Nourrir la planète : le partage de la production de vivres au 21ème siècle

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La conception moderne de l'humanité apparaît au milieu du 17ème siècle en Angleterre avec le Léviathan de Hobbes (1647) qui donne pour la première fois une définition et deux raisons de l'égalité entre tout homme et tout homme. Ceci permet à son jeune assistant, William Petty d'envisager pour la première fois dans l'histoire une prévision de la population mondiale qu'il explicite dans un court essai d'« arithmétique politique », une discipline qu'il a fondée et qui préfigure la démographie et la statistique modernes.

« Nourrir la planète : le partage de la production de vivres au 21ème siècle » - Crédit photo : www.badcharlie.fr Petty calcule le nombre total d'humains qui ont vécu depuis Adam pour réfuter l'opinion des athées selon laquelle il n'y aurait pas assez de matière sur terre pour reconstituer les corps le jour de leur résurrection. Pour chiffrer la population de la Terre à chaque époque, il utilise les indications de la Bible. En bonne logique, parvenu au déluge, il remet le compteur à 8 (Noé, ses trois fils, Sem, Cham, Japhet et leurs femmes) puis recommence à évaluer la population à partir de l'échouage de l'arche sur le mont Ara rat.

Tout au long de cette reconstitution, il n'indique pas des taux de croissance annuels comme on le ferait aujourd'hui, mais des temps de doublement. Ceux-ci très rapides au début (Buffon l'expliquait par une constitution plus liquide du monde naturel, donc plus apte à se multiplier rapidement car échappant à la dessication, cause aristotélicienne de vieillesse, de stérilité et de mort) augmentent jusqu'à atteindre 300 ans à son époque, soit 0,23 % par an. Pour répondre à la question posée, il faut aussi savoir quand la fin du monde se produira.

C'est ici que l'essai de Petty devient intéressant en regard de nos préoccupations modernes. Il écrit en effet que la fin des temps se produira quand on comptera "deux hommes par acre de terre cultivable" . La limite sera atteinte "après six redoublements", soit donc à un niveau de 14 milliards d'habitants et au bout de 300 x 6 = 1800 ans soit vers 3400 après JC.

Ces 14 milliards ne sont pas très éloignés des prévisions démographiques que les Nations-Unies ont calculées pour l'effectif de la population mondiale jusqu'en 2050. Les résultats de ces prévisions ou plus exactement projections (menées dans chaque pays séparément et sommés pour obtenir la population du monde) sont représentés sur la figure 1. Trois hypothèses de fécondité ont été retenues qui expliquent la présence de trois cheminements divergents. Dans le cas de l'hypothèse de basse fécondité, qui d'ailleurs paraît la plus probable, la population mondiale devrait plafonner à 8 milliards d'habitants autour de 2040 puis amorcer une lente diminution. Dans l'hypothèse moyenne, la plus souvent prise en référence uniquement parce qu'elle est moyenne, les 9,3 milliards seraient atteints en 2050 et dans l'hypothèse haute, on approcherait les 11 milliards.

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La similitude de l'estimation faite par Petty et de celles des Nations Unies est cependant fortuite car les rendements et l'occupation des sols ont considérablement changé depuis le 17ème siècle. Les "2 acres de terre cultivable par personne" correspondaient au rendement des terres qui dépendait de la possibilité d'utiliser le fumier donc d'entretenir des animaux qui le produisaient. Un équilibre s'établissait ainsi entre la fraction de territoire attribuée aux animaux pour qu'ils produisent le fumier et la superficie occupée par des céréales et des légumes qui devait être fumée. L'équilibre sera rompu au début du 19ème siècle avec la synthèse de l'ammoniaque par Liebig en 1806 qui permit la fabrication d'engrais chimiques, donc d'échapper à la contrainte d'entretenir des animaux. Dans les moments d'enthousiasme qui suivirent cette découverte, on ne vit plus de limites à l'expansion humaine et symptomatiquement, on ne chercha plus à fixer un effectif de population maximale du monde car tout semblait possible.

Le sentiment que la population ne peut pas dépasser certaines limites réapparaît à la fin du 19ème siècle pour deux raisons, la meilleure connaissance des conditions de productions des végétaux et donc de la limite imposée à l'assimilation chlorophylienne par le rayonnement solaire qui est une constante et, du point de vue politique, la fin de la grande vague de colonisation européenne. C'est à ce moment que les derniers venus comme l'Allemagne et le Japon constituent leur empire colonial avec ce que les Français, Anglais, Portugais et Hollandais ont laissé. La terre semble donc désormais pleine. La moyenne des 9 estimations de la population maximale du globe, effectuées par des scientifiques entre 1880 et 1940 est alors de 8 milliards d'humains. Elle s'élève après 1945 avec la reprise de la croissance économique et simultanément la prise de conscience de la croissance démographique du Tiers-Monde.

Entre 1950 et 1980, la moyenne des 10 estimations s'élève à 25 milliards d'humains avec une pointe à 50 milliards (Brown) et surtout à 40 milliards, chiffre donné par René Revelle directeur du département d'agronomie de l'université d'Harvard. A partir de la crise pétrolière, les estimations deviennent plus pessimistes. Les "Limites de la croissance", l'ouvrage du club de Rome, a un immense impact sur l'opinion et sur les prévisionnistes qui, ne leur en déplaise, n'en sont souvent que l'expression raffinée.

La moyenne des 17 estimations disponibles à partir de 1980 tombe à 10 milliards d'habitants avec un minimum de 3 milliards dû au grand écologiste et biologiste Daniel Pimentel.

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On insiste sur les estimations de Revelle et de Pimentel en raison de leur qualité scientifique. L'un comme l'autre sont des sommités internationales. Or, on constate que leur estimation de la population maximale de la terre varie de 1 à plus de 10. Puisqu'il est difficile de mettre en cause leur compétence scientifique, il faut rechercher la cause profonde de ces divergences. Si plus généralement l'on regarde qui sont les auteurs des plus fortes et des plus faibles estimations, une orientation professionnelle apparaît nettement. Les fortes estimations sont le fait d'économistes (Colin Clark, Petty, Tuckwell] ou d'agronomes (Revelle) tandis que les plus faibles émanent de biologistes (Pearl, Gilland, Pimentel, East) et d'écologistes (Ehrlich, Meadows). Quant aux démographes et géographes, ils adoptent une attitude prudente avec des estimations comprises entre 7 et 11 milliards d'habitants (Smil, Ravenstein, Spenglerj).

Il est donc vraisemblable que deux conceptions des subsistances s'affrontent. Les économistes et les agronomes calculent du côté de la production. Partant de la surface des terres cultivables et des rendements, ils estiment un nombre maximal de calories pouvant être produite et, en le divisant par une ration moyenne d'environ 2 800 Kcal par jour et par habitant, ils obtiennent le chiffre de la population maximale. Les biologistes et les écologistes partent de la consommation. En fonction du nombre de calories consommées dans le monde, ils déduisent quelle est la quantité de terre cultivée nécessaire à leur production et la comparent aux terres réellement utilisables.

En principe, la production devrait être assez proche de la consommation. Or, quand on calcule la production totale de vivres sur la planète en 2005, on trouve 17,2 picocalories (pico signifie 10 à la puissance 15) et quand on calcule la consommation totale, on aboutit à 6,5 picocalories, soit près de trois fois moins. Faut-il penser que l'une ou l'autre de ces quantités ou peut-être les deux ont été mal mesurées. C'est peu probable car on connaît assez bien la ration journalière moyenne d'un humain grâce à des enquêtes menées dans de nombreux pays. Elle est de 2 800 Kcal par personne et par jour. 2 800 multiplié par 365 jours et 6,4 milliards d'humains est bien égal à 6,5 picocalories. Du côté de la production, les chiffres sont rassemblés par la FAO à partir des déclarations de chaque pays et ils sont contrôlés par comparaison avec des photos satellites qui permettent de mesurer les emblavures et d'avoir une approximation des rendements par analyse colorimétrique.

Un écart de 10, 20 ou à la rigueur de 30 % est concevable mais non de 165 % comme c'est le cas. Quelle est la source du désaccord ? Le gaspillage dû à de mauvaises techniques de conservation (moisissures), aux animaux parasites (rats, charançons), à la nourriture qui reste dans l'assiette des nantis représente au plus 20 % de la production, de l'avis des experts. Il devrait donc rester 0,8 x 17,2 picocalories soit 13,8, ce qui est encore très supérieur au volume de la consommation.

La faute de raisonnement consiste à penser que toute la production agricole est directement consommée par les humains. Or, une petite part (environ 10 %), mais croissante, va vers l'industrie (matières plastiques mais surtout éthanol comme substitut du pétrole) et une grosse part des céréales est destinée à la nourriture des animaux, part que l'on estime aujourd'hui au voisinage de 60 % (elle était déjà de 40 % en 1990 dans les annuaires du World ressources). Quelle importance dira-t-on puisque les animaux ainsi nourris finiront tôt ou tard dans l'assiette du consommateur qui récupérera les calories initialement détournées. C'est là l'erreur, car en vertu d'une loi écologique presque aussi sûre que le second principe de la thermodynamique, dite loi des chaînes écologiques, on ne récupère sous forme de viande ou de laitages qu'environ un dixième des calories fournies au bétail. Ainsi, sur 100 calories de céréales produites dans le monde, seulement 36 + 54 x 0,1 = 41,4 aboutissent dans son assiette. On tient là la cause première du désaccord entre production et consommation. 2 800 Kcal consommées par jour par un mangeur de viandes et 2 800 Kcal par un végétarien, ne demandent pas la même quantité de céréales à produire.

En fonction des chiffres précédents et en ajoutant les calories d'origine animale obtenues sans l'apport de céréales (pêche, chasse, animaux se nourrissant dans des prairies naturelles), on peut dresser le bilan de la production et de la consommation de vivres.

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La production totale destinée directement ou indirectement aux hommes est de 12,4 petacalories et non de 13,8 comme indiqué plus haut car on en a soustrait 10 % pour usages industriels (éthanol notamment), soit 1,4 petacalories. Le chiffre de 6,7 pour la consommation est un peu plus élevé que celui donné par la FAO. Cela vient des incertitudes de ce genre de calcul. Par exemple, le coefficient 10 des chaînes alimentaires varie un peu selon le type d'élevage. Il est proche de 7 pour la volaille, de 8 pour les porcs et de 11 pour les bovins. La proportion gaspillée est en outre mal connue, ce qui influence le résultat à la marge. Il faut donc accepter un petit débattement pour les résultats du tableau de la figure 3 ou une fourchette d'incertitude. La figure 4 donne le détail du détournement vers les animaux de boucherie des diverses céréales et du soja avec la part de chacune directement consommée par l'homme. On voit que le riz n'est presque pas utilisé pour les animaux, le blé un peu plus mais que l'orge, le maïs et le soja le sont très largement. Le remplacement des emblavures de riz et de blé par celles de soja et de maïs, que l'on observe actuellement, est donc lourd de conséquence pour ceux qui ne peuvent se nourrir que de blé ou de riz. Nous y reviendrons quand il sera question de l'évolution des prix.

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Jusqu'à présent, le raisonnement a été mené en moyenne comme si tous les hommes mangeaient la même proportion de calories d'origine animale et végétale. C'est loin d'être le cas. La planète est divisée en mangeurs de viandes et mangeurs de céréales comme le tableau 5 le montre sur 4 exemples significatifs (chiffres de la FAO, 2005)

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Non seulement, les habitants du Nigeria et du Bangla-Desh ne mangent pas à leur faim (ils sont au dessous du seuil de 2300 Kcal par jour limite, de la sous-nutrition pour la FAO, mais surtout, ils consomment presque uniquement des végétaux. Si l'on entre dans le détail, les quelques calories animales qu'ils mangent ne sont pas obtenues en nourrissant ce bétail avec des céréales, mais en le laissant paître (ou dans le cas des poissons, en les péchant dans les rizières où ils ont été introduits). En revanche, la plus grande part de la nourriture animale consommée aux Etats-Unis et en France provient d'animaux d'élevage nourris aux céréales et au soja. Ainsi, en quantité produite de céréales et de soja, le Français consomme 1480 + 1220 x 10 = 13680 Kcal tandis que l'habitant du Bangla-Desh se contente de 1450 Kcal de ces végétaux, soit près de dix fois moins.

Ainsi s'explique le paradoxe rencontré au départ quand on comparait les estimations faites par Revelle et par Pimentel. Revelle a pris le point de vue du producteur en supposant que toutes les calories végétales produites par l'agriculture étaient directement consommées par l'homme. Il a donc choisi le modèle "Bangla-Desh". Au contraire, Pimentel a tenu compte de la consommation réelle des humains et a retenu un standard correspondant aux pays les plus développés, donc le modèle "France" ou "Etats-Unis". Le nombre maximum d'humains qui peuvent être nourris dépend ainsi étroitement du régime alimentaire qu'on leur suppose. Selon que les humains ne donnent aucune part des végétaux qu'ils produisent, ou au contraire les emploient toutes à nourrir les animaux qu'ils consommeront ensuite, la population maximale varie considérablement comme on le lit sur le tableau de la figure 6. On a ajouté deux lignes correspondant l'une à la situation actuelle, l'autre à l'hypothèse selon laquelle le monde entier adopterait le régime alimentaire des Français.

Si les hommes décidaient de ne plus manger que de la viande, la planète ne pourrait pas les nourrir. Elle ne le pourrait pas non plus si l'ensemble des humains adoptait une nourriture aussi animale que celle des Français. Seuls 4 milliards d'habitants pourraient être nourris dans les conditions actuelles de la production. La possibilité de nourrir tous les humains dépend donc du partage entre nourriture des animaux et nourriture des humains. Alfred Sauvy avait coutume de dire que les concurrents des pauvres sous-alimentés n'étaient pas les riches sur-alimentés mais les vaches des riches. Selon que la consommation humaine évoluera vers une nourriture plus ou moins animale, la planète rencontrera ou non des problèmes de pénurie alimentaire. Or, la tendance actuelle va fortement dans la direction d'une augmentation de la part de nourriture d'origine animale car les nouvelles classes moyennes qui apparaissent dans les grands pays émergents, Chine, Brésil, Inde particulièrement, adoptent un mode d'alimentation occidental qui comprend donc une forte proportion de nourriture d'origine animale. La figure 7 tirée des annuaires de la FAO montre la hausse de la production mondiale de viande dans différents pays depuis 1962.

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Par rapport au niveau atteint en 1977, il y a 30 ans, la Chine a multiplié par 9 sa production de viande, le Brésil par 6. La progression est assez forte pour les Etats-Unis et ne diminue qu'en Europe (mais les importations modifieraient la courbe). Avec le développement rapide de l'économie mondiale, la demande de nourriture animale va vraisemblablement continuer de croître vite et donc de peser sur le marché des céréales. Avant d'en mesurer la conséquence en termes de prix des céréales, instillons une lueur d'optimisme en remarquant qu'actuellement, la part de nourriture animale dans la nourriture totale de la planète n'est pas négligeable puisqu'elle s'élève à 25 %. Sans oublier les grandes différences qu'avait révélé le tableau 3, on peut rappeler que ces 25 % correspondant au cas d'un pays comme la Grèce et sont supérieurs à la part des calories animales dans l'alimentation japonaise. Si donc le monde entier adoptait le régime grec si l'on peut dire (et non crétois), la subsistance serait assurée pour tous (en supposant une part égale pour chacun, ce qui n'est bien sûr pas le cas actuellement et appellerait une analyse politique précise : l'Inde où l'on trouve le plus grand nombre de mal-nourris est cependant exportatrice nette de calories).

La pression sur la production de céréales ou de soja à l'usage des animaux est sans doute le principal facteur structurel qui explique à la fois ta hausse moyenne de leur prix et sa volatilité. La situation est ici assez semblable à celle du pétrole où la pression en sens inverse vient de l'épuisement des gisements avec le dépassement du "peak oil". L'autre cause de hausse tendancielle du prix des blés est d'habitude mise en avant et elle aussi commune à la mécanique des prix du pétrole : le dégonflement des stocks. Effectivement entre 1998 et 2002, les stocks de blé représentaient 35 % de la production annuelle. La pression de la demande et de mauvaises récoltes en Australie et en Amérique pour des raisons climatiques les ont fait rapidement baisser à 20 % en 2005 puis 18 % en 2007. Un troisième acteur est alors entré en jeu, la spéculation, car le prix du blé se négocie à terme de 3, 6 mois et un an sur le marché de Chicago. Les prix ont donc été multipliés par 2,2 entre 2005 et début 2008. Mais, les mêmes causes jouant en sens inverse, les bonnes récoltes puis le ralentissement de la croissance mondiale ont retourné la tendance. Le blé est redescendu au cours des 6 derniers mois à un niveau 20% seulement plus élevé qu'en 2005. Il peut continuer à baisser, mais la demande d'aliments pour le bétail reste tapie dans l'ombre et dès qu'une mauvaise récolte se produira dans l'un ou l'autre hémisphère, les prix repartiront à la hausse.

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On a accusé aussi la conversion des céréales en éthanol. De fait, cette technique a connu une croissance rapide depuis une dizaine d'années comme le montre la figure 8 qui détaille la part de la production de chaque céréale transformée en éthanol. Il est encore trop tôt pour dire si les 4x4 seront des concurrents plus dangereux que les vaches pour les affamés en reprenant l'adage de Sauvy, mais un effet pervers se dessine clairement sur la figure 8 : comme l'éthanol est plus facilement produit à partir du maïs, du soja et de la canne à sucre, on observe un déplacement des cultures, les agriculteurs abandonnant le blé et parfois le riz pour ces plantes plus rémunératrices.

Références :

  1. J. Cohen : Howmany peopte can the earth support, New-York, Norton, 1995.
  2. W. Petty -. Another Essay in Political Arithmetik, Londres, Pardoe, 1683.
  3. H. Le Bras : Les [imites de ta planète, Paris, Flammarion, coll. Champs, 1996.
  4. E.P. Odum -. Fundamentals of Ecology, Philadelphie, W.B. Saunders, 1971.
  5. World Population Prospects, 2007, New-York, United Nations, 2007.
  6. D.H. Meadows, D.L. Meadow, J. Randers, W.W. Behrens : The Limits to Growth, Cambridge (Mass.), MIT Press, 1972.

(Hervé Le Bras, Directeur d'Etudes à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) - « Nourrir la planète : le partage de la production de vivres au 21éme siècle » - 50ème JAND - 29 janvier 2010)

SOURCE : JAND

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