Obésité : mythes, croyances et réalités

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De nombreux mythes et croyances à propos de l’obésité persistent dans la littérature et la presse malgré l’absence de preuves scientifiques. Un article scientifique co-signé par 20 chercheurs vient de recenser les principales croyances relatives à l’obésité en les classant en trois catégories selon qu’elles soient fausses, possibles mais non prouvées ou bien avérées et bien démontrées scientifiquement.

De nombreuses affirmations au sujet du surpoids et de l’obésité existent dans la littérature et la presse. Certaines ne sont que des mythes infondés, d'autres de simples présomptions qui restent encore à prouver tandis qu'un certain nombre de notions sur l’obésité paraissent bien démontrées par les études scientifiques et pourraient être considérées comme des faits avérés.

C'est ce que viennent de mettre en lumière une vingtaine de chercheurs à travers un article scientifique (*) dont les principales conclusions reprises ici ne remettent pas en cause les recommandations du PNNS. Les conseils diététiques doivent toutefois être adaptés à chaque patient selon sa personnalité, ses habitudes et sa motivation...

Mythes et idées reçues

Des changements modérés et durable de l’apport ou de la dépense énergétique conduisent à des changements de poids importants sur le long terme

Les modifications d’apport ou de dépense énergétiques induisent des variations de composition corporelle qui elles-mêmes modifient le besoin énergétique. Une marche quotidienne consommant 100 Kcal entraînera une perte de poids de 4,5 kg sur 5 ans (moins de 1 kg par an).

Fixer des objectifs réalistes est important pour ne pas frustrer et décourager le patient

C’est une hypothèse raisonnable mais les données empiriques ne le confirment pas. De plus, des études ont montré que, dans certains cas, des objectifs plus ambitieux peuvent être associés à des pertes de poids plus importantes.

Les pertes de poids importantes et rapides donnent de moins bons résultats sur le long terme que les pertes de poids progressives

Les études qui comparent les pertes de poids sur le long terme (>1an) ne trouvent pas de différence significative entre les deux approches.

Evaluer en premier lieu si le patient est « psychologiquement prêt » à perdre du poids est important

On ne retrouve pas d’association entre le fait d’être « prêt » et la perte de poids ou l’adhérence au traitement.

Le sport à l’école est important pour prévenir l’obésité

L’activité physique pratiquée uniquement à l’école n’a pas montré d’efficacité. Une participation ponctuelle ne suffit pas, l’activité physique doit être poursuivie à la maison et elle doit être encouragée par les parents.

L’allaitement maternel protège de l’obésité

Bien que cette croyance soit défendue par l’OMS, des études, notamment un essai randomisé contrôlé (n>13000 enfants suivi pendant 6 ans), ne fournissent aucune preuve d’un éventuel effet de l’allaitement sur l’obésité. L’allaitement maternel reste bien sûr potentiellement bénéfique pour d’autres raisons.

Activité sexuelle et dépense énergétique

L’activité sexuelle est comparable à une marche à allure modérée et un rapport dure en moyenne 6 minutes. Cela correspond à une dépense énergétique de seulement 21 Kcal par relation sexuelle pour un homme d’une trentaine d’année …

Présomptions qui restent à prouver

Ne pas sauter le petit déjeuner et le prendre régulièrement joue un rôle protecteur contre l'obésité

Dans deux études randomisées contrôlées, le fait de manger ou non un petit déjeuner ne semble pas être lié au surpoids. Ceci étant, dans l’une d’elle, le saut du petit déjeuner aurait un effet différent selon que les participants aient eu l’habitude d’en prendre ou pas au début de l’étude.

C’est durant l’enfance que les habitudes alimentaires influençant le poids tout au long de la vie sont acquises

Bien que l’IMC d’un enfant tende à rester du même ordre de grandeur lorsqu’il devient adulte, rien ne prouve que l’obésité adulte soit liée aux habitudes alimentaires acquises tôt dans l’enfance. Les facteurs génétiques sont peut-être plus en cause.

Manger des fruits et légumes permet de perdre du poids

La consommation de fruits et légumes a des avantages pour la santé. Mais si aucun autre changement alimentaire n’accompagne une consommation augmentée de fruits et légumes une prise de poids est toujours possible.

Les variations de poids (effets « yoyo ») sont associées à une augmentation de la mortalité

Le taux de mortalité est plus faible chez les personnes dont le poids est stable comparé à ceux dont le poids varie souvent. Cette observation pourrait être due à des facteurs de santé confondants et non aux variations de poids.

Grignoter contribue à une prise de poids et à l’obésité

Aucune association directe n’a été montrée entre le grignotage et l’obésité ou l’augmentation de l’IMC. Une consommation de calories en snack conduit à une prise de poids uniquement si elle n’est pas compensée lors des repas.

Le type d’urbanisme, l’environnement et la disponibilité d’espace verts jouent un rôle dans l’obésité

Aucune étude d’observation n’a prouvé de lien cohérent entre le type d’environnement (urbain ou rural, avec ou sans trottoirs, avec ou sans parcs…) et risque d’obésité.

Faits bien démontrés sur l’obésité

Les facteurs génétiques jouent un rôle important dans le risque d’obésité, mais hérédité ne signifie pas destinée. La modification des habitudes alimentaires peut être aussi efficace que les médicaments les plus efficaces

Des réductions cliniquement significatives de l'obésité peuvent être réalisées en identifiant et en influençant les habitudes de vie des patients.

Une alimentation hypocalorique est très efficace pour perdre du poids mais essayer de se mettre au régime ou en recommander un à quelqu’un n’est pas efficace sur le long terme

Il faut faire la distinction entre créer un déficit calorique et se mettre au régime. « Manger plus de végétaux » ou « faire un petit déjeuner » peuvent, par exemple, être efficace si cela entraîne par ailleurs une baisse de l’apport énergétique.

Quelles que soit la corpulence ou la perte de poids, une augmentation du niveau d’activité physique est bonne pour la santé

L'activité physique est un moyen d'atténuer les effets nocifs pour la santé de l'obésité, même en l'absence d’une perte de poids.

Pratiquer une activité physique régulière facilite le maintien du poids à long terme

En vue d’une perte de poids notamment chez un enfant, l’activité physique est efficace, mais à condition qu’elle soit pratiquée avec une intensité, une fréquence et une durée suffisantes. La simple participation ne suffit pas.

Poursuivre des habitudes qui conduisent à une perte de poids assure le maintien du poids à long terme

L'obésité est une affection chronique qui nécessite des efforts constants pour maintenir la perte de poids sur le long terme.

Chez des enfants en surpoids, les programmes qui impliquent les parents et le milieu familial garantissent une perte de poids plus grande ou plus durable

Les programmes de lutte contre l’obésité qui impliquent les parents et sont délivrés à domicile, donnent de meilleurs résultats que ceux uniquement à l’école ou dans les structures spécialisées.

Des repas déjà composés ou la consommation de substituts de repas permet une plus grande perte de poids

S’attacher à améliorer la structure des repas est plus efficace que les programmes trop conceptuels basés sur de simples conseils d’équilibre, de variété et de modération.

Il est cliniquement prouvé que certains médicaments peuvent aider à perdre du poids et que la perte de poids est maintenue tant que le traitement continue

Dans la prise en charge de l’obésité, les changements d’habitudes alimentaires peuvent être accompagnés d’un traitement médicamenteux efficace.

Chez certains patients, la chirurgie bariatrique permet une perte de poids durable et une diminution du risque de diabète et de la mortalité

En cas d’obésité majeure, la chirurgie bariatrique peut changer une vie et même la sauver.

On peut légitimement s'interroger ici sur la quasi absence de liens étudiés entre la qualité de l'alimentation consommée (production, élevage, transformation, etc.) et la survenue éventuelle du surpoids et de l'obésité ! Mais ceci est une toute autre question que la grande majorité des acteurs des filières agroalimentaires mondiales ne souhaitent en aucun cas aborder (ni financer) en toute transparence...

(*) Casazza K, Fontaine KR, Astrup A, Birch LL, Brown AW, Bohan Brown MM, Durant N, Dutton G, Foster EM, Heymsfield SB, McIver K, Mehta T, Menachemi N, Newby PK, Pate R, Rolls BJ, Sen B, Smith DL, Thomas DM and Allison DB. (2013).Myths, Presumptions, and Facts about Obesity. The New England Journal of Medicine; 368:446-454. DOI: 10.1056/NEJMsa1208051.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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