Obésité : la flore intestinale est-elle une part de l'explication ?

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Des travaux récents suggèrent que la flore intestinale pourrait intervenir dans le contrôle du poids et la modulation de cette flore par les probiotiques semble constituer une approche intéressante dans le traitement du surpoids et de l'obésité. Que sait-on aujourd'hui sur cette flore ? Eclairage et explications du Docteur Gérard Corthier, directeur de l'unité écologie et physiologie du système digestif à l'INRA.

« Obésité : la flore intestinale est-elle une part de l’explication ? » Ses effets positifs sur la santé sont reconnus. La flore intestinale, appelée aujourd’hui microbiote, est constituée de très nombreuses bactéries. Certaines d’entre elles protègent l’organisme des agressions des bactéries pathogènes apportées par les aliments et stimulent le système immunitaire. La « bonne santé » dépend de l’équilibre du microbiote. Cet univers bactérien est d’une extraordinaire diversité d’un individu à l’autre mais aussi chez un même individu. Il est néanmoins possible de distinguer des grands groupes de bactéries et d’étudier leurs similitudes dans les microbiotes humains.

Concernant le contrôle du poids, c’est l’équilibre entre deux grands groupes bactériens - le groupe des Firmicules et le groupe des Bacteroidetes - qui semble jouer un rôle. Chez un adulte non obèse, ces deux groupes de bactéries sont dans un rapport de 10/1. Chez un adulte obèse, ils sont dans un rapport de 100/1 !

Comment peut-on affirmer que le microbiote joue un rôle dans l’obésité ?

Des travaux expérimentaux montrent que des souris « anormales » dépourvues de microbiote ont une consommation alimentaire plus élevée mais beaucoup moins de masse grasse que les souris « normales » (avec microbiote). Si l’on transfère le microbiote des souris normales aux souris sans microbiote, ces dernières se mettent à grossir.

La présence du microbiote permet de tirer plus d’énergie de aliments, par exemple de digérer partiellement les fibres alimentaires. Elle stimule aussi l’assimilation des lipides et favorise le « stockage ». Cet exemple extrême ne signifie pas qu’il suffirait de supprimer le microbiote pour maigrir, ce qui serait absurde, mais qu’il intervient dans la gestion des calories.

Chez les souris comme chez les hommes, l’obésité est ainsi associée à des modifications qualitatives du microbiote, avec ce même rapport déséquilibré (100/1) entre les deux groupes de bactéries dont je vous ai parlé.

Peut-on modifier ce rapport grâce à l’alimentation ?

Avec un régime pauvre en graisses, ce rapport Firmicules / Bacteroidetes se modifie dès qu’une perte de poids de 6 % est obtenue. Avec un régime pauvre en sucres, il suffit d’une perte de poids de 2 %.

Des travaux expérimentaux suggèrent que c’est la modification de ce rapport qui serait la cause (et non la conséquence) de la perte de poids. On peut penser que l’évolution humaine, depuis les temps où la nourriture était insuffisante, a conduit le microbiote à extraire le maximum d’énergie d’une alimentation peu abondante. Face à une alimentation pléthorique, le microbiote pourrait partiellement expliquer l’épidémie d’obésité, à côté de la génétique et des comportements alimentaires...

Il devient dès lors tentant de rechercher les conditions alimentaires qui permettraient d’obtenir un microbiote plus équilibré, susceptible d’influer favorablement sur le contrôle du poids. Parmi les pistes intéressantes figure celle des prébiotiques : certains d’entre eux d’origine végétale ou certains composants du lait suscitent des espoirs.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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