Obésité : les enseignements de l'Enquête ObÉPI

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La 5ème édition de l’enquête ObÉPI, menée chez 25 000 adultes, révèle qu’il y aurait en France 14,5 % d’obèses, soit 6,5 millions de personnes. Il y en avait seulement 8,5 % en 1997. Depuis 1997, l’enquête ObÉPI-Roche (*) permet de suivre l’évolution du surpoids et de l’obésité dans la population adulte française. Principaux résultats commentés par le Dr Marie-Aline Charles, épidémiologiste, directeur de recherche à l’Inserm (U780, Villejuif).

« Obésité : les enseignements de l'Enquête ObÉPI » - Crédit photo : www.weightlosssurgerychannel.com L’obésité continue à progresser dans toutes les tra nches d’âge, et encore plus chez les femmes que chez les hommes. Elle augmente aussi avec l’âge et atteint un pic chez les 55- 64 ans : 20,1 % chez les hommes et 19,5 % chez les femmes. Elle touche encore 16 % des 75-79 ans et 11 % des plus de 80 ans. Enfin, elle a aussi franchement augmenté ces trois dernières années chez les jeunes adultes. Les disparités régionales se confirment : le Nord est la région qui compte le plus d’obèses (20,5 %), suivie par l’Est (17 %) et le Bassin parisien (16,5 %). Les disparités sociales aussi : si l’obésité touche toutes les couches de la société à l’exception des foyers à très hauts revenus, elle est plus fréquente (22 %) dans les populations à bas revenus.

Le surpoids à lui seul reste stable : il concerne 32 % des Français (38,5 % des hommes et 26 % des femmes). Mais la maigreur a tendance à être de moins en moins fréquente...

Comment expliquer l’évolution entre 1997 et aujourd’hui et qui menace-t-elle principalement ?

L’augmentation régulière de la prévalence de l’obésité a commencé chez l’adulte dès les années 90. Les personnes qui arrivent aujourd’hui dans les tranches d’âge qui contribuent le plus au nombre total d’obèses dans notre pays sont nées dans les années 60. Or, entre 1960 et 2000, l’indice de masse corporelle (IMC) et la prévalence de l’obésité des enfants ont augmenté régulièrement. Nous allons assister encore pendant quelques décennies à l’arrivée de toutes ces générations dans lesquelles un nombre croissant de personnes ont développé un surpoids dès l’enfance ! L’obésité est une maladie chronique, dont on ne guérit pas facilement : elle s’aggrave avec la durée d’exposition et donc avec la longévité. Les seniors sont aujourd’hui concernés de manière importante. L’augmentation de l’espérance de vie touche également les personnes obèses qui vivent donc plus longtemps mais avec des handicaps liés à leur maladie.

L’augmentation plus rapide de l’obésité constatée chez les femmes est peut-être liée à une propension plus grande à développer de la masse grasse : l’IMC reflète plus facilement la masse grasse chez la femme que chez l’homme. Enfin, l’obésité concerne maintenant de plus en plus de jeunes adultes, qui connaissent une prévalence d’obésité nettement supérieure à celle de leurs parents au même âge. Pour la génération née à la fin des années 70, la prévalence de 10 % d’obèses sera atteinte vers l’âge de 30 ans. Une prévalence similaire a été atteinte vers 49 ans pour la génération née après guerre. De génération en génération, on devient obèse de plus en plus tôt.

Qu’en conclure sur les messages nutritionnels et les politiques de santé publique ?

Il ne faut surtout pas prendre argument de l’augmentation persistante de la prévalence de l’obésité (qui s’explique en grande partie par l’effet « temps »), pour abandonner toute action préventive. Nous sommes vraisemblablement encore un peu novices en matière de prévention de l’obésité. Les stratégies actuelles méritent sans doute d’être complétées, diversifiées et surtout correctement évaluées.

(*) Enquête ObÉPI-Roche, à l’initiative des Laboratoires Roche en partenariat avec la TNS Healthcare SOFRES.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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