Obésité et seniors

lu 8338 fois

Les populations vieillissent et ne sont pas épargnées par la progression de l'obésité. L'objectif du symposium de l'International Academy of Nutrition and Aging, qui s'est tenu à Rome fin janvier, était, outre de mieux identifier les spécificités de l'obésité chez le sujet âgé, de définir les stratégies de prévention et de traitement capable d'améliorer la qualité de vie.

Aux États-Unis, l'obésité touche encore 42,5 % des femmes et 38,1 % des hommes de 60-69 ans. En France, bien qu'inférieure, la prévalence de l'obésité et du surpoids chez les plus de 65 ans est de 11 % et 40 % respectivement (Obépi 2003).

Le sujet obèse a un risque accru en vieillissant de développer une pathologie cardio-vasculaire, un syndrome métabolique, une arthropathie. En effet, avec l'âge, les graisses ont tendance à s'accumuler au niveau du tronc et peuvent augmenter un embonpoint abdominal déjà présent et que l'on sait responsable d'une élévation du risque d'infarctus, de maladies cardiovasculaires et métaboliques. Par ailleurs, le vieillissement apporte son lot de pathologies dégénératives et invalidantes. Ainsi l'augmentation de la prévalence de l'obésité chez le sujet âgé est-elle particulièrement préoccupante.

Une nouvelle entité nosologique

La composition corporelle se modifie avec l'âge : la masse musculaire diminue, alors que s'accroît la masse grasse, de sorte que la proportion de la masse grasse est plus importante chez le sujet âgé que chez un sujet plus jeune ayant le même IMC. La répartition tissulaire change également, avec une augmentation de la graisse intra-abdominale ainsi qu'à l'intérieur et autour des muscles.

Ce type d'obésité, sarcopénique, résulterait d'une production accrue, par le tissu adipeux, de TNF-a et de leptine impliqués dans la sensibilité à l'insuline, le métabolisme énergétique et la sécrétion d'hormone de croissance, d'où une contribution certaine de la sarcopénie aux désordres métaboliques et aux infirmités. Alors que tout le monde s'entend à définir l'obésité comme un excès de masse grasse et de l'IMC, cette définition, appliquée au sujet âgé, ne peut donc pas convenir. Pour cette population, les points critiques de l'IMC doivent être définis spécifiquement ainsi que le rôle des divers autres paramètres susceptibles d'être impliqués dans l'association obésité-mortalité.

Quelles conséquences ?

Si, chez le sujet âgé, le lien entre obésité et mortalité peut être encore discutable, en revanche, l'obésité est clairement associée à un risque accru de nombreuses pathologies (cardio-vasculaire, hypertension, infarctus, arthrose, syndrome d'apnées du sommeil, hernie hia-tale, certains cancers) et de désordres métaboliques (diabète). La qualité de vie, le désir et la satisfaction sexuels sont également altérés ainsi que l'humeur (dépression). Enfin, les adultes obèses vers la cinquantaine auront plus de risque de développer une démence dans le futur, et cela indépendamment de la présence de comorbidités.

Quelles solutions ?

L'équilibre entre les bénéfices du traitement et l'impact de celui-ci sur la qualité de vie, différent chez le sujet âgé et dans les autres tranches d'âge, doit être sérieusement considéré. De même, l'obésité en tant que facteur de risque pour d'autres pathologies doit être appréhendé dans le contexte de l'âge, lui-même important facteur de risque et d'espérance de vie. Ainsi, outre le fait de s'interroger sur les réelles possibilités du sujet âgé de changer ses habitudes (modification de régime, exercice), la mise en place de mesures pour réduire le poids nécessite de prendre en compte l'ampleur de ces risques et l'impact sur la qualité de vie.

Une perte de poids intentionnelle chez le sujet âgé obèse améliore ses données cliniques et sa qualité de vie et peut aboutir à un meilleur contrôle métabolique (tolérance au glucose, réponse à l'insuline), à l'allègement d'un traitement pour l'hypertension, à l'amélioration de la fonction pulmonaire et de l'arthrose. Parmi les traitements de l'obésité, l'exercice est encore celui qui remporte le plus de succès. Un sujet obèse en bonne forme physique a un risque de mortalité moindre qu'un sujet mince qui ne l'est pas. Le type d'exercice devra être en adéquation avec la forme initiale du patient et son autonomie.

Une prise en charge idéale combinerait des exercices sur mesure, des conseils nutritionnels adéquats et une thérapie comportementale et éducationnelle et pourrait permettre de réduire les autres médications et améliorer la qualité de vie de ces patients âgés.

Référence :

  • D'après l'éditorial du livre des résumés des communications : J Nutri, Health & Aging 2006 ; 10 : 52-77 disponible sur http://w3.uniroma1.it/scialim/e_eventi2.html

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

Cela pourrait vous intéresser

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s