Obèse mais de poids... normal

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On peut avoir un poids corporel normal mais courir les mêmes risques que les obèses... Cette idée faisait son chemin depuis pas mal de temps sans qu’on s’en soit vraiment rendu compte mais a posteriori, on peut se dire que c’est logique. On a commencé par se rendre compte - cela remonte à peu près à la fin des années cinquante - qu’il n’était pas bon pour le coeur de peser trop lourd. Puis est venue la notion d’indice de masse corporelle...

« Obèse mais de poids... normal » C’est une manière de mettre en rapport le poids et la taille, inventée au 19e siècle par le Belge Adolphe Quételet. Cette notion a rendu d’énormes services et a permis de mieux cerner le risque cardio-vasculaire lié au poids. Elle a toujours largement sa place dans l’évaluation de la santé des individus.

Mais depuis lors, l’imagerie médicale s’est développée d’une manière véritablement explosive et on a pu voir le tissu graisseux des gens, ce qui n’avait pas été possible jusque là en imagerie. c’est ce qui a permis de se rendre compte que le risque cardiovasculaire en question était surtout lié à la graisse abdominale qui s’accumulait autour des organes digestifs.

Ainsi, deux personnes ayant le même indice de poids corporel n’ont pas le même risque cardiovasculaire si la graisse de l’une est située sous la peau et si la graisse de l’autre s’accumule autour des viscères. Par ailleurs, la notion de syndrome métabolique, qui concerne le risque cardiovasculaire et la propension au diabète, liées non seulement à l’excès de graisse mais aussi à l’hypertension et aux troubles du métabolisme du sucre, a elle aussi fait son apparition et a elle aussi évolué.

Question de proportion

Sachant cela, il était logique de se demander s’il n’existait pas des personnes de poids normal et donc d’indice de masse corporelle normal, qui ont aussi un risque cardiovasculaire accru en raison d’une accumulation de graisse. et la réponse a été trouvée : oui, cela existe ! Une équipe internationale de chercheurs américains, suédois et italiens a examiné de manière très complète un groupe de plus de 6000 personnes de plus de 20 ans qui présentaient un indice de masse corporelle normal mais une proportion élevée de graisse dans leur organisme. Ils les ont ensuite suivis pendant près de 9 ans et ont enregistré toute une série de paramètres et d’événements de la vie de ces personnes.

Hypothèse confirmée

Les conclusions sont là. En répartissant les volontaires de l’étude en fonction de ces paramètres, ils ont isolé un groupe de personnes dont la proportion de graisse représentait plus de 23,1% chez les hommes et plus de 33,3% chez les femmes. Et ils ont bien dû constater que ces personnes-là ont une plus grande fréquence de syndrome métabolique et de troubles cardiovasculaires. Plus encore, chez les femmes de ce groupe, la mortalité pour cause cardiovasculaire était plus élevée que dans les autres groupes. Les auteurs proposent donc un nouveau concept : celui d’obésité de poids normal. il s’agit de qualifier par ce terme l’état des personnes qui ont un poids normal et un indice de masse corporelle normal mais une proportion de graisse trop élevée dans leur organisme.

(Romero-Corral A, Somers VK, Sierra-Johnson J et al. "Normal weight obesity : a risk factor for cardiometabolic dysregulation and cardiovascular mortality". European Heart Journal, doi:10.1093/eurheartj/ehp487.)

SOURCE : Diffu-Sciences

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