Nos amies les bactéries

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Il y a les méchantes, qu’on s’efforce de combattre pour rester en bonne santé. Et les gentilles, qui nous y aident. Dans le vaste monde des bactéries, les probiotiques ont choisi leur camp. Et c’est le nôtre. Aujourd’hui, les probiotioques, c’est [presque] automatique…

Les bisounours - dans le genre naïf inconséquent - et les justiciers masqués - dans le style efficace engagé - nous veulent tous du bien. Au sein de la galaxie des bactéries, les probiotiques se rangent plutôt dans la seconde catégorie. Celle des héros modestes, dont l’existence apparemment banale rend insoupçonnable la véritable identité.

Et, quoi de plus banal qu’un yaourt qui fabrique, en trois coups de cuillère à pot, les fameux micro-organismes censés nous préserver de [presque] tous les maux de la terre ?

Toutes celles et ceux qui ont déjà mangé des yaourts, ont également déjà avalé des probiotiques. Bourgeois gentilhomme de la bactérie salvatrice, Monsieur Jourdain du probiotique, nous nous faisions du bien sans le savoir !

Le mot « probiotique » vient du grec « biotikos » et signifie « en faveur de la vie ». Les probiotiques sont des micro-organismes qui renforcent notamment la flore intestinale, en empêchant la prolifération des germes indésirables. Les bactéries lactiques sont de « bonnes bactéries » qui permettent de seconder efficacement la flore.

Crise du logement

Dans nos intestins, c’est la crise du logement : des milliers de milliards de bactéries, réparties en plus de 400 espèces, y circulent en permanence et, pour certaines, s’attèlent vaillamment à leur tâche : faciliter la digestion des aliments et stimuler le système immunitaire.

L’affaire démarre très tôt dans notre histoire. Le tube digestif, stérile chez le foetus, est rapidement colonisé après la naissance. Les divers compartiments digestifs constituent alors un ensemble de niches écologiques offrant chacune un environnement favorable au débarquement des bactéries qui les atteignent dès l’accouchement et les jours qui suivent.

Un tube digestif mature héberge 100 000 milliards de bactéries ! Avant d’atteindre sa maturité, il évolue beaucoup au plan physiologique et physico-chimique tout au long des premiers mois de la vie. L’immunité se structure progressivement pour prendre le relais de la protection apportée initialement par le lait maternel et commence à se stabiliser vers l’âge de deux ans.

Quasiment à tout âge, les probiotiques s’avèrent bénéfiques, leur intérêt majeur - et démontré maintes fois - étant de renforcer l’action des cellules immunitaires au niveau de l’intestin et de bloquer la prolifération des germes indésirables.

L’intestin, notre 2ème cerveau…

Notre intestin n'est décidément pas un organe comme les autres. Il possède son propre système nerveux, appelé système nerveux entérique. Celui-ci contient plus de 200 millions de neurones et de nombreux neurotransmetteurs, comme la sérotonine, régulateur de l’humeur présent dans le cerveau !

Des bénéfices, pas des miracles

En matière de bénéfice santé, on a vite fait de s’emballer… L’action positive de certains probiotiques a, depuis quelques années, entraîné une vague d’enthousiasme légèrement suspecte. Si aucun probiotique ne s’avère mauvais pour la santé, tous ne lui sont pas à proprement parler bénéfiques. Les vertus d’un probiotique donné ne sont en effet pas transposables à un autre. Une bactérie apportant de réels bénéfices en cas de diarrhées s’avèrera par exemple totalement inefficace contre les allergies. Et inversement.

Le yaourt, symbole des bienfaits des probiotiques, nous fournit un excellent exemple de bénéfices santé recherchés. Les probiotiques qu’il contient - nos grands amis Streptococcus thermophilus et Lactobacillus bulgaricus - améliorent ainsi les problèmes de digestion du lactose. D’autres souches de probiotiques agiront contre les gastroentérites, particulièrement chez l’enfant et préviendront notamment la gastro-entérite du nourrisson. D’autres encore permettront de prévenir les diarrhées liées aux antibiotiques ou de diminuer les récidives inflammatoires dans certaines maladies chroniques de l’intestin.

« Yaourt bulgare » : Le goût de la légende

C’est Elie Metchnikoff, scientifique russe, qui s’est intéressé au début du XXe siècle à la légendaire longévité des Bulgares. Il en a notamment attribué la raison à la présence en grand nombre de bactéries lactiques dans le yaourt (le fameux « yaourt bulgare » et son marketing, également à forte durée de vie…).

Les recherches de Metchnikoff ont permis d’approfondir les connaissances sur cette famille de bactéries qui ne prendra d’ailleurs le nom de « probiotiques » qu’en 1965.

Des allégations santé difficiles à digérer

Bien des vertus parent aujourd’hui les gentils probiotiques. Souvent un peu trop et les autorités de santé s’en sont émues sérieusement, au grand dam des industriels de l’agroalimentaire qui ont lancé dans les années 2 000 une campagne de conquête en règle.

Ainsi, en 2008, sur les 708 nouveaux produits contenant des probiotiques répertoriés pour les USA et l’Europe, 339 mettaient en avant un bénéfice santé.

De nouvelles allégations, quelque peu « audacieuses » ont ainsi vu le jour. Entre autres réjouissances, la capacité de certaines bactéries à stimuler le système immunitaire, le rôle de ces microorganismes sur la santé du système cardiovasculaire ou sur le cerveau et le système nerveux.

L’arrivée de nouvelles réglementations sur les allégations ont sifflé la fin de la récré marketing et limité drastiquement la progression des lancements de produits se recommandant des probiotiques. Désormais en effet, toutes les allégations santé figurant sur les emballages doivent avoir été validées scientifiquement. Sale coup pour les inconditionnels de nos bactéries intestinales…

Un marché très encadré

Depuis 2011, les produits affichant des allégations santé doivent se livrer à un inextricable parcours du combattant qui rend plus difficile, voire même hypothétique, l’obtention des autorisations. Résultat, le marché des probiotiques accuse un certain tassement. Compte tenu des perspectives qu’il offre, on ne s’inquiète pas trop pour la viabilité à terme du pactole mais il est probable que les efforts consentis par les industriels pour se mettre en conformité avec les nouvelles réglementations se répercuteront sur les prix, donc sur le consommateur. Décidément, le panier de la ménagère est toujours un panier percé…

Les probiotiques sont présents dans les aliments du quotidien : lait fermenté, choucroute, chou, légumes verts, dérivés du soja, olives, fruits... En vitesse de croisière, Il suffit donc d’avoir une alimentation équilibrée pour recevoir les quelques milliards de probiotiques dont nous avons besoin chaque jour… Mais un petit coup de pouce est parfois utile.

(Par Olga Gretchanowski)

SOURCE : BIENSÛR Santé

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