Oeuf, arachide, lait, poisson, noix... l'allergie repasse toujours les plats

lu 5986 fois

Ne pas pouvoir manger « comme tout le monde », c'est - dans notre pays particulièrement - un véritable handicap social. Et un handicap qui commence tôt puisque les enfants sont significativement plus touchés que les adultes.

« Oeuf, arachide, lait, poisson, noix... l’allergie repasse toujours les plats » - Crédit photo : www.eufic.org Il y a quelques années encore, il n’existait pas de code spécifique pour l’allergie dans la « Classification internationale des maladies ». Difficile dans ces conditions d’obtenir des données fiables sur les accidents allergiques alimentaires sévères nécessitant une hospitalisation.

C’est chose faite aujourd’hui et on peut dire que cela était nécessaire, tant ce que les scientifiques nomment « la prévalence » des allergies alimentaires est en augmentation. Dans la population générale, plus de 3% d’individus souffrent en effet d’allergies alimentaires évolutives, le plus souvent associées à une allergie respiratoire. Mais, ce sont les enfants qui sont les plus mal lotis avec une prévalence estimée aujourd’hui à 8%.

Démêler le pourquoi du comment

On a cherché... mais on n’a pas trouvé. Il semble qu’il n’existe pas de données fiables concernant la part des allergies alimentaires au regard de l’ensemble des allergies. Comment expliquer alors un diagnostic de plus en plus fréquent en lien avec les aliments ? Le monde scientifique et médical ne parle pas encore d’une seule voix.

Pour certains, ce diagnostic fréquent provient tout simplement d’une vigilance accrue des professionnels de santé. Si cette vigilance ne peut être niée, l’explication est quand même un peu courte...

Selon d’autres, c’est l’exposition précoce des nourrissons à une plus grande variété d’allergènes, voire une sensibilisation du foetus durant la grossesse qui seraient en cause. Troisième explication, fréquemment avancée : les modifications de la capacité allergisante des aliments pendant leur transformation industrielle.

En réalité, Une hypothèse semblerait devoir s’imposer... si elle n’était pas politiquement incorrecte. Les contraintes sociales et économiques ont en effet largement contribué à la désaffection croissante à l’égard de l’allaitement maternel. Or, le lait maternel, sans être l’aliment idéal du nourrisson (il peut contenir certains allergènes) contient incontestablement des facteurs de croissance qui facilitent la maturation de la muqueuse intestinale et des anticorps contribuant au développement de la barrière immunologique.

Pas très « soixante-huitarde », cette ode au sein maternel ; mais une étude menée sur 1 000 nourrissons démontrait déjà en 1990 que l’introduction de plus de 4 aliments avant l’âge de 4 mois multipliait par 3 le risque d’apparition d’un eczéma !

Une attention de tous les instants

La mondialisation de l’économie constitue un sujet brûlant auquel on pourrait ajouter au moins un autre objet de mécontentement : l’extension impressionnante de la gamme de denrées alimentaires exotiques disponibles toute l’année. Le sésame, à lui seul, représente aujourd’hui 4,4% des allergies alimentaires des adultes, contre 0,7% il y a une dizaine d’années...

L’industrie alimentaire est à ce point mise sur la sellette actuellement qu’il est presque indécent de continuer à lui taper sur la tête, mais, tant pis : la fabrication en énormes séries nécessite de faire appel à des ingrédients nombreux et parfois à des allergènes d’autant plus dangereux qu’ils avancent masqués. Ce sont, soit des ingrédients protéiques (blanc d’oeuf, poudre de lait, caséine, farine de lupin...), soit même des contaminations survenues lors des récoltes, du stockage, du conditionnement.

Le fait que ces allergènes-snipers se cachent derrière un packaging muet ou illisible ne leur donne évidemment pas un pouvoir allergique supérieur mais leur consommation fréquente, sinon quotidienne peut accentuer progressivement la sensibilisation. Et là, danger. Bon appétit quand même !

Au hit parade des allergènes...

A l’origine des allergies alimentaires, on trouve le plus souvent les aliments suivants :

  • Le gluten
  • Les arachides
  • L’oeuf
  • Les produits de la mer (poissons et fruits de mer)
  • L’abricot, la cerise, le coing, la pêche, la prune, les olives
  • Le lait de vache
  • Le soja
  • Le céleri, l’anis, la carotte, le cerfeuil, le cumin, le fenouil
  • Et tous leurs produits dérivés...

En ce qui concerne l’enfant, les principaux allergènes sont :

  • L’oeuf (34% des causes d’allergies)
  • L’arachide (25%)
  • Le lait (9%)
  • Le poisson (5%)
  • Les noix (3%)
  • Les crustacés (2%)
  • Le blé (2%)
  • Le kiwi (1%)
  • La moutarde (1%)
  • Le soja

Maux croisés

Les allergies croisées correspondent à des manifestations cliniques allergiques dues à des allergènes différents. Le plus souvent, les signes de pollinose (allergie aux pollens) précèdent ceux de l’allergie alimentaire. Les réactions croisées les plus classiques sont celles liées aux :
  • pollens de bétulacées (bouleau, aulne, noisetier) avec les fruits et légumes de la famille des prunoïdées (pommes, poires, certains fruits rouges comme les fraises ou les framboises, ...) et/ou avec les amandes, les noisettes et le kiwi ;
  • pollen d’armoise avec les ombellifères (céleri et certaines épices).

Latex - aliments, sortez couverts : les aliments présentant une réaction croisée avec le latex sont l’avocat, la banane, le kiwi et la châtaigne. On n’est jamais trop prudent.

Allergène génétiquement modifié

Bel exemple de principe de précaution oratoire officiel du Ministère de la Santé, cuisiné sur le site www.sante.gouv.fr : « Il n’est pas exclu que les aliments génétiquement modifiés ou issus d’organismes génétiquement modifiés (OGM) puissent être sources d’allergies alimentaires (...). Cependant, les études réalisées ne permettent pas de conclure si les aliments issus d’OGM sont plus ou moins allergisants que les aliments traditionnels correspondants. »

(BIENSÛR Santé Magazine n°8)

SOURCE : BIENSÛR Santé

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s