Obésité contre publicité, une croisade désintéressée ?

lu 2694 fois

Au delà des principes légitimes faisant de la lutte contre l'obésité, et notamment l'obésité infantile, une priorité de l'action du gouvernement, la loi de santé publique votée six mois plus tôt cherche non sans quelque difficulté ses modalités d'application. La crispation des protagonistes lors de la préparation de la loi, à un moment où les boissons sucrées et les en cas à forte densité énergétique dans les distributeurs alimentaient les controverses, a trouvé matière à s'amplifier.

La publication par l'AFSSA du Rapport Glucides et santé (1) ayant donné lieu à des lectures et interprétations différentes, le débat n'a fait que prendre de l'ampleur, étendant la critique des boissons sucrées aux sucres ajoutés, puis à tout ce qui constitue une source dense d'énergie.

On en vient ainsi à chasser le sucre et le gras, comme si tous les mangeurs ne pouvaient qu'être déraisonnables et comme si l'objectif de tous les censeurs de la nutrition était de défendre ces produits tellement allégés qu'on se demande ce qu'ils contiennent encore.

Nous avions connu les campagnes en faveur des fruits et légumes, nutritionnellement justifiées, mais mal soutenues par le climat et par les règles économiques, et faiblement incitatives pour tous ceux qui n'ont accès qu'aux pyramides de fruits immatures et sans goût (car la qualité gustative a un prix élevé).

Nous avons connu la campagne en faveur de l'activité physique, sympathique et pertinente, mais qui demande à être soutenue par une véritable politique de la vie urbaine, et 2005 nous a offert la campagne du PNNS prônant la réduction de la consommation des glucides simples.

Dans le climat d'intransigeance créé par la préparation de la loi de santé publique et par l'interprétation du rapport glucides de l'AFSSA, cet exercice à contre temps relevait de la provocation. Sous l'aiguillon des médias, toujours prompts à parler d'affrontements, la collision de cette campagne avec celle du CEDUS rappelant que le monde serait bien triste sans quelques douceurs sucrées provoqua des déclarations enflammées des zélateurs du dogme.

Avec le recul, cette conjonction me paraît pourtant opportune et de nature à soutenir une modération de bon aloi, la première incitant à ne pas abuser des glucides (l'excès d'usage en toute chose est néfaste) et la seconde à ne pas s'en priver (l'excès inverse l'étant tout autant). Après tant de péripéties, comment s'étonner que le législateur, dans son insistance à vouloir nous sauver tous et à nous protéger de nous mêmes, ait amplifié son projet à l'occasion de la préparation du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2006, adopté le 23 novembre 2005.

D'un débat formé initialement autour des boissons sucrées et de la publicité télévisée, on en arrive à vouloir apposer le message sanitaire, cette marque d'une orthodoxie toute janséniste, sur toutes les catégories d'aliments jugés trop gras, ou trop sucrés ou trop salés. Et débordant le cadre initial de la publicité télévisée, la loi étend le champ d'application des messages à caractère sanitaire dans les publicités alimentaires à tous les médias, y compris Internet.

Seules échappent à cette emprise les manifestations et organisations de salon et de foire! Les industriels peuvent choisir de ne pas apposer les messages sanitaires prévus, mais à la condition de s'acquitter, en contrepartie, d'une taxe de 1,5 % du montant des investissements publicitaires réalisés. Car cette généralisation de l'empathie du législateur vise moins à nous sauver de nos propres errements alimentaires qu'à réduire le déficit abyssal de l'assurance maladie en finançant par la taxe les programmes de l'INPES.

J'ai déjà exprimé mon sentiment sur cette « habileté » (2), « Pub-taxe » sur nos aliments ou gabelle (impôt sur le sel aboli en 1790), la différence est mince. Mais la précipitation est mauvaise conseillère, car rien n'indique que les industriels refuseront les messages sanitaires... tant pis pour les consommateurs qui subiront cette nouvelle agression, et tant pis pour le renflouement de la caisse de l'assurance maladie. Car au delà du vocabulaire, devant l'obligation, force est de constater que la soi-disant taxe n'est qu'une amende pour celui qui ne se plie pas aux injonctions.

Quant à savoir qui décidera pour chacun de ce qui est bon pour lui et quels sont les aliments «acceptables», on peut tout redouter des chantres de l'orthorexie, qui se sentiraient confortés dans leur dogme ! Il me revient à l'esprit cet aphorisme que chantaient les murs de la Sorbonne: « il est interdit d'interdire ».

Références :

  1. "Rapport glucides et santé. État des lieux, évaluation et recommandations", AFSSA, octobre 2004.
  2. "Pauvreté, Égalité, Publicité", éditorial de Jean-Paul Laplace, Bulletin de l'IFN, N°87, octobre 2005.
(Jean-Paul Laplace, Directeur de Recherche Honoraire à l'INRA, Cholé-doc n°93, janvier - février 2006)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

Cela pourrait vous intéresser

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s