Moins de poids et plus de fruits et légumes pour mieux vivre sa ménopause

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La ménopause est une étape de la vie souvent difficile à affronter pour une femme. Bouffées de chaleur et sueurs nocturnes sont particulièrement gênants. Ces troubles vasomoteurs (TVM) typiques de la carence en œstrogènes, sont liés à une vasodilatation des vaisseaux sanguins sous cutanés. Ils sont rapportés par près de 80% des femmes pré et post ménopausées. Ils peuvent persister plus de 10 ans et altèrent la qualité de vie chez certaines (troubles du sommeil, gène dans la vie professionnelle et de loisir, anxiété, dépression...). Outre le traitement hormonal substitutif, une approche combinant perte de poids et changements alimentaires peut avoir des effets bénéfiques en termes de confort.

Si de nombreuses études ont montré que les troubles climatériques (sueurs et bouffées de chaleur) étaient plus fréquents et sévères chez les femmes avec un IMC élevé que chez les femmes minces, on sait peu de choses sur l'influence des changements de poids sur ces symptômes. La prise de poids les aggravent-ils ? A l'inverse, une perte de poids a-t-elle un effet bénéfique ?

Les femmes ayant tendance à prendre du poids avec l'âge, en perdre ou éviter d'en prendre, pourrait représenter une stratégie pour les aider à atténuer leurs troubles vasomoteurs.

En outre, ces symptômes peuvent être influencés par les habitudes alimentaires: des études ont porté en grand nombre sur la consommation d'isoflavones de soja; d'autres semblent montrer qu'une alimentation riche en fibres et réduite en graisses pourrait les améliorer... Les données sont cependant limitées dans ce domaine.

Augmenter l'apport en fruits et légumes et en céréales complètes

Une équipe américaine s'est penchée sur la question. Elle vient de publier les résultats d'une étude ayant pour objectif de déterminer l'effet d'une intervention diététique, visant à réduire la consommation de graisses, à augmenter celle de fruits, légumes et céréales complètes, et à diminuer le poids corporel, sur les troubles climatériques chez des femmes ménopausées.

Elle a porté sur une vaste population de 17 473 femmes, âgées de 50 à 79 ans, issues de l'étude WHIDM (Women's Health Initiative Dietary Modification) et qui ne prenaient pas de traitement hormonal substitutif. L'étude WHIDM a rassemblé entre 1993 et 1998 plus de 40 000 femmes ménopausées dans 40 centres américains.

40% ont été incluses dans le groupe d'intervention diététique (DM1) consistant à réduire l'apport ên graisses (moins de 20 % de l'apport énergétique total), à augmenter l'apport en fruits et légumes (plus de 5 par jour) et en céréales complètes (6 portions par jour). Les femmes de ce groupe ont également bénéficié d'un programme de soutien intensif de modification comportementale. Le groupe contrôle a simplement reçu le "guide des recommandations alimentaires américaines".

Une évaluation statistique soigneuse

Bien que les femmes du groupe intervention aient eu pour consigne de maintenir leur poids stable, 21 % en ont perdu contre seulement 7% dans le groupe contrôle. Les variations de poids à un an ont été évaluées en valeur absolue et en pourcentage par rapport au poids d'origine. Les troubles vasomoteurs ont été classés en "légers", "modérés" ou "sévères" à l'aide d'un questionnaire à 34 items.

A l'inclusion dans l'étude, les bouffées de chaleur étaient absentes chez 74% des femmes, légères chez 19%, modérées chez 6% et sévères chez 1%. Les données étaient comparables pour les sueurs nocturnes.

Outre le poids, on a tenu compte pour les analyses statistiques, des facteurs démographiques (ethnie, éducation), de l'ancienneté de la ménopause, des antécédents d'hystérectomie ou d'ovariectomie, de symptômes dépressifs et de divers facteurs comportementaux (activité physique, alcool, tabac).

Des analyses multi variées, avec ajustement simultané pour l'intervention diététique et les variations de poids ont été réalisées.

Effets des modifications diététiques sur les troubles vasomoteurs

Globalement, les femmes du groupe intervention ont eu une plus forte probabilité de voir disparaître leur symptômes vasomoteurs par rapport au groupe contrôle (Odd Ratio : 1.14). Cependant les effets de l'intervention diététique n'étaient pas significatifs chez les femmes qui avaient au départ des symptômes "modérés" ou "sévères".

Effets des variations de poids sur les troubles vasomoteurs

Les femmes qui avaient perdu plus de 10% de leur poids à un an ont eu une plus forte probabilité de voir disparaître leurs troubles vasomoteurs que celles qui avaient maintenu leur poids stable (Odd Ratio : 1.56). A nouveau, cette association n'était plus significative chez les femmes qui avaient au départ des symptômes modérés ou sévères.

Le bénéfice de l'intervention n'est pas lié uniquement à la perte de poids

En revanche, certaines femmes du groupe intervention avaient pris du poids. Curieusement, celles qui avaient pris plus de 10 livres (environ 4.5 kg) avaient plus de probabilité de voir disparaître (OR : 1.52) ou diminuer (OR : 1.49) leur symptômes. Dans le groupe contrôle, aucune différence sur les troubles vasomoteurs n'était observée entre les femmes qui avaient pris ou perdu du poids et celles qui l'avaient maintenu. Ces données suggèrent que le bénéfice de l'intervention sur lesTVM n'est pas lié uniquement à la perte de poids.

Non seulement, cette étude est la plus grande en termes d'effectif qui rapporte les effets de la perte de poids sur les TVM, c'est aussi la première qui étudie l'influence des changements alimentaires sur ces symptômes.

Ces résultats suggèrent que la perte de poids et une alimentation plus saine peuvent chacune aider les femmes ménopausées à réduire ou éliminer leurs troubles vasomoteurs. Quant on tient compte des risques potentiels d'un traitement hormonal substitutif sur le cancer du sein et les maladies cardiovasculaires, une perte volontaire de poids liée à l'adoption d'une alimentation plus saine peut représenter une alternative intéressante et sans risque, présentant, en outre, de multiples avantages pour la santé.

(Dr Thierry Gibault, Nutritionniste, endocrinologue, Paris. D'après Kroenke CH. et al, Ménopause, vol 19, N° 9, pp 9980 - 988, 2012. - EQUATION NUTRITION n°128, Février 2013)

SOURCE : APRIFEL

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