Obésité infantile : une régulation de la publicité alimentaire est indispensable

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L’obésité a doublé en 20 ans dans l’ensemble des pays industrialisés. Alors qu'un tiers de la population américaine est obèse, 17% des adultes et 3 à 4 % des enfants sont également concernés par ce fléau en France. Les raisons de cette épidémie d’obésité sont évidemment multiples. Dans ce contexte multifactoriel, un collectif de 22 sociétés médicales d'experts et de spécialistes réclame donc que le débat sur la régulation de la publicité alimentaire aux heures de grande écoute par les enfants doit être réouvert.

« Obésité infantile : une régulation de la publicité alimentaire est indispensable » - Crédit photo : Wikipédia Nos sociétés sont plus sédentaires et les habitudes alimentaires ont considérablement évolué. L’OMS est préoccupée comme le sont d’ailleurs la plupart des pays européens (dont la France) qui ont signé en 2006 une charte sur la lutte contre l’obésité [1]. Cette charte stipule « que l’impact sur les objectifs de santé publique devrait être une considération prioritaire lors de l’élaboration des politiques économiques », « que les mesures doivent s’articuler autour du principal domaine d’activité concerné, par exemple la production, le marketing et les informations sur les produits, ... ».

Le Monde a publié le 17 février 2010 le point de vue de Mme Kelly, membre du conseil supérieur de l’audiovisuel [2]. Ce texte aborde la question de la publicité alimentaire télévisée vue par les enfants. Analysant la situation de l’obésité dans les pays ayant pris des mesures contraignantes, Mme Kelly tire la conclusion que « si la suppression de la publicité alimentaire dans les programmes pour enfant est loin d’être un instrument efficace dans le combat contre l’obésité, ses conséquences économiques seraient en revanche certaines sur notre secteur audio-visuel structurellement sous-financé ».

Ce n’est pas le point de vue des scientifiques. L’OMS considère comme « probable » voire « convaincant », le lien entre la survenue de maladies et la publicité pour les produits alimentaires de haute densité énergétique (aliments essentiellement gras et/ou sucrés apportant beaucoup de calories dans un faible volume). Ces aliments ne sont en aucun cas condamnables en eux-mêmes mais leur consommation excessive peut à terme poser des problèmes de santé.

Cette charte OMS a été élaborée à partir d’un rapport [3] revu notamment par l’IOTF (International Obesity Task Force, structure chargée des politiques de l’Association Internationale pour l’étude de l’Obésité composée de 10 000 scientifiques spécialistes de l’obésité répartis dans 55 pays). Le rapport souligne que la grande majorité des publicités alimentaires, présentées lors de programmes destinés aux enfants, encouragent la consommation d’aliments et de boissons de haute densité énergétique. De nombreux travaux scientifiques [4,5,6] concluent que la publicité alimentaire a un impact sur les préférences alimentaires des enfants et sur les comportements d’achat. Il ne faut pas en être surpris, c’est l’objet même de la publicité.

La régulation de la publicité aux heures de grande écoute par les enfants est une mesure de cohérence. Elle a pour objectif, en synergie avec les multiples actions de favoriser des comportements alimentaires et une hygiène de vie favorables à la santé et à l’inverse de réduire les comportements à risque nutritionnel. Il s’agit de ne pas favoriser la promotion d’aliments pouvant contribuer à un excès de consommation de sucre, de gras ou de sel, c’est-à-dire une recommandation de santé publique reprise dans tous les pays du monde et relayée en France par le PNNS [7].

Les sociétés savantes signataires demandent au moment où des mesures doivent être annoncées prochainement par le Président de la République que le débat sur la régulation de la publicité alimentaire aux heures de grande écoute par les enfants soit réouvert.

Références :

  1. Charte européenne sur la lutte contre l’obésité EUR/06/5062700/8 16 novembre 2006, Istanbul.
  2. Christine Kelly. Lutte contre l'obésité infantile : Les paradoxes de la télévision, partenaire d'une régulation à la française. Journal Le Monde du 17 février 2010
  3. The challenge of obesity in the WHO European region and the strategies for response : summary. F. Branca, H.Nikogosian and T. Lobstein, 2006
  4. G Hastings et al. Review of research on the effects of food promotion to children prepared for Food Standard Agency FSA. September 2003
  5. JM McGinnis et al. Food marketing to children and youth: threat or opportunity? Washington, DC, National Academies Press, 2006
  6. J. Lennert Veerman, Eduard F. Van Beeck, Jan J. Barendregt, Johan P. Mackenbach By how much would limiting TV food advertising reduce childhood obesity ? European Journal of Public Health, 2009 Vol. 19, No. 4, 365–369
  7. François Bourdillon, Serge Hercberg. Lutte contre l’obésité : soyons cohérents ! Il faut réguler la publicité aux heures de grande écoute par les enfants. Journal Le Monde du 25 février 2010.

Les sociétés médicales d'experts et de spécialistes signataires :

  • Association des chercheurs en activités physiques et sportives (ACAPS) ; Président Charalambos PAPAXANTHIS
  • Association Francophone pour la Recherche sur les Activités Physiques et Sportives (AFRAPS) ; Président Gilles BUI-XÛAN
  • Association de Langue Française pour l'Etude du Diabète et des Maladies Métaboliques (ALFEDIAM) ; Président Jacques Bringer
  • Association des Epidémiologistes de Terrain (EPITER) ; Président Christophe Rogier
  • Association des Médecins Inspecteurs de Santé Publique (AMISP) ; Présidente Dominique Deugnier
  • Association Française d'Etudes et de Recherches sur l'Obésité (AFERO) ; Présidente Yannick Le Marchand-Brustel
  • Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA) ; Président François Marie Caron
  • Association Française des Diététiciens Nutritionnistes (AFDN) ; Présidente Isabelle Parmentier
  • Association Française des Epidémiologistes de Langue Française (ADELF) ; Vice-Président Roger Salamon
  • Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA) ; Président Alain Rigaud
  • Association pour la Prévention et la prise en charge de l'Obésité en Pédiatrie (APOP) ; Présidente Hélène Thibault
  • Collège des Enseignants de Nutrition (CEN) ; Président Jacques Delarue
  • Collège Universitaire des Enseignants en Santé Publique (CUESP) ; Président Pierre Lombrail
  • Fédération Française de Cardiologie (FFC) ; Président Jacques Beaune
  • Fédération Nationale des comités d'Education pour la Santé (FNES) (155 comités régionaux et départementaux) ; Président Jean-Louis San Marco
  • Ligue nationale de lutte contre le cancer ; Président Francis Larra, Vice-président Albert Hirsch
  • Nouvelle société française d'athérosclérose (NSFA) ; Président Bart Staels
  • Société Française de Nutrition (SFN) ; Président Jacques Delarue
  • Société Française de Pédiatrie (SFP) ; Président Alain Chantepie
  • Société française de santé publique (SFSP) ; Président François Bourdillon
  • Société Francophone Nutrition Clinique et Métabolisme (SFNEP) ; Président Noël Cano
  • Société Française des Professionnels en Activités Physiques Adaptées (SFP-APA) ; Président Jean-Marc BARBIN

(Communiqué de presse AFDN de 22 sociétés médicales d'experts et de spécialistes signataires)

Source : Alexandre Glouchkoff

SOURCE : Toute la diététique !

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