Nutrition, surpoids et obésité : où en est-t-on en France ?

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La nutrition est l'un des facteurs majeurs contribuant à la survenue de diverses pathologies. Elle n'est pas l'unique cause de ces pathologies, mais en constitue un facteur favorisant, essentiel parmi d'autres facteurs d'environnement ou génétique. C'est un facteur pour lequel il est possible d'intervenir. Reconnue par l'OMS comme une maladie grave à l'origine de complications sévères parfois mortelles, l'obésité est également un enjeu majeur de santé publique à l'échelon mondial.

La santé et la nutrition

« Nutrition, surpoids et obésité : où en est-t-on en France ? » Si la nutrition représente un facteur de risque, elle peut aussi être un facteur de protection. Les grandes carences alimentaires, qui persistent dans de très nombreux pays en développement, conduisent à des malnutritions. Ces tableaux cliniques sévères, dont les images ont été largement médiatisées, ont, hors cas très particuliers, disparu en France et dans les pays industrialisés.

La relation entre nutrition et santé est maintenant, dans nos sociétés industrialisées, d’une nature différente. Il s’agit le plus souvent d’excès, les carences ne concernant que des groupes particuliers (personnes âgées en institution, populations en situation de grande précarité, par exemple). L’alimentation et l’état nutritionnel qui en résulte participent de façon majeure à la survenue des maladies les plus répandues.

De nombreux facteurs influencent l’apparition des principales pathologies qui touchent les Français (maladies cardiovasculaires, cancers, obésité, diabète, ostéoporose...). Ils sont en partie liés à l’environnement et au mode de vie : tabagisme, alcoolisme, insuffisance d’exercice physique...

Parmi ces facteurs, il est aujourd’hui bien établi que l’alimentation joue un rôle essentiel. Ce point est d’autant plus important que l’alimentation est un facteur sur lequel les possibilités d’intervention existent tant à niveau individuel qu’en termes de santé publique et de prévention (information sur la composition d’un régime alimentaire quotidien équilibré, renforcement de la formation des professionnels de santé, amélioration de la restauration scolaire...).

Les principaux chiffres relatifs à la nutrition en France

Il est aujourd’hui parfaitement établi que l’alimentation et l’état nutritionnel participent de façon essentielle au développement et à l’expression clinique des maladies qui sont aujourd’hui les plus répandues en France, comme dans l’ensemble des pays industrialisés :

  • Près d’un adulte sur 5 présente une cholestérolémie supérieure à 2,50 g/l.
  • Les maladies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, accidents vasculaires cérébraux...) sont aujourd’hui la première cause de mortalité en France (32 % des décès), à l’origine de près de 170 000 décès chaque année.
  • Les tumeurs malignes représentent 29 % de l’ensemble des décès chez l’homme et 23 % chez la femme. Le nombre de nouveaux cas est estimé 280 000 par an. La nutrition intervient sur certains types de cancers (notamment oropharyngés et digestifs)
  • L’ostéoporose, qui entraîne une fragilité osseuse exposant les patients à un risque de fractures (en particulier du col du fémur) concernerait 10 % des femmes à 50 ans, 20 % à 60 ans et 40 % à 75 ans.
  • La prévalence du diabète, tous âges confondus, est estimée entre 2 % et 2,5 % de la population générale (plus de 80 % des diabètes sont liés à des surcharges et à des déséquilibres nutritionnels).
  • L’hypercholestérolémie concerne près d’un adulte sur cinq (supérieure à 2,50 g/1).

La surcharge pondérale et l’obésité

L’obésité correspond à une augmentation excessive de la masse grasse de l’organisme dans une proportion telle, qu’elle peut avoir une influence sur l’état de santé (IOTF, 1998).

La mesure de référence internationale actuelle est l’indice de masse corporelle (IMC) [ou indice de Quételet ou Body Mass Index (BMI)], égal au rapport du poids (en kg) sur le carré de la taille (en mètres) (IMC = P/T² en kg/m²).

Ce choix repose principalement sur les associations entre, d’une part IMC et pourcentage de graisse corporelle, et d’autre part IMC et taux de mortalité.

Chez l’adulte, on considère actuellement que :

  • l’intervalle de l’IMC associé au moindre risque pour la santé est situé entre 18,5 et 24,9 kg/m² ;
  • le « surpoids » correspond à l’intervalle d’IMC entre 25 et 29,9 kg/m² ;
  • « l’obésité » est définie par un IMC > ou = 30 kg/m² quels que soient l’âge et le sexe;
  • « l’obésité sévère » par un IMC supérieur à 35 kg/m² et inférieur à 40 kg/m² et « l’obésité massive » par un IMC supérieur à 40 kg/m².

Certaines limitations de l’utilisation de l’IMC sont à mentionner. Sur de larges échantillons, il existe en général une bonne corrélation entre l’IMC et le pourcentage de graisse corporelle.

Cependant, lors de comparaisons entre populations très différentes, l’IMC qui est avant tout une mesure de corpulence ne renseigne qu’imparfaitement sur la composition corporelle (masse grasse, masse maigre).

D’autre part, l’IMC ne mesure pas la répartition du tissu adipeux dont dépend, en partie, le risque de complications associées à l’obésité.

C’est notamment le cas de l’adiposité abdominale, mesurée par le tour de taille ou par le rapport tour de taille/tour de hanches, qui est associée à une augmentation de la mortalité cardiovasculaire.

Chez l’enfant, l’obésité peut se définir par des valeurs supérieures au 97e centile de la distribution de l’IMC pour une classe d’âge donnée (WHO, 2000) ; par exemple, à l’âge de 10 ans, l’obésité est définie, en France, par une valeur de l’IMC supérieure ou égale à 20 kg/m2 (valeur correspondant, à cet âge, au 97e centile de la population de référence française).

Les pathologies liées à l’obésité

Reconnue par l’OMS comme une maladie grave à l’origine de complications sévères parfois mortelles, l’obésité est un enjeu majeur de santé publique à l’échelon mondial.

Plus la quantité de graisses dans le corps est importante, plus l’organisme a besoin d’insuline.

Au-delà d’un seuil, la production d’insuline est dépassée, c’est le développement du diabète :

  • Une personne obèse a trois fois plus de risque d’être diabétique qu’une personne non obèse.
  • Plus de 80% des diabètes de type 2 peuvent être attribués à l’obésité.

L’excès de sucre expose alors à l’hypertension artérielle (HTA), aux infarctus cardiaques, aux accidents vasculaires cérébraux (AVC), à des problèmes d’ophtalmologie et des risques de plaies cutanées notamment des pieds.

Les problèmes respiratoires concernent les apnées du sommeil (pauses respiratoires de 5 ou 10 secondes avec 20 à 30% des sujets obèses (1/4) qui souffrent d’apnées du sommeil.

Les problèmes rhumatologiques peuvent être très handicapants, avec des douleurs fréquentes et des lésions d’arthrose sur les hanches, genoux et vertèbres.

L’excès de graisses dans le sang, avec hypercholestérolémie, souvent associée à l’obésité renforce les risques cardiovasculaires. L’excès de graisses dans les veines est à l’origine de jambes lourdes, de varices et de phlébites altérant la qualité de vie.

Différentes études montrent une relation entre excès de poids et tous les types de cancer chez l’homme, en particulier de l’estomac, et de la prostate ou du rein chez l’homme ou du sein et de l’utérus chez la femme.

Le risque opératoire est majoré par l’existence d’une obésité et de ses complications.

Evolution du surpoids et de l’obésité en France

Les résultats de deux études, l’enquête nationale nutrition santé - ENNS - réalisée par l’Institut de veille sanitaire - INVS - et une autre de l’Institut national du cancer - INCA - réalisées en 2006-2007 montrent :

  • une prévalence de l’obésité adulte (IMC [1] > 30 kg/m²) de 16,9% et de surpoids (25,0 kg/m² ≤ IMC ≤ 29,9 kg/m2, obésité non incluse) de 32,4% ;
  • un pourcentage d’obèses semblable chez les hommes et les femmes mais une prévalence de surpoids plus élevée chez les hommes ;
  • une prévalence de l’obésité chez les enfants [2] de 3 à 17 ans de 3,5% et celle de surpoids de 14,3%, identique chez les garçons et les filles ;
  • une prévalence de l’obésité qui augmente avec l’âge pour atteindre 24% chez les 55-74 ans chez les hommes et les femmes ;
  • une prévalence de l’obésité sévère (indice de masse corporelle > 35 et < 40) à 3,4%.

Il n’existe pas de chiffres antérieurs obtenus dans les mêmes conditions et permettant une comparaison directe.

Les études OBEPI (enquête INSERM/SOFRES/ROCHE ) menées tous les 3 ans depuis 1997 sur un échantillon national d’adultes (par déclaration téléphonique) donnent en 2006 une prévalence de l’obésité de 12,4%, avec, entre 2003 et 2006, une tendance au ralentissement de la courbe de prévalence d’obésité. Cette tendance est confirmée par une analyse dans les centres d’examen de santé du Centre Ouest depuis 1995 (plus de 330 000 sujets au total).

Les études montrent que le ralentissement observé concerne essentiellement les catégories aisées de la population.

Une étude menée avec l’Education nationale chez les enfants de CE1-CE2 âgés de 7 à 9 ans montre une prévalence stable du surpoids à 18,1% et de l’obésité à 4%. Comme pour les adultes, il existe une différence entre les enfants issus de catégories aisées pour lesquels la tendance est à la diminution et ceux issus de catégories défavorisées dont la fréquence d’obésité continue à croître légèrement.

A noter enfin que cette stabilisation mise en évidence chez les enfants est réalisée à un niveau de prévalence qui comparée à celle existant dans les autres pays européens demeure moins élevée.

  1. IMC = poids (en kg) / taille au carré (en m²)
  2. Chez l’enfant, l’obésité est définie selon des courbes, en fonction de valeurs de l’indice de masse corporelle - IMC - qui varient selon l’âge et le sexe.

Le rapport de la DREES « L’état de santé de la population en France » de 2007 note que les évolutions des années 2000 ne montrent pas d’infléchissement mais plutôt une augmentation de l’obésité en particulier chez les femmes.

Il est donc prématurité d’affirmer la stabilisation de l’obésité infantile : il ne s’agit pour l’instant que de tendances statistiques affirmées sur deux mesures successives dans le temps. Une troisième mesure a minima est impérative pour affirmer une stabilisation.

Derrière cette stabilisation apparente globale se cache un creusement des inégalités socio-économiques particulièrement préoccupantes.

Les nouveaux objectifs du PNNS qui vont prochainement être redéfinis tiendront compte de ces résultats.

Quelques chiffres concernant l’Union Européenne

La France, les Pays-Bas et la Suède sont les pays où la prévalence de l’obésité infantile est la moins importante.

Pour les adultes, en Allemagne, 20 % des adultes souffrent d’obésité, avec 66 % des hommes et 51 % des femmes en surpoids (étude 2005 - 2007).

75 millions d’enfants vivent dans l’Union européenne : 22 millions sont en surpoids, soit 29 % d’entre eux et 5,1 millions sont obèses, soit 6,8 % d’entre eux.

Il y aurait 300 000 enfants obèses supplémentaires en Europe tous les ans (données de l’organisation internationale pour l’étude de l’obésité - OIEO),

En Suède, 17,6 % des garçons et 27,4 % des filles de 6 à 11 ans sont en surpoids (étude - IASO - International Association for the Study of Obesity), les filles de 4 ans ont 6 fois plus de risque d’être obèses aujourd’hui qu’il y a 20 ans.

Au Royaume-Uni, une des nations les plus touchées en Europe, 29 % soit 1 enfant ou adolescent sur 3 est en surpoids ou obèse.

(Dossier de presse du Ministère de la Santé - 04 février 2008)

SOURCE : Ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports

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