Nos enfants sont-ils ce que nous mangeons ?

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« Tout ce que nous respirons, mangeons et buvons, notre activité physique, notre stress… a un impact non seulement sur notre santé, mais peut également se répercuter sur la santé de nos futurs enfants, de leur naissance jusqu’à l’âge adulte. » C’est le Pr de génétique Claudine Junien (INRA, Jouy-en-Josas) qui l’affirmait récemment en ouvrant un colloque sur les « déterminants précoces de la santé future de l’enfant ».

L’alimentation - excessive ou insuffisante -, les toxiques de l’environnement, le mode de vie, le stress psychosocial, les troubles métaboliques des parents ont des effets à long terme sur la santé future des enfants. Et même des générations suivantes ! Pour les spécialistes, cela s’appelle DOHAD (Developmental Origin of Health And Diseases) : l’origine développementale de la santé et des maladies. Le concept apparaît dans les années 90. Un chercheur du nom de Barker s’aperçoit que les enfants de faible poids de naissance ont plus de risque d’être atteints par des maladies cardiovasculaires à l’âge adulte.

On découvre progressivement un retentissement sur un certain nombre d’organes. On étudie l’impact de l’alimentation sur le foetus, voire même sur l’embryon, et sur la sensibilité à long terme à certaines maladies. Les restrictions alimentaires, le mauvais équilibre nutritionnel, les problèmes métaboliques de la mère et même l’alimentation du père retentissent non seulement sur la fertilité du couple, mais aussi sur la santé de leurs enfants pour toute la vie.

Les preuves se multiplient. D’abord par des expérimentations animales. Puis par plusieurs séries d’études, montrant notamment une relation entre les variations de la corpulence de la mère avant la grossesse et le poids de naissance de l’enfant. Chez une femme de poids normal qui a beaucoup maigri dans les années précédant la grossesse, le foetus aura un retard de croissance. Même si elle reprend du poids juste avant de devenir enceinte. A l’inverse, une femme qui a pris beaucoup de poids dans les années précédentes a plus de risque d’hypertension et de diabète pendant sa grossesse. Et cela quelque soit son poids au moment où sa grossesse débute. On a l’impression, note le Dr Marie-Aline Charles (Inserm, Villejuif), que le potentiel de croissance foetale s’adapte à l’état nutritionnel maternel avant la grossesse.

Du côté du père, le poids corporel des hommes semble influer sur la fonction de reproduction et la fertilité, observe le Pr Rachel Lévy (hôpital Jean Verdier, Bondy). Le type de nutriments consommé pourrait aussi avoir un impact sur la qualité du sperme. Une alimentation équilibrée et l’observance des recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS) semblent favorables à la fertilité masculine !

On peut en dire autant pour la grossesse elle-même. La mère doit s’assurer une bonne alimentation pour limiter les risques et garantir la santé à venir de l’enfant. Aujourd’hui, de l’avis du Pr Jean-Louis Bresson (hôpital Necker- Enfants malades), attendre d’être enceinte pour corriger une anomalie nutritionnelle – qu’il s‘agisse d’un excès ou d’un défaut d’alimentation - est une très mauvaise idée. (Nutrinews hebdo)

(« Déterminants précoces de la santé future de l’enfant : alimentation et épigénétique ». Colloque du Fonds français pour l’alimentation et la santé. Paris, 6 octobre 2011.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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