Obésité : la faute de l'environnement ?

lu 3139 fois

Les messages sur l'importance d'une alimentation équilibrée et de l'activité physique pourront être répétés jusqu'à plus faim, le problème de l'obésité persistera tant que nous vivrons dans un environnement si favorable à un bilan calorique positif. Voilà la conclusion qui s'impose au terme de la Chaire publique de l'AELIÉS sur « la light attitude dans une société de fast food », qui s'est déroulée le 23 novembre à Québec. Ainsi les changements survenus depuis trente ans dans l'environnement physique et social seraient en bonne partie responsables de la progression de l'obésité.

L'arithmétique est pourtant simple, a rappelé Simone Lemieux, professeure au Département des sciences des aliments et de nutrition et chercheuse à l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels. «Si nous consommons plus de calories que nous en dépensons, notre corps emmagasine les surplus, essentiellement sous forme de graisses.» Mais le message ne semble pas passer. En guise d'exemple, la chercheuse a cité une étude dans laquelle on demandait aux participants quelle collation avait le plus grand pouvoir engraissant : une minitablette de chocolat de 47 kcal ou une collation de 420 kcal composée de deux bananes et deux poires. Même si le contenu calorique de chaque collation était précisé dans la question, les répondants estimaient que le chocolat était plus engraissant.

Une autre preuve de l'influence de l'environnement sur la prise de poids : l'abondance relative des restaurants-minute et des dépanneurs par rapport aux épiceries dans un rayon de 800 mètres autour du lieu de résidence est un facteur de risque d'obésité.

Paul Boisvert, coordonnateur de la Chaire de recherche sur l'obésité de l'Université Laval, estime que l'industrie alimentaire a bien su exploiter l'un des maux de notre époque, le manque de temps, pour nous refiler, à la maison et dans les chaînes de restauration-minute, des aliments transformés dont la valeur nutritive est discutable. « Le coût de ces aliments est souvent moindre que celui des aliments santé et il n'est pas nécessaire d'avoir des connaissances en cuisine pour les préparer. L'environnement conditionne nos choix. » L'autre plateau de la balance énergétique n'est pas plus réjouissant, constate-t-il. « À peine le tiers de la population adulte est active physiquement. »

Des enfants inactifs

Et les enfants ne font guère mieux, montrent les données présentées par Natalie Alméras, du Centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. « Seulement un enfant sur huit s'adonne à des jeux actifs cinq fois par semaine à l'extérieur de l'école. » Ce faible niveau d'activité n'est pas étranger au fait que, depuis 30 ans, la prévalence de l'obésité a triplé chez les enfants. « Les parents ont la responsabilité d'offrir une alimentation variée et de qualité à leurs enfants, mais ils ont aussi le devoir d'agir comme modèles en adoptant de saines habitudes de vie », estime la chercheuse.

L'environnement a bon dos, mais qu'est-il advenu de la bonne vieille responsabilité individuelle ? « C'est sûr que chaque personne est responsable de ses choix, admet Simone Lemieux. Il y a des facteurs personnels qui entrent en ligne de compte dans les comportements alimentaires et dans la pratique de l'activité physique. Mais, contrairement à la nature humaine qui n'a pas changé au cours des dernières décennies, l'environnement a connu des transformations qui l'ont rendu plus obésogène. Il faut en tenir compte dans les interventions visant à contrer l'obésité. »

(Par Jean Hamann - Le journal de la communauté universitaire - Volume 47 - numéro 13 - 01 décembre 2011)

SOURCE : Université Laval

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s