Obésité morbide et gènes manquants

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Des fragments d'ADN sont absents chez certaines personnes souffrant d'obésité morbide, ont découvert des chercheurs du Collège impérial de Londres et une équipe internationale composée de scientifiques de l'Université McGill. Ces résultats, observés chez une proportion faible quoique considérable de sujets obèses, sont publiés dans la revue Nature. Les auteurs de l'étude affirment que l'absence de fragments d'ADN, tel que celui identifié à l'issue de leurs travaux, pourrait avoir un effet spectaculaire sur le poids.

« Obésité morbide et gènes manquants » - Crédit photo : www.jde.fr Les chercheurs ont découvert que l'absence de sections d'ADN, soit l'équivalent d'environ 30 gènes, concernerait près de sept cas d'obésité morbide sur mille. Selon les données recueillies, ce type de variation génétique n'a pas été observé chez les personnes dont le poids est normal.

L'obésité morbide désigne un indice de masse corporelle (IMC) de plus de 40 et touche un peu plus de deux pour cent des Nord-Américains. Les chercheurs estiment que les problèmes de poids d'environ une personne atteinte d'obésité morbide sur vingt sont dus à des variations génétiques connues, dont des mutations et fragments d'ADN manquants. Selon l'équipe de recherche, nombre de mutations similaires restent à caractériser, comme celle découverte dans le cadre de cette étude.

Des recherches antérieures ont permis d'identifier plusieurs variations génétiques contribuant à l'obésité, dont la plupart sont des mutations uniques dans l'ADN qui modifient la fonction d'un gène donné. La recherche publiée aujourd'hui est la première à démontrer clairement que l'obésité chez des personnes par ailleurs en bonne santé peut être causée par une variation génétique rare, caractérisée par l'absence d'un fragment d'ADN. Les chercheurs ne connaissent pas encore la fonction des gènes manquants, mais des recherches antérieures laissent penser que certains d'entre eux pourraient être associés à des retards de développement, à l'autisme et à la schizophrénie.

L'humain hérite de deux copies de leur ADN, l'une de sa mère et l'autre de son père. Parfois, l'absence d'une copie d'un ou de plusieurs gènes (comme c'est le cas des personnes étudiées dans le cadre de cette étude) peut avoir un effet dévastateur sur l'organisme.

Les chercheurs pensent qu'il pourrait exister d'autres délétions génétiques, en plus de celles identifiées aujourd'hui, augmentant le risque d'obésité. Ils espèrent que l'identification des variations génétiques à l'origine de l'obésité sévère pourra leur permettre de concevoir des tests génétiques grâce auxquels l'on déterminera le meilleur traitement à prescrire.

« Bien que l'augmentation récente des cas d'obésité dans les pays développés soit attribuable à des facteurs environnementaux, tels que l'abondance d'aliments mauvais pour la santé et le manque d'activité physique, les différences dans la manière dont les personnes répondent à ces facteurs sont souvent d'ordre génétique. Il est de plus en plus évident que la prise de poids observée chez certains sujets atteints d'obésité morbide est liée à une cause génétique sous-jacente. Identifier ces personnes par des tests génétiques nous permettrait de leur offrir une prise en charge et des interventions médicales appropriées, comme une chirurgie digestive, pour améliorer leur santé à long terme », a déclaré l'auteur principal de cette étude, le professeur Philippe Froguel de l'École de santé publique du Collège impérial de Londres.

La prochaine étape de cette recherche sera de déterminer la fonction des gènes manquants. Dans la mesure où des études antérieures ont évoqué la possibilité que certains gènes puissent être associés à des retards de développement, à l'autisme et à la schizophrénie, les chercheurs comptent également se pencher sur les liens possibles entre ces maladies et l'obésité.

Pour Robin Walters, de l'École de santé publique du Collège impérial de Londres, premier auteur de cette étude, une multitude de variations reste à découvrir, comme la délétion identifiée dans le cadre de cette étude. « Bien que rare sur le plan individuel, l'effet conjugué de plusieurs variations de ce type pourrait expliquer en grande partie le risque génétique d'obésité sévère observé dans certaines familles. Les influences génétiques identifiées antérieurement sur la prise de poids ont un effet beaucoup moins radical, de l'ordre de quelques kilos à peine. En étudiant des groupes de personnes atteintes d'obésité sévère, nous aurons plus de chances de trouver ces variations génétiques rares. »

« Au cours des trois dernières années, nous avons enregistré des avancées fantastiques dans les connaissances sur les variations génétiques courantes et leur rapport avec la survenue de certaines maladies chroniques comme le diabète et les légères différences observées quant à la taille et au poids des sujets. La variation génétique identifiée dans le cadre de cette étude est nettement plus rare, mais elle a toutefois des conséquences davantage marquées sur le poids corporel des personnes concernées », indique le Dr Robert Sladek du Centre d'innovation Génome Québec-Université McGill de Montréal.

(R. G. Walters & al. "A new highly penetrant form of obesity due to deletions on chromosome 16p11.2". Nature 463, 671-675 (4 February 2010) | doi:10.1038/nature08727.)

SOURCE : Université McGill

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