Nanotechnologies et alimentation

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Dans un contexte où les technologies actuelles permettent de manipuler la matière et de synthétiser des produits à l’échelle atomique, doit-on s’attendre à une nouvelle révolution industrielle ? L’ère des nanomatériaux et des nanotechnologies nous promet semble-t-il des développements et des percées scientifiques majeures qui affectent déjà notre quotidien. Les nanoparticules démontrant des propriétés différentes des produits de même composition (à taille bien supérieure) laissent envisager un vrai potentiel pour leur utilisation dans des secteurs d’activités très diversifiés, allant du domaine biomédical à l’électronique, en passant par la métallurgie, l’agriculture, le textile, les revêtements, les cosmétiques, l’énergie, les catalyseurs… mais qu’en est-il de ce qui se trouve dans nos assiettes... ?

Nanos... kesako ?

Le terme « nanotechnologie » décrit des applications dans de nombreux domaines scientifiques et recouvre d'une manière générale la recherche sur les principes et propriétés existants à l'échelle nanométrique, c'est-à-dire au niveau des atomes et des molécules. L'objectif des nanotechnologies : produire des objets ou matériaux dont une des dimensions est inférieure à 100 nanomètres. Ces nanomatériaux sont soit des nanotubes soit des nanoparticules qui, contrairement aux particules très fines d'origine naturelle ou provenant d'une combustion, sont produites intentionnellement.

« Dans la définition actuelle, les nanoparticules sont des objets ayant une de leur dimension inférieure à 100 nanomètre soit (10-9 m). Toutefois, cette définition est temporaire car nous n’avons pas aujourd’hui d’accord international sur cette définition », précise Daniel Ribera. Ainsi, pour la même quantité d’une substance donnée, on aura, sous forme nanométrique, une surface démultipliée par rapport aux tailles micrométriques. Ces propriétés de surface des nanoparticules impliquent des propriétés de réactivité bien différentes des formes micrométriques ».

Des nanos partout ?

Les nanotechnologies couvrent donc les propriétés intrinsèques liées au couple substance/dimension nanométrique. Que ce soit en médecine, avec les applications thérapeutiques ou diagnostiques rendues possibles grâce aux nanocapteurs et nanorobots, mais aussi en agriculture (avec des nanocapsules délivrant des phytosanitaires), ou encore en agroalimentaire…

« Il y a toujours eu des nanos dans les aliments. Ils sont apparus avec l’invention du fouet permettant la modification de la structure même de la matière travaillée. C’est le cas pour les fromages ou produits laitiers battus ou encore la mayonnaise ».

Mais aujourd’hui le simple phénomène physique relevant de ce savoir-faire culinaire est largement dépassé. En agroalimentaire, on recense, par exemple, l’utilisation de nanoparticules et nanocapsules (ce sont des petits sacs contenant des substances comme des arômes, des vitamines...). On est dès à présent capable de fabriquer par exemple un chocolat qui ne vieillit plus et reste brillant ou encore un pain enrichi en oméga 3 dans lequel l’utilisation de nanos permet de masquer le goût de poisson… »

Pour autant les innovations nanotechnologiques de l’agroalimentaire concernent surtout le conditionnement. Ce dernier à une fonction première : transporter et protéger l’aliment. Grâce aux puces RFID (Radio Frequency Identification), la traçabilité des produits est rendue aujourd’hui possible et ce très facilement. Il est également envisagé de fabriquer des plastiques qui auraient les propriétés du verre en terme d’échange de gaz, avec à la clé, un gain de transport et de rentabilité. Mais le sujet majeur et d’ampleur sanitaire, concerne aujourd’hui la « propreté » des chaînes de productions. L’enjeu réside ici dans la lutte contre la contamination liée à l’atmosphère. Or un des moyens d’y remédier est d’utiliser les nanobiocides en les intégrant aux emballages, évitant ainsi la contamination de surface.

« L’intérêt pour le consommateur est donc réel tant au niveau traçabilité des produits consommés qu’en termes de sécurité. »

Nanotechnologie…peur de l’inconnu ?

Risques sur la santé et l’environnement liés à l’utilisation des nanoparticules, les médias grand public mentionnent souvent ces derniers sans pour autant les étayer rigoureusement. Manque de recul ? « Nous sommes exposés à des nanos depuis très longtemps et il est évident que l’atmosphère même que nous respirons en contient une part importante. Nous en sommes au 4ème projet de Recherche au niveau européen pour identifier ces dangers potentiels mais il est aujourd’hui prématuré de conclure sur les dangers.

La plupart des agences s’accorde à penser que, lorsque l’on teste une substance en toxicologie, on teste généralement une poudre, qui contient elle-même une part de nano, liée à son mode de fabrication. Donc, lorsque l’on évalue cette substance, on a évalué les nanos en même temps. Les agences sanitaires ne voient donc pas la nécessité de faire des réévaluations et n’ont pas formulé aujourd’hui d’autres exigences à l’exception d’une parfaite caractérisation de la substance (teneurs en nanos, surface de réactivité…).Toutefois, ces agences recommandent pour certains produits le développement de protocoles d’évaluation spécifique. »

En termes de toxicité, la toxicologie des nanos est particulière car la réactivité est spécifique. Mais globalement, elle est déjà évaluée avec des informations toxicologiques sur les voies cutanées et les voies orales. Beaucoup d’études montrent que les nanos ont tendance à s’agglomérer naturellement pour devenir micrométriques. Or, à cette échelle, les évaluations ont d’ores et déjà rendu leur principaux verdicts.

« Pour le pôle agroalimentaire, le protocole d’évaluation des risques a été modifié. Le but : connaître le statut de chaque substance et savoir si l’une est nanométrique ou contient des nanos. La loi en France (issue du Grenelle de l’environnement) implique le recensement de toute utilisation de ces derniers. Les industriels sont donc obligés de signaler et mentionner au ministère de l’environnement ce qu’ils utilisent, et dans quelle proportion ».

(Sur la base d’un entretien avec Daniel Ribera, toxicologue et gérant de Bio-Tox, Talence)

SOURCE : AFDN

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