Obésité : Alli, une nouvelle pilule à avaler ?

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Faisant suite à la découverte de facteurs génétiques impliqués dans l'obésité sévère, puis à la toute récente autorisation de commercialisation d'une « pilule contre l'obésité » - nommée Alli, premier médicament sans ordonnance contre le surpoids et l'obésité, qui agit en empêchant l'absorption de 25% des graisses alimentaires consommées -, les médias relancent le sujet au sein des rédactions. Pourtant, il existe bien une pluralité de formes de cette maladie, mais aussi des causes (sociales, génétiques...) qui y mènent. Quant à sa répartition géographique, elle ne touche pas l'ensemble des pays de manière égale. Alors, déjà, quand on parle d'obésité de quoi parle-t-on ?

« Obésité : Alli, une nouvelle pilule à avaler ? » - Crédit photo : www.carevox.fr L’indice de masse corporelle (IMC) est l’outil scientifique retenu par les chercheurs afin de mesurer le degré d’obésité d’une personne. Entre 20 et 25 cet indice indique un poids « normal », ce n’est qu’à partir de 30 que l’on commence à parler d’obésité. Au delà de 35, il y a obésité sévère, et après 40, obésité morbide. Depuis 1997, l’Organisation Mondiale de la Santé considère l’obésité comme une maladie, qui concerne, en 2008, 1.6 milliards de personnes.

Comment accueillir l’autorisation commerciale et sans ordonnance, décidée par l’Union Européenne, de la pilule Alli, que Le Point présente comme « luttant contre l’obésité » ? Simplement, avec des pincettes. Car comme l’explique l’hebdomadaire « ce n’est pas un produit miraculeux, il est efficace dans le cadre d’un régime hypocalorique et pauvre en graisses ». Une fois encore, Alli ne sera donc pas Le médicament magique pour perdre du poids et ne constitue qu’un complément dans le cadre d’un « programme d’accompagnement », par ailleurs proposé par... le laboratoire l’ayant crée, GlaxoSmithKline (GSK).

Cela dit, l’étude récente réalisée par des chercheurs français a permis d’isoler certains gènes associés à l’obésité. Mais pas n’importe laquelle ! C’est l’obésité familiale sévère qui en était l’objet : 2796 Français se sont portés volontaires, dont 1380 atteint de cette maladie et 1416 personnes minces. « Les mutations génétiques les plus susceptibles d’entraîner l’obésité ont ensuite été analysées chez 14.000 individus européens » précise l’AFP. De plus, l’Agence indique que « ces résultats pourraient aussi permettre l’identification précoce des enfants les plus à risque d’obésité ». Car le mal est là : « Un enfant sur cinq est en surcharge pondérale » rappelle la République du Centre qui ajoute : « les parents sous-estiment ces problèmes de poids chez leur enfant ». Un adolescent obèse aurait ainsi 80% de chances de le rester à l’âge adulte, selon ce même journal. Barbara Tisseron, pédiatre au centre hospitalier régional d’Orléans, s’exprime dans les pages du quotidien : « tordre le cou aux idées reçues » demeure son objectif premier pour prévenir la maladie. « Notre rôle est bien d’informer et de donner des bases d’une bonne alimentation et hygiène de vie ».

Reste que « l’obésité devient un problème de santé publique dans les pays émergents » peut-on lire dans Le Monde. La Chine notamment « compterait aujourd’hui plus de 200 millions de personnes en surpoids et 90 millions d’obèses ». « Problème de riches dans les pays pauvres, problème de pauvres dans les pays riches » ? Si on met en cause des comportements (grignotage, boulimie), l’hérédité ou l’accès à des quantités de nourriture plus abondantes qu’avant, n’oublions pas qu’il existe aussi des raisons sociales à l’obésité : « Un récent rapport du Centre de recherche sur les politiques de santé de l’Université de Californie-Los Angeles (UCLA) montre que, dans cet Etat qui compte 480 000 adolescents obèses, la maladie concerne 21 % de ceux dont les familles ont un revenu annuel inférieur à 19 971 dollars (pour une famille de 4), et seulement 8 % des adolescents issus de familles aux revenus supérieurs à 59 913 dollars pour 4 » selon Le Monde. A contrario dans les pays émergents, c’est la malnutrition qui frappe les populations les plus démunies : obésité et manque de nourriture se côtoient mais ne concernent pas les mêmes couches sociales. Trop gros, trop maigres... deux maux du siècle ?

Arnaud Basdevant, chef du service de nutrition à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, donne son avis dans les colonnes du quotidien français : « Quelle que soit la région du monde où elle se développe, l’obésité est toujours liée à un phénomène de transition économique et nutritionnelle. Les populations qui en sont victimes passent soudain d’un mode d’alimentation traditionnel, parfois ancré dans la culture depuis des siècles, à un modèle en évolution rapide où l’alimentation est plus importante quantitativement et plus riche en calories ». Cette modification des habitudes de consommation entraîne également une plus importante sensibilité des personnes à des maladies chroniques telles que le diabète, l’hypertension ou les maladies cardio-vasculaires. La Chine a d’ailleurs récemment mis en place une campagne d’information sur le diabète, et en parallèle on voit apparaître dans le pays des centres médicaux spécialisés dans le traitement de l’obésité.

Pour de plus amples informations, consulter également la revue de presse commentée de Max Lafontan, directeur de recherche Inserm : "Obésité : le tapage autour de pilule Alli me paraît être un non évènement"

(Revue de presse de la Mission Agrobiosciences - 02 février 2009)

SOURCE : AGROBIOSCIENCES

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