Obésité et disparités socio-économiques : nouveaux outils de recherche

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C’est le professeur Adam Drewnowski qu’a reçu, le 2 avril 2012, la Fondation Nestlé France lors d’un de ses petits déjeuners-débats. Directeur du programme des Sciences de la Nutrition à l’Université de Washington, à Seattle, il est également professeur d’épidémiologie à l’Ecole de Santé Publique, où il étudie les facteurs influents sur les maladies de groupes humains, en l’occurrence le rôle de la nutrition dans la prévention et le traitement de l’obésité et le rôle de la densité des aliments dans la fréquence de l’obésité.

Comme l’a souligné Claude Fischler, le professeur Drewnowski s’attache surtout à l’étude des corrélations entre l’obésité et les statuts socio-économiques – une dimension moins prise en compte aux Etats Unis – où prévalent la notion de « responsabilité individuelle » ou l’idée, s’agissant de collectivité, de « race » – qu’en Europe, historiquement plus sensible à celle de « classes sociales ».

Les déterminismes sociaux jouent un rôle puissant dans la prévalence de l’obésité. Relevés par de moyens méthodologiques sophistiqués à l’instar de la géolocalisation du consommateur pour l’étude de ses habitudes alimentaires et de ses approvisionnements, ils pèsent dans le choix rationnel des consommateurs. Adam Drewnowski identifie des corrélations nouvelles entre les facteurs économiques, les prises alimentaires et le pouvoir d’achat.

Pour Adam Drewnowski, en matière d’obésité, il faut donc mettre en corrélation non seulement les facteurs physiologiques et nutritionnels, mais aussi les contextes économiques et sociaux, approchés selon des méthodes d’étude très nouvelles et très sophistiquées qui permettent de dresser une cartographie, quasi quartier par quartier, des lieux « obésogènes ».

Y sont pris en compte, bien sûr, le pouvoir d’achat global des familles, mais aussi les prix du m2 des habitations. Ainsi, il met en évidence l’existence de quartiers dits « obésogènes », où la densité énergétique des aliments consommés l’emporte sur leur densité nutritionnelle. « Le taux d’obésité est inversement proportionnel au prix du mètre carré ». Ainsi a-t-on constaté que pour 100 000 dollars de valeur supplémentaire de ces habitations, les taux d’obésité dans les quartiers concernés diminuaient de 2 %.

Joue également le « niveau » sociologique du quartier, parce qu’il influe fortement sur le type de supermarchés qui s’y installent. Ceux que l’on trouve dans les quartiers regroupant des populations à revenu limité multiplient dans leur offre, pour s’attacher la clientèle, des produits à haute densité énergétique – donc gras, salés ou sucrés – plutôt que des produits à haute densité nutritionnelle mais de moindre « rendement » énergétique, comme les légumes, et nécessitant en outre, le plus souvent, des préparations culinaires pour que leur consommation ait une dimension de plaisir.

La France est-elle à l’abri de ces tendances ? Son modèle alimentaire privilégiant le plaisir gustatif et la convivialité, est en la matière assez éloigné du fonctionnalisme américain, toutefois, il reste à craindre que cet avantage français ne disparaisse si aucune politique économique et sociale active n’est mise en place, pour lesquelles les études novatrices du Pr Drewnowsi peuvent sans nul doute suggérer des pistes fructueuses.

SOURCE : Fondation Nestlé France

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