consommées et en particulier à travers la taille des portions.

  • Les glucides raffinés, dont le sucre, et en particulier le sucre dans les boissons. Les soft drinks représentent aujourd’hui presque 10 % de l’apport calorique journalier aux USA. Les soft drinks sont à l’origine de l’augmentation énergétique de 100 à 150 calories par jour. A noter également que les recommandations ont par le passé visé à réduire la consommation des graisses, et par conséquent les produits alimentaire se sont vus remplacés les lipides par les glucides raffinés.

  • Le manque d’exercice mais ce paramètre a peu évolué depuis plusieurs années.

  • Et enfin, la diminution du sommeil commence à être incriminé à travers les conséquences sur la leptine et la ghréline, hormones connues pour leur rôle dans le mécanisme de la prise alimentaire. En effet, aux Etats-Unis, le temps de sommeil a diminué de 2 heures par nuit en moyenne depuis les vingt dernières années, en particulier chez les jeunes.
Dans le passé, on a beaucoup accusé les graisses, aujourd’hui, il y a un vrai consensus pour dire que la vraie question est autour du nombre de calories. Si on analyse les lipides dans le détail, le plus important ces dernières années a été la compréhension des acides gras trans et leurs conséquences dans les maladies cardiovasculaires, l’insulino résistance et l’obésité. Il n’y a aucune preuve concluante concernant le lien entre oméga 6 et prise de poids, de même le rapport oméga 6 / oméga 3 est secondaire.

La prise de poids doit être considérée comme un phénomène global essentiellement lié à un apport de calories total. La quantité est prioritaire sur la qualité. Concernant les oméga 3 et 6, la plupart des recherches sont centrées sur les maladies cardiovasculaires mais aussi sur l’insulino résistance. Elles ont montré entre autres que les acides gras polyinsaturés étaient bénéfiques dans le cadre du diabète : en remplacement d’un apport en acides gras trans, ils peuvent diminuer les risques de 40 ; par contre leur remplacement par des carbohydrates, en particulier raffinés, fait augmenter le risque. A noter que le remplacement des acides gras trans par des acides gras monoinsaturés n’a pas d’effet sur le niveau de risque étudié. Dans le domaine du risque cardiovasculaire, de nombreuses études ont montré une diminution efficace du risque par un apport significatif d’acides gras polyinsaturés, en particulier à un taux supérieur à 6,5 % de l’apport énergétique de la ration.

Concernant le risque de prise de poids, les études montrent que la quantité totale de lipides dans la ration n’est pas si importante que cela. Il est possible par contre que les acides gras trans soient associés à la prise de poids. C’est intéressant car cela indique que si, dans la ration, ils sont remplacés par des acides gras polyinsaturés, non seulement il n’y pas de risque de prise de poids mais qu’il y a un effet positif sur le risque de maladies cardiovasculaire et de diabète.

A fortiori, limiter les apports en oméga 6 dans le cadre d’un objectif de prévention de la prise de poids n’apparaît pas comme une bonne solution. Limiter les apports en oméga 6 serait avant tout limiter la prévention cardiovasculaire associée à leur consommation même très élevée.

(D’après une interview du Pr Frank B. Hu, Département de Nutrition et Épidémiologie, Harvard School of Public Health, Boston, USA, réalisée le 13 mars à Boston, Massachussetts - Nutripratique thématique : "Les acides gras polyinsaturés oméga 6 et oméga 3 au coeur du débat" - Mars 2009)

Quelles recommandations pour les patients ?

Les données épidémiologiques ne montrent aucun lien entre oméga 6 et prise de poids. En particulier en Israël où la consommation d’oméga 6 est très importante, le taux d’obésité n’est pas plus élevé qu’en France. On constate par ailleurs qu’en Grèce l’obésité progresse rapidement alors que le régime méditerranéen est prédominant. Les oméga 6 n’ont pas leur place dans le cadre de la prévention de la prise de poids et de l’obésité ou dans le cadre de la diététique de l’obèse, le port du podomètre serait plus adapté !

L’ennemi de l’obésité est la quantité totale de calories et la balance énergétique et non la qualité de ces calories. Dans le cadre de la diététique de la perte de poids, les recommandations les plus efficaces sont les plus simples et les plus globales : l’importance de manger avec plaisir, l’importance du « Lifestyle >, global, l’importance de la balance énergétique globale.

La diminution des acides gras trans est égale- ment indispensable mais elle doit concerner les produits industriels et non les recomman- dations aux consommateurs et aux patients. Si l’on sait que les lipides circulants et cellulaires ont a voir avec les maladies cardiovasculaires, on connaît mal aujourd’hui comment les lipides de la ration sont liés à ces lipides dans notre organisme. La part de la génétique individuelle est par ailleurs non négligeable. On se pose parfois de mauvaises questions

Le ratio oméga 6 / oméga 3

Le ratio oméga 6 / oméga 3 n’est pas un bon outil de recommandation. Les consommateurs, les patients ne peuvent pas s’en servir, ils ne le comprennent pas. Si le ratio était important, des bas niveaux d’oméga 3 et d’oméga 6 devraient générer les mêmes effets que les hauts niveaux à ratio égal et aucune étude chez l’homme n’a jamais démontré cela. Il faut se poser les bonnes questions : l’augmentation de la consommation des oméga 3 en est une.

Les oméga 3 nécessitent des recommandations de consommation simples en particulier pour l’EPA et le DHA et éventuellement pour la somme des deux. De plus, la consommation d’oméga 3 doit être encouragée à travers des conseils simples comme la consommation de poissons gras deux fois par semaine et l’utilisation d’huile de colza. Enfin le niveau recommandé d’oméga 6 doit être augmenté dans le cadre de la prévention cardiovasculaire et du diabète.

(D’après une interview du Pr Frank Sacks Brigham & Women’s Hospital, Cardiovascular Division and Channing Laboratory, Department of Medicine - Boston, USA réalisée le 9 mars à Jérusalem, Israël - Nutripratique thématique : "Les acides gras polyinsaturés oméga 6 et oméga 3 au coeur du débat" - Mars 2009)

SOURCE : DIETECOM

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